Posted by: africanpressorganization | 14 December 2011

Conférence de lancement de l’Université Panafricaine


 

 

Conférence de lancement de l’Université Panafricaine

 

ADDIS ABEBA, Ethiopie, 14 décembre 2011/African Press Organization (APO)/ — Allocution de Sem. Jean Ping Président de la Commission de l’Union africaine

 

Monsieur Le Ministre de l’Éducation Nationale de la République du Kenya, Président de COMEDAF,

 

Monsieur Le Ministre Délégué de la République Arabe d’Égypte, Président d’AMOCST,

 

Mesdames et Messieurs les Ministres,

 

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

 

Monsieur le Chef de la Délégation de l’Union Européenne,

 

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps diplomatique et Représentants des Organisations Internationales,

 

Mesdames et Messieurs les Vice-Chanceliers et Recteurs d’Universités,

 

Mesdames les lauréates du Prix scientifique Kwame Nkrumah de l’Union africaine, niveau régional,

 

Honorables Invités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

1.    En vous souhaitant à tous la bienvenue aujourd’hui dans cette salle de Conférence de l’Union africaine, je voudrais partager avec vous des sentiments de joie et de fierté bien compréhensibles car nous nous retrouvons à l’occasion d’un moment mémorable, à retenir dans les annales de la promotion du développement socio-économique du continent et de son intégration.

 

2.    Je suis très heureux que cette fin d’année se termine sur la note positive du double événement de ce matin. Il s’agit de la poursuite de la concrétisation de la grande aventure de l’Université panafricaine avec notamment le lancement de trois de ses cinq instituts thématiques d’une part et la 3ème édition de l’attribution du Prix scientifique Kwame Nkrumah de l’UA d’autre part.

 

3.    Je dois vous dire que c’est pour moi un jour très significatif. Mon parcours et mon engagement personnels ont forgé et ancré en moi une conviction très forte, en dépit des vicissitudes de l’histoire : berceau de l’humanité, l’Afrique est appelée à cultiver l’excellence et prendra sa juste place sur l’échiquier mondial dans les années à venir. La double célébration de ce jour s’inscrit dans une dynamique engagée dans ce sens depuis un peu plus de 3 ans.

 

4.    En effet, dans un contexte marqué au plan global par des crises successives et sur le continent de ce fait, par des contraintes liées aux ressources financières et humaines, où miser alors sur les investissements d’avenir n’était pas du tout évident, nous avons réussi ensemble, dans un élan fédérateur, le pari de la création des centres d’excellence africains dans l’Enseignement supérieur et ce, grâce à la collaboration et à la coopération entre les États membres, renforçant ainsi l’esprit et la vision du panafricanisme auquel aspirent le continent et ses peuples.

 

5.    En faisant appel à votre indulgence, permettez-moi de retracer brièvement les jalons de l’histoire récente de l’Union africaine qui nous ont conduits à aujourd’hui. Ces dernières années, nos Chefs d’État et de Gouvernement lors de leurs rencontres au Sommet de l’UA, ont pris de très importantes décisions afin d’accélérer l’agenda de développement et de l’intégration du continent. Par la même occasion, la science et la technologie ont pris plus de visibilité dans les déclarations officielles au plus haut niveau.

 

6.    Ainsi la création de l’Union africaine en 2002 a été accompagnée par la mise en place de la Commission de l’UA (CUA) qui comprend 08 Départements techniques parmi lesquels le Département des Ressources Humaines de la Science et de la Technologie dont l’une des missions est de promouvoir, coordonner et conduire les programmes scientifiques et technologiques de l’UA. La Commission à son tour, créa la Conférence des Ministres en charge de la science et la technologie (AMCOST) comme une plateforme pour débattre périodiquement des enjeux de la science et de la technologie sur le continent. En 2005, AMCOST a adopté le Plan d’Action Consolidé pour la science et la technologie en Afrique, conjointement développé avec succès, par la Commission et le NEPAD.

 

7.    En 2006, à Khartoum le Sommet de l’Union a lancé le Plan d’Action de la Seconde Décennie de l’Éducation pour l’Afrique et en 2007, à Addis-Abeba, a focalisé ses délibérations sur le thème : « Science, Technologie et Recherche pour le développement socio-économique de l’Afrique ». C’est ce dernier Sommet qui a déclaré l’année 2007, année de la science, de la technologie et de l’innovation en Afrique et a appelé à la ”revitalisation des universités africaines”. En décembre de cette même année 2007, le Sommet Afrique- Union Européenne à Lisbonne a adopté une stratégie conjointe de coopération. Celle-ci a consacré un chapitre particulier au Partenariat sur la Science, la Société de l’Information et l’Espace.

