Posted by: africanpressorganization | 23 May 2012

ALLOCUTION DE L’AMBASSADEUR RAMTANE LAMAMRA, COMMISSAIRE À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE, À L’OUVERTURE DE LA 3ÈME CONFÉRENCE DES MINISTRES AFRICAINS CHARGÉS DES QUESTIONS DE FRONTIÈRES


 

 

ALLOCUTION DE L’AMBASSADEUR RAMTANE LAMAMRA, COMMISSAIRE À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE, À L’OUVERTURE DE LA 3ÈME CONFÉRENCE DES MINISTRES AFRICAINS CHARGÉS DES QUESTIONS DE FRONTIÈRES

 

ADDIS ABEBA, Ethiopie, 23 mai 2012/African Press Organization (APO)/ — ALLOCUTION DE L’AMBASSADEUR RAMTANE LAMAMRA, COMMISSAIRE À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE, À L’OUVERTURE DE LA 3ÈME CONFÉRENCE DES MINISTRES AFRICAINS CHARGÉS DES QUESTIONS DE FRONTIÈRES

 

 

Monsieur Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger,

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et des Corps constitués de la République du Niger,

 

Mesdames et Messieurs les Ministres des États membres de l’Union africaine et autres chefs de délégation,

 

Mesdames et Messieurs les représentants des Communautés économiques régionales et autres institutions partenaires,

 

Monsieur le chef du Bureau des Nations unies auprès de l’UA,

 

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants du corps diplomatique et des organisations internationales,

 

Mesdames et Messieurs,

 

J’ai plaisir à me retrouver ici, au Niger, en cette terre du Sahel, où l’adversité des conditions climatiques n’a jamais eu raison de la générosité des hommes. Qu’il me soit d’emblée permis de remercier le peuple et le Gouvernement nigériens pour leur chaleureuse hospitalité et leur sollicitude.

 

Notre présence à Niamey se veut tout à la fois un hommage à la persévérance du peuple nigérien dans sa quête de bienêtre,et un geste de solidarité à un moment où le Niger, à l’instar des autres pays de la bande sahélosaharienne, fait face à de graves défis.

 

Sur cette terre, l’aspiration à la démocratie n’a jamais perdu de sa constance et le combat pour sa réalisation est resté d’une vigueur certaine. De fait, malgré les péripéties, les difficultés et les reculs, le Niger a su, au final, préserver ses acquis démocratiques et,de façon fort admirable, les consoliderà la faveur des consultations électorales de 2011.

 

Monsieur le Président, vous avez pris toute votre part dans ce combat et consenti d’immenses sacrifices au service de l’idéal démocratique. Significativement, cette lutte a été menée de façon pacifique. Votre victoire à l’élection présidentielle de février 2011 est venue couronner le remarquable parcours qui a été le vôtre, en même temps qu’elle projette du Niger d’aujourd’hui l’image exaltante d’un pays mettant les atouts et les contraintes de la démocratie au service de ses efforts persévérants pour triompher de défis nationaux et régionaux de grande envergure.

 

De fait, nous nous réunissons ici à un moment où la région du Sahel est une nouvelle fois en proie à de graves convulsions. À la crise alimentaire aiguë qui frappe les peuples de cette région s’ajoute lasituation préoccupante que connaît le Mali. Celleci, estil besoin de le souligner, fait peser une sérieuse menace sur la sécurité et la stabilité régionales.Le Niger est au premier rang des pays qui s’emploient à apporter une contribution de qualité à un sursaut collectif salutaire.

 

Dans ce contexte, la participation des États membres de l’UA à cette Conférence est aussi une illustration de notre préoccupation commune face à la situation qui prévaut sur le terrain, ainsi qu’une manifestation de la solidarité de l’Afrique dans son ensemble avec les pays de la région. D’évidence, Il s’agit également d’une réaffirmation de la validité continue du principe de l’intangibilité des frontières héritées par les pays africains lors de leur accession à l’indépendance, et ce à un moment où la chaude actualité prévalant dans la République du Mali met en relief l’importance stratégique de ce principe pour la paix, la sécurité, la stabilité et l’intégration du continent africain.

