Posted by: africanpressorganization | 30 January 2013

Mali / Déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay –


 

Mali / Déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay –

 

PARIS, France, 30 janvier 2013/African Press Organization (APO)/ — Déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay –

 

 

Comme nous vous l’avions rappelé, mon homologue du ministère de la défense et moi-même, le 16 janvier dernier, la situation sécuritaire au Mali présente actuellement des risques importants pour les journalistes. C’est pourquoi je souhaite aujourd’hui appeler à nouveau celles ou ceux d’entre vous qui se rendent ou se trouvent dans le pays à une extrême vigilance.

 

Je vous demande de bien veiller à rester informés de la situation, qui évolue souvent d’heure en heure dans les zones où les armées malienne et française sont présentes, et de respecter les consignes de sécurité de notre fiche « conseil aux voyageurs » que nous mettons à jour très régulièrement, comme celles des autorités françaises, ambassade et forces armées, présentes sur le terrain.

 

Le non respect de ces règles élémentaires de prudence mettrait en péril, non seulement votre sécurité, mais également la sécurité de ceux qui se porteraient à votre aide. Nous restons à votre disposition pour toute précision ou information complémentaire.

 

Q – Le Japon a déclaré qu’il a donné 120 millions de dollars. Qui va les recevoir et comment vont-ils être répartis ?

 

R – Un certain nombre d’annonces sont faites en ce moment, puisque se tient à Addis Abeba la conférence pour le financement à la fois de la MISMA et des forces armées maliennes. Je suis réticent à commenter les annonces qui sont faites par d’autres pays que la France. Je comprends en effet que le Japon a annoncé une contribution de 120 millions. Il faut que vous interrogiez les Japonais pour savoir exactement l’affectation qu’ils envisagent pour cette somme.

 

Pour ce qui nous concerne, le ministre a annoncé une contribution française à hauteur de 47 Meuros se répartissant respectivement entre 40 M pour la MISMA et 7 M pour les forces armées maliennes. Il s’agit d’une contribution hors coûts engagés pour l’opération Serval.

 

Je vous rappelle que les besoins ont été évalués à environ 120 Meuros pour les forces armées maliennes et à 340 Meuros pour le fond MISMA. L’évaluation à 120 M pour les forces armées maliennes est hors soldes, ces dernières pesant sur le budget national malien, alors que l’évaluation à 340 M pour la MISMA est soldes comprises.

 

Avec l’augmentation du volume des troupes africaines déployées au titre de la MISMA, cette dernière estimation tient compte d’un réajustement à la hausse. Au moment des premières discussions sur la résolution 2085, nous étions partis sur un premier volume de 3300 hommes, et ce volume a presque doublé.

 

Q – M. Fabius est aujourd’hui à Addis-Abeba. Il y a aussi une réunion à Bruxelles le 5 février. Est-ce qu’on trouve assez d’argent ? Il a fait la même chose hier pour la Syrie…

 

R – C’est à l’issue de la réunion d’Addis-Abeba qu’on fera le bilan. Les chiffres que j’ai donnés constituent une évaluation ex ante des besoins, faite notamment par la CEDEAO pour ce qui concerne la MISMA. Mais on fera l’addition des sommes une fois que chaque pays aura dit non seulement combien il donne, mais aussi comment il flèche ses contributions. L’objectif est bien sûr de permettre que le dispositif mis en place par la communauté internationale puisse être financé.

 

Pour ce qui concerne la Syrie, qui est un sujet complètement différent, l’un des objectifs de la réunion d’hier matin était de signaler les besoins croissants pour ce qui touche à l’aide humanitaire. C’est d’ailleurs un sujet sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, puisque se tient à Koweït le 30 janvier une réunion sur ce sujet, avec un appel de fonds à hauteur d’un milliard et demi de dollars. Bien évidemment les besoins augmentent au fur et à mesure que se poursuivent les combats et notamment que se concentre dans les camps de réfugiés des pays limitrophes de la Syrie un nombre croissant de réfugiés syriens.

 

Q – Y a-t-il une contribution française séparée au titre 50 Meuros de la mission européenne pour la formation des troupes maliennes (EUTM), ou bien les 7 Meuros dont vous avez parlé font-ils partie de cette somme ?

 

R – Non, ces 7 M sont en plus des 50 M, qui seront pris sur la capacité africaine du budget européen. C’est donc en plus de la quote-part française à la mission européenne.

 

Q – Savons-nous si les vols effectués par les aviations amies pour livrer du personnel et du matériel français, notamment les Américains avec leur C17, sont facturés ?

 

R – S’agissant des vols américains, la réponse est non, ils ne seront pas facturés.

