Posted by: africanpressorganization | 2 July 2010

Série de conférences sur la diplomatie : l’Afrique subsaharienne / La secrétaire d’État Hillary Clinton fait le point des relations entre les États-Unis et l’Afrique.

 

 


 

 

Série de conférences sur la diplomatie : l’Afrique subsaharienne / La secrétaire d’État Hillary Clinton fait le point des relations entre les États-Unis et l’Afrique.

 

 

WASHINGTON, 2 juillet 2010/African Press Organization (APO)/ — La secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton est intervenue à la Conférence sur l’Afrique subsaharienne tenue au département d’État le 14 juin 2010 dans le cadre d’une série de conférences sur la diplomatie américaine. À l’issue de ses propos liminaires, Mme Clinton a répondu à des questions du public.

 

On trouvera ci-après le texte intégral de sa conférence.

 

(Début de la transcription)

 

Série de conférences sur la diplomatie : l’Afrique subsaharienne

 

Hillary Rodham Clinton

Secrétaire d’État

Washington

Le 14 juin 2010

 

Mme Clinton – Bon après-midi à tous. Je vous remercie et vous souhaite de nouveau la bienvenue. Je sais qu’on vous l’a déjà dit plusieurs fois, mais c’est vraiment un plaisir de vous accueillir ici au département d’État pour cette conférence sur l’Afrique subsaharienne et les dossiers qui concernent les pays de cette région et nos relations avec eux.

 

Je me réjouis d’avoir une assistance aussi représentative. Je crois comprendre qu’on nous regarde également sur des écrans de télévision, comme je le vois ici, dans diverses universités. Je suis heureuse de vous avoir avec nous. Je tiens à attirer l’attention sur deux membres du Congrès qui, je le sais, sont ici. Il y en a peut-être d’autres, mais je n’en ai vu que deux – le député Donald Payne du New Jersey, qui est un défenseur de longue date de l’Afrique et de ses besoins – et la députée Sheila Jackson Lee du Texas – je la vois. (Applaudissements) Si je ne me trompe pas, Sheila, l’une des écoles participantes est la Texas Southern University, avec laquelle vous entretenez des relations, et je les vois applaudir sur l’écran. (Applaudissements)

 

Je suis heureuse d’intervenir à la fin – d’être le dessert, la cerise sur le gâteau, en quelque sorte – de cette bonne et longue discussion à laquelle vous avez tous participé. Je sais que vous avez écouté le secrétaire d’État adjoint Carson et d’autres diplomates de haut rang, ainsi que divers responsables du département d’État et de l’USAID, mais je tenais juste à souligner certains des hauts faits de la relation du gouvernement Obama avec l’Afrique au cours des seize derniers mois.

 

Le président Obama s’est rendu en Afrique très tôt durant son mandat afin de souligner l’importance du continent aux yeux des États-Unis. Il a notamment prononcé un discours historique au Ghana qui a été clairement un appel à l’action et énoncé notre principe de base selon lequel nous souhaitons une relation fondée non pas sur le clientélisme, mais sur le partenariat. J’ai eu le privilège de visiter l’Afrique lors d’une longue tournée de onze jours en août dernier, et j’ai eu la possibilité de transmettre ce message, entre autres, sur l’ensemble du continent.

 

Et pas plus tard que la semaine dernière, le vice-président Biden s’est rendu au Kenya et en Afrique du Sud. Il y avait au moins la Coupe du monde pour l’attirer (rires), mais il a eu l’occasion de renforcer le message que nous voulons faire passer, à savoir que nous voulons coopérer en tant que partenaires non seulement avec les gouvernements mais, par-dessus tout, avec les peuples africains, parce que nous sommes convaincus que l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains. Et nous devons nous entraider pour développer ce partenariat afin d’étendre la démocratie au service des peuples et la bonne gouvernance qui rend réellement des comptes aux peuples, afin de promouvoir la croissance économique durable dans l’intérêt de tous les peuples, afin d’améliorer l’accès aux soins médicaux, à l’éducation et aux services essentiels, et afin d’ouvrer à l’élimination des conflits qui détruisent des vies et déstabilisent des régions.