 

Monsieur le Président,

 

Mesdames et Messieurs,

 

La problématique des frontières a toujours figuré parmi les grands sujets de mobilisation de notre organisation continentale. Il ne pouvait au demeurant en être autrement. En effet, du fait de leur tracé pendant la période coloniale et de leur imprécision, les frontières africaines ont été une source récurrente de différends et, quelquefois, de conflits armés. En outre, la non définition des frontières est un obstacle aux processus d’intégration économique que nos États membres s’emploient à mettre en œuvre.

 

C’est au croisement de cette double préoccupation qu’est né, en juin 2007, le Programme frontière de l’UA. Il s’agit, d’une part, d’œuvrer à la prévention structurelle des conflits, à travers la délimitation et la démarcation des frontières africaines qui ne l’ont pas encore été, de façon à leur ôter leur potentiel de nuisance; de l’autre, d’approfondir les processus d’intégration, tant il est vrai qu’une frontière bien définie et visible peut être ouverte sans dommage aux flux d’échanges et aux mouvements des personnes, tout en favorisant les investissements, particulièrement en ce qui concerne les ressources hydrauliques et énergétiques.

 

En regardant le chemin parcouru, nous avons de légitimes motifs de fierté. Non seulement parce qu’il existe aujourd’hui,au niveau des différents acteurs concernés, une plus grande prise de conscience de l’importance qui s’attache au Programme frontière, mais aussi en raison de la multiplication par nos États d’initiatives visant à mettre en œuvre les différents volets de ce Programme. Des avancées ont été enregistrées en ce qui concerne la délimitation et la démarcation, la coopération transfrontalière, y compris celle d’initiative locale, et le développement institutionnel. C’est ici pour moi l’occasion d’exprimer notre profonde gratitude au Gouvernement de la République fédérale d’Allemagne et à la GIZ pour leur accompagnement effectif et leur soutien financier et technique. Notre appréciation va également aux autres partenaires qui contribuent, d’une manière ou d’une autre, à la mise en œuvre du Programme frontière.

 

A bien des égards, l’Afrique est aujourd’hui l’une des régions les plus volontaristes dans l’approche des questions de frontières. Le Niger joue un rôle pionnier de ce point de vue. Qu’il me suffise de relever ici la vitalité de la coopération transfrontalière entre le Sud du Niger et le Nord du Nigeria, ainsi qu’en témoigne, entre autres exemples, le projet MaradiKanoKatsina (M2K).

 

Votre présence, Monsieur le Président, à cette cérémonie d’ouverture est une preuve éclatante de votre engagement personnel et de celui de votre Gouvernement en faveur du Programme frontière. Le niveau élevé, en nombre et en qualité, de la participation des États membres est tout aussi significatif.

 

Monsieur le Président,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Audelà des résultats probants et prometteurs qu’il convient de consolider,un long chemin reste à parcourir pour atteindre les objectifs ambitieux que nous nous sommes assignés et traduire pleinement dans les faits l’espoir suscité par le lancement du Programme frontière. La réunion préparatoire d’experts a longuement échangésur les défis qui continuent de se poser et les voies et moyens de les surmonter.

 

Cette Conférence, qui est la 3ème du genre après celles tenues à Addis Abéba en juin 2007 et en mars 2010, nous offre l’opportunité de prendre les décisions requises pour consolider les acquis et d’ouvrir au Programme frontière de nouvelles perspectives, notamment en termes d’impact positif sur les cadres de viedes populations des zones frontalières, qui doivent pouvoir devenir des espace pionniers de satisfaction des exigences de la sécurité humaine.

 

Dans cette perspective, nous nous devons de donner une impulsion nouvelle à la définition des frontières africaines. Car ne nous y trompons pas: nous sommes encore loin du compte. Sur la base des données que nous avons recueillies, seul un peu plus d’un tiers des frontières africaines sont délimitées et démarquées. Il ne nous reste que cinq ans pour mener à bien cette opération, avant la date butoir de 2017, qui a été fixée par les chefs d’État et de Gouvernement lors de leur Sommet de Malabo, en juillet 2011.

 

Il est tout aussi urgent d’approfondir la coopération transfrontalière, qu’elle soit d’initiative locale ou qu’elle s’inscrive dans le cadre des projets d’intégration de grande envergure. L’adoption du projet de Convention sur la coopération transfrontalière nous permettra d’effectuer le nécessaire bond en avant qu’appelle la situation.