 

8.    Ainsi lorsqu’en mai 2008, la Commission que j’ai l’honneur de présider est entrée en fonction, elle reçoit en héritage une moisson abondante de textes de travail. En juillet 2008, j’avais alors souligné dans mon discours programme devant les Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine, l’urgence pour l’Union africaine de passer de la conception théorique et de la rhétorique à l’action avec des résultats concrets sur le terrain dans le cadre du triptyque ”développement-coopération-intégration régionale” J’avais notamment mis l’accent sur la nécessité de mettre en place une Université panafricaine comme réponse à un certain nombre de défis mais également d’attentes largement mis en exergue dans les déclarations, décisions, résolutions et autres textes existants.

 

9.    Ces défis et attentes s’appellent mobilité des étudiants et universitaires sur le continent, développement durable de l’Afrique par la science, la technologie et l’innovation, attraction vers et rétention sur le continent des meilleures capacités intellectuelles d’Afrique et d’ailleurs etc. Parmi ceux-ci, le plus colossal était et demeure le manque de ressources humaines hautement qualifiées, limitant ou freinant même les progrès vers l’atteinte des OMD qui ne sont pourtant que des objectifs minimaux pour le développement de l’Afrique.

 

10. Faute d’un encadrement adéquat, les universités africaines sont peu compétitives par rapport à leurs sœurs étrangères qui attirent naturellement les jeunes talentueux du continent. De fait, parmi les cinq cents (500) premières universités du monde classées en 2008, seules quatre sont en Afrique. Malgré la ”massification d’étudiants” dans les universités africaines, que l’on note parfois pour la déplorer, seulement 6% de la population africaine ont accès à l’enseignement supérieur contre une moyenne mondiale de 30% alors qu’il est établi que dans un pays donné, il y a une corrélation directe entre le nombre de personnes de niveau universitaire et le progrès social et économique de ce pays. C’est face à cette situation que j’ai insisté afin que l’Université panafricaine ait comme vocation première la formation des hommes et des femmes hautement qualifiés, la production des connaissances de pointe, à travers la recherche-innovation (RI) véritable levier du développement durable dans une économie mondiale basée sur le savoir.

 

11. En 2008, la CUA a lancé avec le soutien de ces partenaires au développement en l’occurrence, l’Union Européenne et l’Académie des Sciences du monde en Développement (TWAS) et la Banque Africaine de Développement, le Prix Scientifique Kwame Nkrumah de l’UA. Le programme est mis en œuvre au niveau national pour les jeunes chercheurs, au niveau régional pour les femmes scientifiques et au niveau continental, est ouvert à tous les scientifiques. Son objectif est de reconnaitre le mérite des scientifiques africains à travers les résultats de leurs recherches et leurs découvertes de grandes valeurs. Nous sommes aussi réunis ce jour pour la composante régionale de ce programme.

 

12. La Commission de l’Union africaine met ce programme en œuvre, en partenariat stratégique avec les Communautés Économiques Régionales notamment : la CEDEAO, la CEA, la CENSAD, la CEEAC et la SADC. Permettez-moi à ce stade de remercier chaleureusement les Communautés Économiques Régionales pour leur implication réussie dans ce programme exigeant.

 

13. Je voudrais aussi féliciter les lauréates récipiendaires de cette 3ème édition en 2011 du Prix Scientifique Kwame Nkrumah de l’Union Africaine. Félicitations et bravo Mesdames ! En gagnant ce Prix vous devenez des modèles à suivre et vous rappelez s’il en est encore besoin, 100 ans après l’octroi du Prix Nobel de chimie à Marie Curie, que la femme en général et la femme africaine en particulier, excelle dans les domaines de la recherche scientifique, et qu’elle peut développer pleinement son potentiel dans les sciences, la technologie, en ingénierie et dans les mathématiques.

 

14. Je saisis cette belle occasion que vous m’offrez, Mesdames les lauréates pour rappeler également que si le Prix Scientifique Kwame Nkrumah de l’UA reconnaît et récompense les mérites individuels des chercheurs, un autre programme de la CUA encourage les laboratoires et institutions de recherche. Ce sont les subventions de recherches que nous avons lancées en 2010 en partenariat avec l’Union Européenne. La première remise des enveloppes de ce programme aux laboratoires et institutions méritants aura lieu dans quelques jours.

 

15. De même en 2009, le Sommet de l’Union a pris la décision de créer un Observatoire de la science, la technologie et l’innovation. Cet Observatoire est devenu une réalité grâce à la généreuse offre de la Guinée Équatoriale de l’abriter et de lui fournir ses premières ressources financières.

 

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

16. Depuis plus de trois ans, le chantier de l’université panafricaine a évolué en bénéficiant, à travers différents ateliers et foras, des expertises africaines, étrangères, de la diaspora africaine et des amis de l’Afrique et avec le soutien ferme de toutes les Autorités politiques du continent.