 

Mais pour atteindre ces objectifs, il faut une coopération étroite entre les gouvernements, les milieux d’affaires, le secteur sans but lucratif et les groupes de la société civile. Nous avons déjà établi des dialogues de haut niveau avec nos homologues. Nous entretenons désormais un dialogue bilatéral avec l’Afrique du Sud et avec le Nigéria, nous collaborons diligemment avec de nombreux autres pays, de l’Angola à la Tanzanie en passant par le Libéria, et nous sommes en train d’intensifier notre relation avec l’Union africaine.

 

On enregistre de nombreux progrès sur les plans de la démocratie et des droits de l’homme qui font rarement la une des journaux. Pourtant, au cours des deux prochaines années, 27 pays de l’Afrique subsaharienne organiseront des élections. Nous devons cependant reconnaître les défis qui demeurent, même dans les démocraties stables qui essaient d’enraciner leur progrès, et à l’autre extrême de l’éventail, les nombreux pays, de la République démocratique du Congo au Soudan, qui sont toujours en proie à de graves conflits. Nous allons continuer de défendre la gouvernance démocratique et les droits de l’homme, ainsi que les débouchés économiques.

 

J’ai assisté à la conférence de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, l’AGOA, qui s’est tenue l’année dernière à Nairobi, afin de souligner notre résolution à soutenir la croissance économique. La revitalisation de l’agriculture et l’amélioration des bénéfices des agriculteurs africains est au cour de cette démarche. Nous sommes également résolus à investir dans les femmes. Ce sont essentiellement elles qui assurent la production agricole en Afrique. Elles produisent non seulement pour elles-mêmes et leurs familles, mais en plus elles réinvestissent leurs bénéfices dans des améliorations pour les enfants et les générations futures.

 

Nous reconnaissons que la corruption demeure un obstacle majeur non seulement à la croissance économique, mais aussi à l’atteinte de nombre de nos objectifs. Le quasi-pillage des coffres de l’État prive des millions d’Africains de services essentiels et facilite les activités des trafiquants de drogues, des terroristes et autres criminels. La lutte contre la corruption est essentielle non seulement sur le plan moral et parce que cela aide à améliorer les conditions de vie des gens, mais aussi parce que cela leur donne des enjeux plus importants dans leurs propres sociétés. Et c’est une priorité.

 

Nous avons également pris des engagements majeurs en faveur de l’amélioration de la santé en Afrique. Non content de continuer la lutte contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et la poliomyélite, le gouvernement Obama a promis de décaisser 63 milliards de dollars sur cinq ans au titre de tous nos programmes de promotion de la santé. Or nous accordons dans ce cadre une attention particulière à l’Afrique, et tout spécialement aux femmes et aux enfants.

 

Nous continuons par ailleurs à ouvrer au règlement des conflits. L’ONU et l’Union africaine ont pris la houlette des efforts de maintien de la paix et de médiation. Nous soutenons fermement ces actions. Nous accordons une attention particulière à la violence sexospécifique et au recrutement et à l’exploitation d’enfants-soldats. L’une des causes des conflits et de la corruption sont les riches ressources minérales que renferme le sol africain. Nous nous attachons donc à promouvoir l’utilisation responsable des ressources naturelles par le truchement de l’Initiative sur la transparence des industries extractives.

 

Mais je dois admettre que nous devons faire mieux sur le plan de la propagation des bonnes nouvelles concernant l’Afrique. Alors si vous faites partie de la diaspora africaine, nous voulons que vous restiez en contact avec nous afin de nous donner des réactions sur ce que nous faisons, sur l’effet de nos actions. Nous avons également besoin de vos conseils. Si vous êtes étudiant, nous voulons trouver des moyens de vous impliquer dans l’ouvre d’amélioration des conditions de vie des peuples africains, que ce soit dans les domaines de la santé publique, de l’agriculture ou de la création d’entreprises. Si vous êtes une ONG, nous voulons que vous nous fassiez savoir ce que vous faites afin que nous puissions mieux vous seconder.

