Posted by: africanpressorganization | 11 March 2010

Allocution de clôture du Chef de File des Partenaires Techniques et Financiers à l’issue de la Revue Conjointe 2010 du PN-AEPA – PAGIRE.

 

 


 

 

Allocution de clôture du Chef de File des Partenaires Techniques et Financiers à l’issue de la Revue Conjointe 2010 du PN-AEPA – PAGIRE.

 

 

OUAGADOUGOU, Burkina-Faso, 11 mars 2010/African Press Organization (APO)/ — Allocution de clôture du Chef de File des Partenaires Techniques et Financiers à l’issue de la Revue Conjointe 2010 du PN-AEPA – PAGIRE.

Par M. Amos Tincani, ambassadeur, chef de délégation de l’Union Européenne au Burkina Faso

Monsieur le Ministre,

Nous voici arrivés aux termes de la revue conjointe 2010 du PN-AEPA-PAGIRE, dont le présent atelier, pour rester dans les questions liées à l’eau, ne constitue que “la partie émergée de l’iceberg”.

Depuis de nombreuses semaines en effet – les mauvaises langues diront : de trop nombreuses semaines – vos équipes comme les nôtres travaillent d’arrache-pied pour mener à bien les réflexions dans ce cadre, et dégager des recommandations qui puissent utilement guider le secteur pour l’année à venir. Au-delà, plus encore que les années précédentes, c’est l’ensemble des acteurs du secteur – cette salle est là pour en témoigner – qui s’est mobilisé. En soi, c’est déjà un fait à saluer.

L’enjeu est de taille en effet : à la fin 2009, ce sont encore environ 6 millions de Burkinabè qui n’ont pas accès à l’eau potable, tandis que l’immense majorité, surtout en milieu rural n’a pas accès à un assainissement durable. La perte est énorme, en termes d’impact sur la santé des populations. Cela pèse aussi naturellement sur l’Indice de Développement Humain du pays.

Je préfère cependant retourner l’équation : depuis le lancement du “Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement (PN-AEPA)”, ce sont en effet environ 700000 de nouveaux Burkinabès qui ont accès à l’eau potable sur les 4 millions à desservir d’ici 2015 en milieu rural, tandis que 1,8 millions de personnes supplémentaires devront avoir accès en milieu urbain.

Cet effort est remarquable. Il doit être poursuivi par le gouvernement. Il doit être soutenu.

A cet égard, 2009 a été marqué par un certain nombre d’évolutions stratégiques dans le secteur qui laissent présager d’augures favorables.

Après une longue période de difficultés et d’essais, un système de suivi-évaluation réellement opérationnel a été mis au point à partir de juin 2009. Ce système doit encore connaître des améliorations mais il permet déjà d’établir des rapports-bilans de bien meilleure qualité que les années précédentes.

Après plusieurs années de réflexion et de travail, un document d’opérationnalisation de la stratégie dans le domaine de l’assainissement eaux usées/excreta en milieu rural a maintenant été adopté. Il s’agit à présent de mettre ce document à l’épreuve de la réalité, pour en mesurer le degré de réalisme et de faisabilité, notamment au niveau du système de subvention mis au point. Ce point est essentiel si l’on veut avoir une chance de rattraper le retard malheureusement pris dans le domaine –difficile et sensible- de l’assainissement, surtout familial. J’y reviendrai.

 

Le Budget-Programme 2010-2012 a été adopté dès les premiers mois de 2010. Lui aussi perfectible, il n’en est pas moins plus simple d’utilisation et mieux approprié, notamment au niveau des Directions régionales.

De premières avancées ont également eu lieu en termes de déconcentration et de décentralisation avec la délégation, en fin d’année, des crédits d’investissement à 6 régions, et le transfert de 200 millions fcfa à 100 communes destinés à financer des réhabilitations d’ouvrages. Nous y reviendrons.

Enfin, la fin 2009 a été marquée par une avancée importante en termes de soutien au secteur, avec la signature des convenions de l’Union européenne puis du Danemark – bientôt suivies espérons-le, par d’autres – qui permettront de mettre à disposition du secteur plus de 70 milliards fcfa sur les 5 prochaines années au travers d’un appui budgétaire sectoriel. La question du financement ayant trouvé une réponse significative, il s’agira à présent de travailler d’arracher à la capacité d’absorption et à l’exécution des réalisations.

A ce titre, nous prenons note de l’estimation provisoire qui a été faite du montant à décaisser sur les tranches variables des appuis budgétaires sectoriels de l’Union européenne et du Danemark. Cette estimation fera maintenant l’objet d’un travail d’analyse subséquent, tant de la part des services du Ministère des Finances et du Ministère de l’Agriculture d’une part, que de la part des PTFs concernés d’autre part.

Monsieur le Ministre,

2009 a donc été une année des grands achèvements, 2010 n’en reste pas moins une année de défis majeurs.