 

Q – Pouvez-vous confirmer qu’un Malien a été brûlé hier après avoir hurlé « vive la France » ?

 

R – Non, je ne peux pas vous le confirmer, de même qu’il y a eu plusieurs « alertes », notamment d’ONG, faisant état d’exactions commises. En l’état actuel de nos informations, nous ne pouvons pas confirmer que de telles exactions se sont tenues, où que ce soit d’ailleurs, sur le territoire malien.

 

C’est un sujet d’extrême préoccupation et sur lequel la France exerce et continuera à exercer la plus grande vigilance, et cela à plusieurs niveaux :

 

– le premier est celui des Nations unies. C’est à la demande de la France notamment qu’ont été intégré, dans la résolution 2085 du Conseil de sécurité, des dispositions qui visent spécifiquement le respect des droits de l’homme, les enfants-soldats et les droits des femmes. Nous avons de plus demandé, notamment au Secrétaire général des Nations unies, d’accélérer le déploiement des experts des Nations unies qui, au titre de cette résolution, doivent être déployés sur le terrain, avec pour mission de vérifier qu’en effet toutes les dispositions relatives à la protection des populations civiles et au respect des droits de l’homme sont respectées ;

 

– deuxièmement, je vous rappelle que la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les crimes de guerre commis dans ce pays depuis janvier 2012. Quand on parle d’exactions au Mali, il ne faut pas oublier qu’un certain nombre, et les plus graves, ont été commis par les groupes qui tenaient les deux tiers du pays, au Nord. La France, bien évidemment, soutient cette saisine et soutiendra le travail de la Cour ;

 

– au niveau de l’Union européenne, là aussi à la demande de la France notamment, il y a tout un volet de surveillance du respect des droits de l’homme dans le mandat qui a été négocié pour la force européenne. Former les forces armées maliennes pour tout ce qui concerne le droit international humanitaire, le droit des conflits armés, etc., entre aussi dans la mission des formateurs européens. La mission inclura des spécialistes de ces sujets. Nous avons d’ailleurs demandé qu’un conseiller en droits de l’homme fasse partie de l’équipe de précurseurs envoyée au Mali au début du mois de février ;

 

– à titre bilatéral, et dans les relations que nous avons avec les autorités maliennes, le même message d’extrême vigilance est passé à tous les niveaux, par le Président, le ministre et notre ambassade sur place : il n’y aura aucune espèce d’impunité, s’il devait y avoir des exactions ;

 

– enfin, le CDC a reçu les principales ONG intéressées la semaine dernière et les recevra à nouveau dans les jours qui viennent. Elles ont également été reçues par notre ambassadeur à Bamako

 

Q – Y-a-t-il actuellement des observateurs officiels mandatés par la France, l’ONU ou l’Union européenne actuellement présents sur le terrain ?

 

R – Des spécialistes d’ores et déjà sur le terrain ? Pour l’ONU, oui – mais à notre avis en nombre encore insuffisant. Le message qui a été passé à New York est d’augmenter ce contingent de spécialistes sur place et de les déployer très vite.

 

Pour ce qui concerne l’Union européenne, ça va venir très bientôt, puisque nous venons encore une fois de demander que l’équipe de précurseurs qui se déploiera la semaine prochaine comprenne au moins un spécialiste de ces sujets, de façon à préparer le terrain pour les autres qui se déploieront à partir de mi-février.

 

Nos propres forces sont, bien évidemment, sensibilisées à ces sujets. C’est aussi un message qui passe par elles. Nous avons également demandé aux autorités maliennes, au fur et à mesure que la situation est sécurisée vers le Nord, de redéployer dans ces régions l’administration locale, notamment toute l’administration préfectorale.

 

Q – En Côte d’Ivoire, la France avait envoyé des prévôts militaires français, à l’époque de « Licorne ». Nous n’avons pas pu savoir du Colonel Burkhard (NB : chef de la cellule communication de l’état-major des armées) s’il y a des prévôts militaires français sur place.

 

R – C’est à lui de vous répondre. L’idée derrière tout cela est de permettre à l’Etat malien de recouvrer sa souveraineté, et à l’administration malienne de se redéployer au fur et à mesure que la sécurité est assurée dans les zones qui sont sécurisées en remontant vers le Nord.

 

Q – Parmi les ONG, il y a la FIDH qui fait état de personnes tuées ? Le centre de crise vérifie-t-il leurs dires ?

 

R – Oui, je lis comme vous les informations, notamment via les dépêches d’agence. Mais à chaque fois que nous avons vérifié, nous ne sommes jamais arrivés à confirmer les informations. C’est pourquoi nous rencontrons régulièrement les ONG, non seulement pour leur dire que nous faisons très attention et que c’est un sujet de préoccupation pour nous, mais aussi pour qu’elles partagent avec nous les informations dont elles disposent. Nous avons déjà eu une première réunion avec elles, au centre de crise, il y a une semaine. Nous en aurons une autre cette semaine.