 

Mais il y a beaucoup de travaux enthousiasmants en cours, et nous y sommes fermement engagés. Nous sommes toutefois conscients du fait que cela ne se fera pas en un an, ni même au cours d’un mandat de quatre ou huit ans. Cela doit être l’ouvre de l’Amérique et, conséquemment, elle doit être fermement enracinée dans la façon dont nous définissons nos intérêts et nos valeurs. À cette fin, nous sommes convaincus que l’Afrique peut et doit entrevoir un avenir radieux pour ses peuples, et nous voulons être des partenaires capables d’aider à réaliser ce rêve sur tout le continent et de donner à ses peuples le sentiment que la vie peut être meilleure. Nous pouvons commencer à indiquer la voie en étant de bons partisans de ce qui se passe déjà en Afrique.

 

Je vais donc passer la parole, je pense, à P.J.

 

M. Crowley – Nous pouvons commencer par répondre aux questions des étudiants de (inaudible) Florida A&M. Nous entendez-vous ?

 

Mme Clinton – Je crois qu’ils sont partis.

 

M. Crowley – Qu’en est-il de Texas Southern ?

 

Question – Merci. Concernant les problèmes des programmes d’ajustement structurel en Afrique, d’aucuns pensent qu’ils ne devraient être assortis d’aucune condition. (Inaudible) tenant compte des problèmes et des effets négatifs de ces programmes en Afrique…

 

Mme Clinton – Comment ?

 

Participant – Structurel.

 

Question – Oui (inaudible). (….) Et quelle est réellement la politique des États-Unis concernant l’annulation de la dette sans conditions préalables afin d’améliorer la qualité de vie, le développement économique, et même la sécurité en Afrique ?

 

Mme Clinton – Merci. Nous avons eu un peu de difficulté à comprendre la question à cause de la liaison. La technologie est merveilleuse, mais exige parfois un petit peu d’interprétation.

 

Je vous remercie beaucoup de votre question sur les programmes d’ajustement structurel. Permettez-moi de commencer par dire que les États-Unis ne sont pas favorables à l’annulation inconditionnelle de la dette. Nous participons cependant, avec d’autres donateurs, à l’Initiative en faveur des pays pauvres lourdement endettés. En vertu de ce programme, un pays endetté, et ils sont nombreux, et qui se trouve face à un fardeau insupportable peut bénéficier d’un allégement que nous jugeons approprié de sa dette s’il accepte une série de mesures et de réformes, y compris le versement de ses arriérés aux institutions financières internationales, s’il prépare un programme de réduction de la pauvreté et s’il s’engage à entreprendre des réformes et à mettre en ouvre une politique rationnelle. Parce que sans ces changements, l’effet de l’allégement de la dette des pays pauvres peut vraiment se volatiliser. Nous voulons au contraire continuer d’aider les pays à obtenir l’annulation de leur dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Nous ne voulons pas que l’Afrique encoure de nouvelles dettes qui constitueraient un fardeau insupportable.

 

Je pense que si vous écoutez ce que disent les dirigeants africains au sujet de la dette – or il existe un porte-parole de l’Union africaine ; c’est le Premier ministre éthiopien Meles, qui représente 53 membres de l’Union africaine – il ressort désormais de l’Union africaine qu’elle se concentre sur l’utilisation responsable de prêts et de dons, fondée sur des réformes facilitant le développement économique et le progrès, conformément aux Objectifs du millénaire pour le développement, afin d’éviter d’accumuler de nouvelles dettes qui ne pourront pas être remboursées.

 

Nous essayons donc d’équilibrer les choses. [On ne peut pas] se contenter d’alléger la dette sans rien changer, sans engagement envers une voie différente vers l’avant, avec des modifications de la politique économique susceptibles d’engendrer plus de croissance. Il n’y a pas de raison que les pays africains, avec toutes leurs ressources, ne puissent pas être beaucoup plus riches et connaître un développement plus ample, mais ils ont besoin d’une meilleure politique publique et de perspicacité pour y parvenir.