La question de la fiabilité des données relatives au secteur reste malheureusement toujours d’actualité : le Système de Suivi-Evaluation, le BPO et l’INOH, qui sont tous trois des instruments de planification du même PN-AEPA continuent à travailler avec des méthodes différentes, des calendriers de collecte et de traitement distincts et donc … à produire des données divergentes. Parfois très divergentes. Il en résulte un problème important de transparence et de crédibilité des données, préjudiciable au secteur et désormais au budget de l’Etat.

Ce problème, qui avait déjà été posé par la revue conjointe de l’année dernière prendra en effet cette année une dimension “sonnante et trébuchante” puisque le calcul des tranches variables de l’ABS se basera sur les données statistiques fournies par le secteur … qui se contredisent parfois largement entre elles.

 

Nous constatons par ailleurs que le SIG-OMD est sans doute sous-utilisé, et n’est notamment pas mis à disposition des communes, qui sont pourtant appelées à être les premiers maîtres d’ouvrage des installations AEPS. Il nous semble à ce titre essentiel que la DGRE se dote d’une véritable capacité d’étude et de planification utilisant l’outil INOH-SIG/OMD comme initialement prévu pour appuyer les services déconcentrés et les différents acteurs (ONG, collectivités, projets etc…) dans la programmation et le suivi.

C’est donc le lieu et l’instant de lancer un appel pressant pour que la résolution de ce problème ne soit plus reportée et soit prise à-bras-le-corps. La solution passe à notre sens par une réorganisation – dans le sens d’une intégration- des méthodes, calendriers et outils de travail des trois structures de programmation-suivi-évaluation, mais aussi, sans doute, par une réorganisation interne des services.

Comme nous l’avons dit, les crédits d’investissement ont été délégués à 6 régions. Malheureusement, cette logique de “régionalisation” de l’exécution de la dépense est “mort-née”, puisque les 6 régions concernées ont directement délégué leur maîtrise d’ouvrage à l’AGETEER et au FEER.

Nous convenons que l’annonce de la délégation de crédits est intervenue fort tard dans l’année, et que les régions ont pu être prises de court. Cependant, nous voudrions insister sur deux points :

– le recours à ces deux agences pour exécuter les crédits délégués aux 6 régions vide de son sens la délégation de crédit, et empêche les directions régionales de renforcer leur expérience, qui leur sera pourtant essentielle dans leur rôle de soutien aux communes dans le cadre de la décentralisation.

– La délégation de la maîtrise d’ouvrage à ces deux structures centrales a un coût. Ce coût, celui de la rémunération des agences, est important puisqu’il est compris entre 5 et 10%. C’est un aspect qui, vous comme nous, doit nous interpeller.

Nous appelons donc à ce qu’un bilan soit fait des réalisations de l’AGETEER et du FEER, et surtout, que toutes les mesures soient prises en 2010 pour que les 13 régions du pays puissent cette fois réellement assumer leur rôle et exécuter les crédits délégués en 2011. Il en va à notre sens de la réussite du programme.

Le processus de décentralisation, qui est lié de façon quasi-organique à la déconcentration, constitue également un enjeu de taille. Après que les compétences et le patrimoine “Eau/assainissement” aient été transférés aux communes, un premier montant – encore modeste- de 200 millions leur a été transféré en fin 2009 pour réaliser des réhabilitations de forages.

Or, chacun le sait, les capacités des communes sont très disparates, et généralement faibles. Il pèse donc de sérieux doutes quant aux capacités des communes, à ce stade, d’absorber ces montants de façon professionnelle et utile, pour améliorer l’accès à l’eau dans leur juridiction.

 

A l’instar de la santé ou de l’éducation, un effort important devra donc être fait en 2010 pour renforcer les communes et les accompagner dans la mise en œuvre de leurs nouvelles compétences. Cela passe par un renforcement sur place, par le développement d’outils et formations au travers du Cadre Unifié d’Intervention, mais aussi par un accompagnement efficace de la part des DRAHRH.

Comme en 2009, la question de la fonctionnalité des ouvrages continue à se poser avec acuité. 18% de pannes pour les points d’eau modernes (ce qui représente une régression par rapport à l’année dernière) mais surtout 34 % pour les systèmes d’adduction d’eau potable simplifiés (AEPS) : près de 150 réseaux d’Eau potables dans les chefs-lieux de communes ou les petits centres sont hors d’usage. A quoi sert d’investir massivement dans de nouvelles réalisations si celles déjà existantes tombent en panne, souvent par manque d’entretien ou du fait d’une mauvaise gestion?