 

17. L’Université panafricaine est conçue comme un processus de mise en œuvre conjointe du Plan d’Action de la Seconde Décennie de l’Éducation en Afrique (2006-2015) et du Plan d’Action Consolidé pour la Science et la Technologie en Afrique (CPA) (2006-2011). Elle permettra aussi au Continent et nous ne le répéterons jamais assez, de revendiquer une place légitime dans l’économie mondiale du savoir. Elle s’appuie sur cinq instituts thématiques différenciés régionaux créés dans cinq bonnes universités existantes. Elle est coordonnée et dirigée par un rectorat continental. A chaque institut thématique seront associés une dizaine de centres satellites sélectionnés sur le continent. La vision stratégique de l’UPA est de créer des institutions pour l’excellence en science, en technologie, en innovation, en sciences sociales et humaines et la gouvernance, pour constituer la base d’un pôle africain de hautes études et de recherche.

 

18. L’enthousiasme et l’adhésion totale qu’ont manifestés les États membres de l’Union Africaine et les Communautés Économiques Régionales dans la réalisation de cette Université panafricaine démontrent la volonté et la détermination de toutes les Parties prenantes à conjuguer leurs efforts pour un mieux-être collectif. En effet, les pays hôtes ont été sélectionnés par région sur la base d’un appel ouvert à candidature avec un engagement ferme de leur gouvernement à mettre à disposition les infrastructures d’accueil et à contribuer à hauteur du tiers du budget annuel de fonctionnement de l’institution.

 

19. Tout ceci a fait qu’aujourd’hui, conformément à la Décision Ex.CL/Dec.560(XVII) de juillet 2010 de Kampala, nous procédons au lancement de trois des cinq instituts thématiques de l’Université panafricaine à savoir :

•    L’Institut de la Gouvernance, des Humanités et des Sciences Sociales en Afrique Centrale, à l’Université Yaoundé II, à Soa au Cameroun.

 

•    L’Institut des Sciences de base, technologie et innovation en Afrique de l’Est à l’Université Jomo Kenyatta d’Agriculture et de Technologie à Juja au Kenya ;

 

•    L’Institut des Sciences de la vie et de la terre (y compris la santé et l’agriculture) en Afrique de l’Ouest à l’Université d’Ibadan à Ibadan au Nigeria.

 

20. Les programmes de ces trois instituts ont été validés par un atelier international du 14 au 18 novembre 2011 à Addis-Abeba. Ces instituts vont pouvoir maintenant procéder au recrutement des étudiants et des enseignants pour leur rentrée universitaire d’octobre 2012. En outre, conformément à la Décision Assembly/AU/Dec.373(XVII) de juillet 2011 à Malabo, nous avons un quatrième :

•    L’Institut des Sciences de l’eau et de l’énergie (y compris les changements climatiques) en Afrique du Nord en Algérie.

 

21. Pour chacun de ces 4 instituts, un partenaire leader thématique extérieur qui a bien voulu accompagner la mise en œuvre de l’Université panafricaine, a été identifié. A ce jour, ils sont au nombre de cinq, à savoir l’Allemagne, la Belgique et l’Union Européenne, l’Inde et la Suède. Ils accompagnent avec dévouement les premiers pas de la réalisation de l’ambitieux chantier de notre Université panafricaine. Je les en remercie très chaleureusement et avec eux, tous les ”amis de l’Université panafricaine”, comme ils aiment s’appeler eux-mêmes. Ils ont accepté généreusement de supporter avec la Commission de l’Union africaine, les deux tiers restants du budget annuel de l’Université panafricaine. Avec eux deux autres partenaires, la Banque Africaine de Développement et la Chine sont à l’œuvre avec nous. Nous espérons accueillir beaucoup d’autres amis de l’Université panafricaine.

 

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

22. L’Union africaine est aujourd’hui fière de poursuivre la mise en œuvre de l’Université panafricaine, institution qui fera de l’Afrique un continent doté de centres d’excellence suffisamment attractifs pour nos étudiants et nos chercheurs ainsi que ceux du monde. Le lancement officiel de ce jour ne constitue que le premier pas d’un long voyage qui nous amènera vers la renaissance et le rayonnement de l’Enseignement supérieur en Afrique, nobles objectifs pour lesquels nul n’est de trop. Ce tournant historique du continent, Excellences, Mesdames et Messieurs, nous le devons, ainsi que je me plais à le répéter, à votre engagement et à notre solidarité autour d’un projet commun !

 

23. Et c’est sur ces mots de confiance inaltérable en notre Afrique qui gagne que je termine mes propos et en vous souhaitant à chacun avec une petite longueur d’avance une « Bonne et Heureuse année 2012 » !

 

24. Je vous remercie.

 

SOURCE 

African Union Commission (AUC)


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