 

Nous avons donc utilisé l’annulation de la dette comme moyen de tenter d’amener ces changements. Et nous avons constaté des effets positifs. Le Libéria est en train de rembourser sa dette, malgré la pauvreté du pays et les conséquences d’années et d’années de guerre. Il a déjà ramené sa dette de cinq à un peu plus d’un milliard en l’espace de six ou sept ans. C’est exactement ce que nous voulons voir parce que cela place la politique publique sur le bon pied et la croissance économique sur une base plus stable.

 

M. Crowley – Passons ensuite à l’université Central Florida.

 

Question – Bon après-midi, Mme Clinton. Je m’appelle Amal Khan. La question que nous souhaitons vous poser est la suivante : la Coupe du monde sera le point culminant des sports pour toute l’Afrique et la majeure partie du reste du monde au cours des prochaines semaines. Que peuvent faire les États-Unis pour attirer une telle attention de façon durable sur cette région ?

 

Mme Clinton – Merci. La Coupe du monde est une occasion fantastique parce qu’une grande partie du monde va faire attention à l’Afrique comme on ne l’a jamais fait auparavant. Cela fait près de vingt ans que je travaille sur des dossiers relatifs à l’Afrique, et il existe au sujet de ce continent de nombreuses idées préconçues. Je n’oublierai jamais une réunion que j’ai eue en tant que Première Dame des États-Unis avec un groupe important de journalistes en préparation de ma première tournée en Afrique. L’un des représentants de la presse m’a demandé si j’allais me rendre dans la capitale de l’Afrique. (rires) J’ai répondu « Oui, je pense » (rires).

 

Je pense donc que tout ce qui met l’Afrique sur le devant de la scène, qui amène les gens à penser à l’Afrique et à s’informer à son sujet, est sans doute une bonne chose. Mais il faut faire beaucoup plus. La conférence d’aujourd’hui est un exemple de la façon dont nous, au sein du département d’État, essayons de maintenir l’attention sur l’Afrique et sur la politique que nous menons à son égard. Et nous faisons beaucoup plus, cela va sans dire, chaque jour.

 

Nous travaillons avec acharnement sur certains dossiers impliquant l’Afrique, qu’il s’agisse des efforts de mise en ouvre de l’Initiative alimentaire pour l’avenir dans laquelle nous allons impliquer plusieurs pays africains, ou de l’Initiative mondiale pour la santé à laquelle j’ai fait référence, ou de l’expansion du financement du PEPFAR à des pays collaborant pleinement pour la première fois avec l’Afrique du Sud. Il se passe donc beaucoup de choses dont nous sommes fiers et que nous sommes résolus à accomplir. Et tout ce qui peut attirer l’attention sur l’Afrique, en quelque sorte en temps réel, est bénéfique.

 

M. Crowley – Nous devons vérifier ; Florida A&M, nous entendez-vous ?

 

Question – Oui. Bon après-midi Mme Clinton. Ici Calvin Hayes. C’est un plaisir de m’adresser à vous après vous avoir rencontrée l’été dernier à l’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud, où j’étais stagiaire du département d’État et ai eu le privilège de servir lors de votre réunion bilatérale.

 

Madame la Secrétaire d’État, la force de notre diplomatie américaine dépend beaucoup de nos bonnes relations avec d’autres pays ainsi que de notre capacité de réunir les ressources nécessaires afin de répondre aux besoins des peuples dans le monde entier. Étant donné les difficultés des batailles politiques associées au gouvernement du Zimbabwe, comment le gouvernement Obama peut-il montrer que l’aide étrangère versée à ce pays répond bien aux besoins de la population et de ses collectivités ?