 

Q – Est-ce une question ouverte ?

 

R – C’est une question ouverte oui, parce que, encore une fois, il y a des informations qui circulent mais que nous n’avons pas été, jusqu’à présent, en mesure de confirmer et de documenter. Toute information dont nous aurions connaissance serait bien évidemment portée à la connaissance des autorités maliennes et il n’y aura aucune espèce d’impunité. C’est la raison pour laquelle la France a soutenu la saisine de la CPI, parce que cela rentrerait, si ces informations étaient confirmées, dans la qualification de crimes de guerre.

 

Q – Au moment de la résolution 2085, quand Ban Ki-moon a exprimé des réserves sur une opération dans le Nord, pensait-il déjà à cela ?

 

R – C’est à lui de vous dire à quoi il pensait à ce moment-là. Une chose est sûre, c’est que ce à quoi nous pensions au moment de la rédaction de la résolution 2085, c’était d’éviter toute forme d’exaction de ce type – et, si par malheur elle devait se produire, de permettre qu’elle soit sanctionnée. C’est la raison pour laquelle cette résolution – et c’est une première – comprend les dispositions que j’ai mentionnées s’agissant du respect des droits de l’homme : les enfants-soldats, les violences faites aux femmes, etc. C’est notamment à la demande de la France que cela a été introduit dans la résolution, ce qui est une singularité. Cela rejoignait certainement des préoccupations du secrétaire général des Nations unies, et plus largement des agences des Nations unies qui traditionnellement suivent ces sujets.

 

Q – Donc comme vous allez consulter les ONG qui ont fait état de cela. Comment faites-vous pour savoir ? Qui va documenter ? Est-ce que le ministère a des inspecteurs ?

 

R – La première chose à faire, c’est de vérifier les éléments de preuves dont elles disposeraient, et dont nous ne disposons pas.

 

Ce sont des accusations très graves. Il faut documenter ce genre d’accusations. En l’état actuel des choses, et des informations que nous avons, nous ne pouvons pas confirmer. Donc nous verrons ce qu’elles nous disent. Nous verrons quels éléments de preuves les ONG peuvent fournir et nous verrons ensuite ce qui est vérifiable sur place.

 

Q – Est-ce que vous pouvez confirmer que le MNLA a pris le contrôle de Kidal ?

 

R – Non, je ne peux pas confirmer qu’ils sont à Kidal. Je suis toujours réticent à parler du déroulement des opérations, à ma connaissance nous n’y sommes pas encore.

 

Q – Est-ce que vous avez des contacts maintenant avec le MNLA ?

 

R – Non, à ma connaissance nous n’avons pas eu de contacts récents avec le MNLA. Nous en avons eus dans le passé, notamment à deux reprises, avec une délégation de passage à Paris à l’automne dernier.

 

Q – Que dire de l’allégation du MNLA selon laquelle il y a deux milices qui traquent les Touareg séparatistes islamistes et éventuellement finissent par les tuer ? C’était dans le Monde du 22 janvier.

 

R – Les allégations du MNLA n’engagent que le MNLA. Je ne peux pas vous dire ce qu’il en est précisément. S’agissant des Touareg et des populations au Nord, les paramètres et les limites ont été clairement fixés par la résolution 2085. Tout le monde est d’accord pour dire aujourd’hui qu’il faudra que les populations maliennes engagent un dialogue avec les populations du Nord et leurs représentants. Cela peut inclure le MNLA sous deux conditions qui ont été fixées par la résolution 2085, c’est-à-dire, d’une part la renonciation à la violence et au terrorisme, et d’autre part la reconnaissance de l’intégrité territoriale du Mali. Des derniers contacts que nous avions eus avec le MNLA, avec les délégations que j’ai évoquées à l’instant, ils n’y étaient pas encore. Il y avait un écart entre leurs déclarations publiques, notamment sur le second point, et ce qu’elles étaient susceptibles d’accepter, notamment en terme d’autonomie du Nord dans le cadre plus général de l’Etat malien. C’est l’enjeu pour la suite.

 

Q – Est-ce qu’on a des contacts avec d’autres Touareg (associations culturelles, expatriés) ?

 

R – Nous en avons certainement via notre ambassade sur place, mais pas à Paris.

 

Pour finir sur la question du dialogue politique, qui est essentielle, je voudrais signaler l’adoption normalement aujourd’hui de la feuille de route par l’Assemblée nationale malienne. Elle a été adoptée par le gouvernement malien vendredi dernier.

 

SOURCE 

France – Ministry of Foreign Affairs


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