Nous voudrions donc vous encourager à nouveau à persévérer dans la recherche de solution, notamment au niveau de la gestion déléguée à des opérateurs (privés). A l’heure actuelle, en effet, seuls 30% des AEPS sont gérées de cette manière, ce qui constitue encore une limitation. Nous vous encourageons également, avec le Ministère de l’Administration Territoriale et de la décentralisation, à explorer de nouvelles voies, notamment celle de l’intercommunalité.

Enfin, malheureusement, nous devons à nouveau souligner la situation critique connue au niveau de l’assainissement et de l’hygiène. Dans ce sous-secteur que nous savons particulièrement difficile, chaque année, nous constatons que le rythme de réalisation est insuffisant et que l’écart se creuse avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Si en 2007 on considérait qu’il fallait tenir un rythme de 39,000 latrines/an en milieu rural jusqu’en 2015, en 2010, vu les retards accumulés, on devrait en théorie à présent en réaliser au moins 55,000/an. A titre d’illustration, en 2009, selon les chiffres du rapport-bilan annuel, on en a réalisé … 3306. A ce rythme, cela signifie qu’en fait, vu la croissance démographique, le taux d’accès à l’assainissement baisse en réalité. Au-delà des chiffres, cela implique surtout un risque accru de maladies d’origine hydrique. Rappelons à ce sujet que le paludisme et les diarrhées sont les deux premières causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans (58% en 2008).

Il ne s’agit pas ici de critiquer, mais de prendre acte, ensemble, d’une situation alarmante. L’assainissement doit désormais constituer une priorité sectorielle pour le Gouvernement, appuyé en cela par les Partenaires Techniques et financiers. Au-delà des mots, cela doit se traduire concrètement, en termes notamment de renforcement des capacités de la DGAEUE et des DRAHRH, mais aussi des communes, ainsi que d’amélioration de l’implication des Ministères de la Santé et de l’Enseignement de Base et d’allocations en conséquence de moyens au niveau de la Loi de Finances.

 

 

Monsieur le Ministre,

Je ne saurai terminer mon propos sans parler de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau, la GIRE. La présente revue a en effet pour la première fois inclus spécifiquement le PAGIRE et un groupe de travail distinct a été mis sur pied à cet égard. En tant que Ministre de tutelle du Secrétariat Permanent au Plan d’Action GIRE, vous êtes naturellement parfaitement conscient de l’importance de cet enjeu.

L’adoption de la loi portant institution d’une Contribution Financière en matière d’Eau (CFE) sous forme d’une taxe parafiscale au profit des agences de l’eau constitue un tournant très important en matière de mobilisation des ressources financières pour la mise en œuvre de la GIRE.

L’opérationnalisation des agences de l’eau du Mouhoun et du Nakanbé et la mise en place prochaine des agences de l’eau de la Comoé, du Liptako et du Gourma constitueront aussi des avancées notables.

En consacrant par ailleurs la dernière Journée du Paysan au thème « Maîtrise et optimisation des ressources en eau pour un développement durable », le Président du Faso a lancé un signal fort : pour un pays enclavé, dépourvu d’importantes ressources en eau tel le Burkina Faso, dont l’économie dépend largement d’une agriculture pluviale, la Gestion Intégrée des Ressources en eau n’est pas un luxe superflu. C’est une condition de survie avant même que d’être une base de son développement : le Burkina n’a d’autre choix que de gérer de façon rationnelle ses ressources en eaux, pour en assurer la durabilité. Sinon, nous entrerons à coup sûr dans une ère d’instabilité et de phénomènes massifs de migrations climatiques.

Monsieur le Ministre,

Au terme de cet exercice intensif, je me réjouis des résultats accomplis par tous, mais aussi de la conscience commune que nous avons des enjeux – parfois des réels dangers – qui restent devant nous.

Des recommandations importantes ont été faites au cours de la Revue. Il est de notre responsabilité commune d’assurer le suivi régulier de leur réalisation. A ce sujet, nous sommes satisfaits de la revitalisation récente du processus de formulation du cadre Partenarial, qui devrait être formellement signé dans les prochaines semaines. Ce cadre, avec les autres instances de pilotage du PN-AEPA, constituera une enceinte adéquate pour la poursuite de notre dialogue sectoriel, et notamment pour le suivi étroit de nos recommandations.

 

Le Gouvernement burkinabè s’est engagé à apporter l’eau et l’assainissement à ses populations. Il en a la responsabilité et le leadership. Les Partenaires Techniques et Financiers se sont engagés à l’appuyer résolument dans cette démarche, et une nouvelle ère s’ouvre désormais, avec la mise en œuvre des premiers appuis budgétaires sectoriels, qui complèteront la gamme des projets et programmes déjà en cours ou à venir.

C’est ce partenariat fort et déterminé qui nous permettra d’atteindre nos objectifs communs. Souvent en pleine compréhension, parfois dans la critique ou même le désaccord, mais toujours dans le respect mutuel.

 

SOURCE 

European Commission


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