 

Existe-t-il une stratégie globale de mesure de l’efficacité des ressources allouées, de la responsabilité de nos décaissements et de la durabilité de nos efforts non seulement au Zimbabwe, mais dans d’autres pays de l’Afrique subsaharienne ? Si oui, pouvez-vous nous éclairer sur la stratégie et les moyens que les étudiants et les enseignants de (inaudible) peuvent mettre en ouvre pour soutenir les collectivités dans le besoin au Zimbabwe et dans d’autres pays subsahariens ?

 

Mme Clinton – (inaudible) C’est un défi très difficile pour nous et notre politique. Il s’agit d’un pays qui est dirigé de façon lamentable depuis plusieurs années. Le député Donald Payne, qui a dû partir pour aller voter au Congrès – ah non, il est encore là – est sans doute le plus ferme défenseur des intérêts africains au Congrès. Et lorsqu’il a essayé de se rendre au Zimbabwe il y a quelques mois – n’est-ce pas, Donald ? – le gouvernement du pays a refusé de le laisser entrer parce qu’il ne voulait pas qu’une personne aussi expérimentée que lui puisse constater par elle-même toutes les difficultés que traverse le Zimbabwe.

 

C’est très triste. C’est une tragédie. Et nous travaillons dur avec l’Afrique du Sud, avec l’Union africaine et avec d’autres pays pour tenter d’aider le peuple zimbabwéen. Nous faisons essentiellement de l’aide humanitaire. Il y a d’énormes besoins en vivres tels que le maïs, la farine de maïs ou l’huile de friture, des aliments de base qui ont été détruits dans un pays qui était auparavant non seulement capable de subvenir à ses propres besoins, mais aussi d’exporter des produits alimentaires. Nous essayons également d’apporter notre aide dans le domaine des soins médicaux, particulièrement au niveau des maladies transmissibles telles que le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, et en matière de santé maternelle et infantile.

 

Dans le même temps, le président vient juste de renouveler des sanctions contre 220 individus et entités associés au régime Mugabe. Il s’agit de ce que nous appelons des sanctions ciblées qui affectent les capacités de déplacement de ces personnes, ainsi que les types d’investissements qu’ils peuvent réaliser et les comptes bancaires auxquels ils peuvent avoir accès. Donc, d’un côté nous tentons d’aider le peuple zimbabwéen à traverser une période difficile. De l’autre côté, nous essayons de maintenir la pression sur le gouvernement.

 

Nous nous reposons lourdement sur la société civile pour mettre en ouvre des programmes visant à octroyer notre aide de façon équitable et apolitique, de façon qu’elle ne soit pas détournée par les dirigeants et leurs sbires. J’ai eu l’année dernière deux réunions avec le Premier ministre Tsvangiraï afin d’essayer de transmettre le message selon lequel nous soutenons la réforme au Zimbabwe et l’organisation de bonnes élections parce qu’il ne fait aucun doute dans la plupart de nos esprits que le parti de M. Mugabe n’a pas remporté le premier tour du scrutin organisé il y a un peu plus d’un an.

 

Nous cherchons à lier la démocratie à la performance économique en encourageant ceux qui exigent que le gouvernement rende des comptes. Mais c’est une situation qui fait réfléchir et qui est triste, parce que le parti dirigeant, et la clique qui, au sein de celui-ci, accapare le pouvoir, continuent de profiter largement de l’aide, du commerce des diamants et de la corruption pendant que la population souffre. Les mesures mises en ouvre par le gouvernement Mugabe, qui ont détruit des zones habitées, laissant les gens sans abris, n’ont aucun sens. Mais c’est ce à quoi les Zimbabwéens ont dû faire face.

 

Nous essayons donc de trouver le juste milieu entre le soutien à la population et le maintien de la pression sur le gouvernement Mugabe, en coopérant avec l’Afrique du Sud pour faire passer le message. Mais je ne vais pas vous dire que nous avons trouvé la formule parfaite, parce qu’il est très difficile de faire ce que nous tentons de réaliser, et de faire une réelle différence pour le peuple zimbabwéen. Mais nous allons persister et collaborer avec des gens comme le député Payne afin d’essayer de donner aux gens un meilleur avenir.

 

D’accord ?