 

Nous nous devons aussi de renforcer nos capacités, ou plutôt de mieux les exploiter, car, à la vérité, l’Afrique disposede grands gisements de compétences et d’expériences qui ne demandent qu’à être mises en valeur de façon optimale.

 

Il importe, en outre, de consolider et de diversifier les partenariats qui ont été bâtispour tirer profit d’autres expériences et mobiliser des ressources accrues pour la mise en œuvre du Programme frontière. Evidemment, la recherche d’un appui extérieur ne nous dispense pas de l’obligation de contribuer de façon plus significative au financement du Programme frontière.

 

Cet effort doit continuer à s’appuyer sur les principes qui ont soustendu jusqu’ici le Programme frontière. En particulier, il importe de garder constamment à l’esprit l’impératif du respect des frontières héritées au moment de l’accession des pays africains à l’indépendance, le règlement pacifique des contentieux frontaliers et la poursuite du processus d’intégration.

 

Monsieur le Président,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le Programme frontière est voué à une actualité renouvelée du fait de l’acuité des enjeux de l’heure. En effet, les nouveaux défis sécuritaires apparus ces dernières années, notamment dans la région du Sahel, ont, pardelà la question de la délimitation et de la démarcation, mis exerguele problème du contrôle par lesÉtats de leurs territoires. L’objectif, ce faisant, estd’empêcher que des groupes armés, terroristes et/ou rebelles,ne disposent d’un espace à partir duquel ils mènentdes activités criminelles et terroristes. Cette question, qui participe de la fonction régalienne de l’État, doit être effectivement prise en charge par le Programme frontière, à travers notammentle développement de coopérationsrenforcées postulant la mutualisation de moyens et la mise en œuvre de solutions novatrices ambitieuses.

 

De l’autre, se pose avec une acuité nouvelle la question de l’« épaisseur » des frontières africaines. À un moment où l’Afrique se trouve dans une trajectoire économique ascendante, tout doit être mis en œuvre pour renforcer cette dynamique. Or, les procédures aux frontières africaines et le temps de transit sont tels qu’ils constituent un formidable frein aux échanges commerciauxet aux mouvements des personnes, lesquels, fautil préciser, contribuent à réduire la pauvreté. Il n’est dès lors guère étonnant que le commerce intraafricain soit le plus faible du monde. Des frontières plus souples permettront de répondre à cette problématique et aux fortes dynamiques de transformation qui sont à l’œuvre sur le terrain, notamment l’urbanisation du continent et l’intensification des flux de toutes sortes qui en résultent, y compris dans les corridors de transport.

Plus globalement, l’Afrique doit promouvoir une approche intégrée de ses zones frontalières, qui permetteaux différents volets du Programme frontière de se compléter harmonieusement.

 

Monsieur le Président,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le Programme frontière participe de l’agenda de renouveau et de redressement du continent africain. Il constitue un outil novateur et fédérateur à même depermettre à l’Afrique de réaliser pleinement son potentiel et à ses peuples de tirer enfin profit des immenses ressources que recèlent son sol et son soussol.

 

Le Programme frontière est un outil au service de la paix, de la sécurité, de l’intégration et du développement. Sa mise en œuvre effective permettra de transformer la frontière, de faire en sorte qu’elle cesse d’être une barrière pour devenir une passerelle, une jonction, une zone de solidarité et de convivialité entre les peuples et les États africains.

 

La réalisation de cette ambition exige une ferme volonté politique soutenue par une détermination sans faille à mobiliser les ressources requises.

 

La présente Conférence doit être l’occasion d’affirmer et cette volonté et cette détermination. C’est à cette aune que sera jugé son succès. Je n’ai aucun doute que les présentes assises seront à la hauteur des enjeux et qu’elles sauront en capter les promesses.

 

Je vous assure de la disponibilité renouvelée de la Commission à ne ménager aucun effort pour s’acquitter pleinement de la responsabilité qui est le sienne dans cette exaltante entreprise. Ni les limitations en termes de ressources, ni la multiplicité des urgences auxquelles nous sommes appelés à répondre n’auront raison de notre enthousiasme et de notre détermination, car, fondamentalement, il y va de l’avenir de l’Afrique et de son milliard d’habitants.

 

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

SOURCE 

African Union Commission (AUC)


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