 

M. Crowley – Nous allons maintenant prendre une ou deux questions de l’assistance. Là-bas, au deuxième rang.

 

Question – Merci beaucoup, Madame la Secrétaire. Je m’appelle Fred Oladeinde et je représente le réseau d’associations de l’AGOA. Depuis que nous nous sommes rencontrés à Nairobi, certains d’entre nous au sein de la société civile ont remarqué que l’AGOA avait décliné, en termes d’exportations africaines vers les États-Unis, particulièrement si l’on ne tient pas compte du pétrole dans le total de ces exportations.

 

Nous pensons que le CAADP, qui est le Programme intégré pour le développement de l’agriculture en Afrique, pourrait représenter une nouvelle occasion pour nous de réévaluer l’AGOA et d’aider les pays africains qui sont prêts à se réformer et à étendre leurs exportations vers les États-Unis.

 

Pouvez-vous nous dire ce qu’entend faire le gouvernement Obama en matière de réforme de l’AGOA et pour voir ce qui peut être fait pour étendre les exportations par le truchement du CAADP et de la nouvelle initiative de 6,3 milliards de dollars en faveur de l’optimisation des possibilités que représente l’AGOA ?

 

Mme Clinton – Je vous remercie de cette question. Comme vous vous en souvenez sans doute, j’ai énuméré dans mon discours de Nairobi une série de mesures de réforme de l’AGOA. Mais nous sommes également conscients du fait que le CAADP offre une réelle possibilité et nous ouvrons à utiliser les principes développés dans ce cadre dans notre Initiative alimentaire pour l’avenir. Nous souhaitons ainsi prendre pour base de notre travail dans le domaine de l’agriculture les principes adoptés par les pays africains eux-mêmes.

 

Je vais répéter ce que j’ai dit à Nairobi. Il existe sans aucun doute des mesures que les États-Unis pourraient prendre pour favoriser les exportations africaines en dehors du secteur pétrolier, qui a un énorme effet de distorsion sur notre relation commerciale. Mais la majeure partie du travail à accomplir doit être fait en Afrique. Si vous étudiez le commerce entre pays africains, il est abyssal. Les pays africains ne commercent pas entre eux. Ils ont érigé des barrières, des tarifs et des droits de douane qui font obstacle au développement de leurs propres économies. J’ai évoqué cette situation dans mon discours de Nairobi. J’ai mis les gouvernements africains au défi de changer leurs propres lois pour faciliter les échanges. Si l’Afrique commerçait – si les pays d’Afrique subsaharienne commerçaient entre eux comme le font les pays asiatiques – la croissance de leur PIB serait considérable en un laps de temps relativement court.

 

Mais il existe des problèmes de corruption et de capacités, alimentés par des rivalités transfrontalières. Ainsi, malheureusement, le marché vers les États-Unis est difficile parce qu’afin de faire sortir les produits de beaucoup de pays d’Afrique, il faut traverser d’autres pays. Et ce n’est pas facile. Je n’oublierai jamais l’un des intervenants à Nairobi : il venait de Lagos, au Nigéria, et le trajet entre Lagos et Nairobi lui avait pris autant de temps qu’il lui en aurait fallu pour aller de Lagos à Londres.

 

Les États-Unis feront donc leur part, mais les pays africains doivent commencer à faire de même et engendrer les changements qui permettront de développer les économies de la région subsaharienne. Il y a tant de richesses, de ressources et de possibilités (applaudissements). Comme nous l’avons dit l’année dernière à Nairobi, nous sommes prêts à fournir une assistance technique, à aider, mais nous ne pouvons rien faire si personne ne demande d’aide ou si personne ne l’accepte.

 

Je renouvelle donc mon offre : nous sommes prêts à travailler avec tout le monde ; nous savons comment ouvrir des marchés. Les États-Unis sont des experts en la matière. Nous avons le marché le plus ouvert du monde et nous voulons que l’Afrique exporte plus vers les États-Unis. Mais c’est difficile, et de nombreux pays n’ont rien fait pour aider leurs entreprises à savoir comment exporter à l’intérieur même de l’Afrique. Il y aurait beaucoup à faire, mais c’est difficile en l’absence de changements des lois, des réglementations et des régimes douaniers. Je renouvelle encore notre offre : nous sommes prêts à aider. Mais je ne veux pas prononcer le même discours à la conférence de l’AGOA l’année prochaine. Nous avons fait ce discours et nous sommes prêts à aider. Il nous faut maintenant un interlocuteur de l’autre côté qui nous dise – j’aimerais qu’un gouvernement africain vienne et nous dise : épluchez nos lois, dites-nous tout ce qu’il faut selon vous changer pour augmenter notre PIB de 5 % au cours des dix prochaines années – et nous lui dirons ce qu’il faut faire.

 

Mais cela signifie qu’il faudra faire des choses allant à l’encontre des intérêts spéciaux, des bureaucrates et des entreprises qui ont déjà fait main basse sur le marché et qui préféreraient avoir la plus grosse part d’un petit marché qu’une part plus modeste d’un grand marché. Si vous vous heurtez à cette mentalité, il sera vraiment difficile d’utiliser l’extraordinaire outil qu’est l’AGOA. Mais nous serons là pour aider ceux qui viendront vers nous, si certaines ONG peuvent nous aider à entrouvrir ces marchés.

 

Mais ça n’arrivera pas simplement en le souhaitant ou parce que les États-Unis feront en sorte que cela arrive. Il s’agit d’un problème structurel au niveau de la façon dont les pays entretiennent des relations entre eux. Il faut régler ce problème. Enfin, quoi, nous sommes au 21e siècle. Nous devons surmonter ce qui s’est passé il y a 50, 100 et 200 ans, et créer de la richesse pour tous. C’est le meilleur moyen de tenter de créer une nouvelle énergie et un renouveau de croissance en Afrique (applaudissements).

 

Question – Merci, Madame Clinton, d’être là aujourd’hui. Je m’appelle Beth Tuckey. Je fais partie d’Africa Action. Vous avez dit dans votre introduction que vous défendriez la gouvernance démocratique en Afrique, et je sais que les États-Unis soutiennent fermement le Rwanda depuis de nombreuses années. Je me demande juste ce que vous faites au sujet de la récente oppression des candidats politiques dans ce pays et si vous allez faire quelque chose pour le juge Peter Erlinder, qui est actuellement aux arrêts au Rwanda.

 

Mme Clinton – Je sais que nous avons abordé ces dossiers. Nous avons porté nos inquiétudes à la connaissance du gouvernement rwandais. Nous ne voyons vraiment pas le Rwanda saper son propre progrès remarquable en se mettant à s’éloigner de la ligne d’action positive qui a sous-tendu si efficacement son développement. Nous continuons de soutenir le Rwanda. Le type de développement qui y a eu lieu est vraiment un modèle à de nombreux égards pour le reste du continent. Mais nous sommes inquiets des récentes actions, et nous aimerions voir des mesures pour les inverser.

 

D’un côté, je comprends l’anxiété du gouvernement rwandais au sujet de ce qu’il considère comme une négation du génocide. Il existe de nombreux pays qui se sont retrouvés dans la même situation, et je comprends qu’il soit susceptible à cet égard. À l’évidence, il ne veut voir aucune étincelle susceptible d’alimenter un nouveau conflit ethnique. Je le comprends.

 

Mais d’un autre côté, il y a des moyens autres que des actions politiques contre des responsables de l’opposition, des avocats et autres de faire face à des inquiétudes légitimes. Donc si, dans une certaine mesure, je comprends la motivation et les inquiétudes du gouvernement rwandais, je souhaite voir la prise de mesures différentes afin d’éviter une collision entre ce qui a été une période remarquablement réussie de croissance et de réconciliation et l’impératif de continuer de construire des institutions démocratiques solides.

 

Je vous remercie tous beaucoup (applaudissements).

 

(Fin de la transcription)

 

SOURCE 

US Department of State


 


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