Posted by: africanpressorganization | 29 April 2009

L’Afrique et la crise / Un impact maximal malgré une intégration minimale à l’économie mondiale

 

 


 

 

L’Afrique et la crise / Un impact maximal malgré une intégration minimale à l’économie mondiale

 

BAMAKO, Mali, 29 avril 2009/African Press Organization (APO)/ — Alors qu’elle est, de toutes les régions du monde, celle qui est la moins intégrée à l’économie mondiale, l’Afrique est peut-être celle qui est la plus durement frappée par la crise économique. Celle-ci a en effet un impact particulièrement néfaste qui se fait sentir à quatre niveaux dans cette région.

 

Premièrement, les apports de capitaux privés à l’Afrique sont en baisse, après s’être envolés en 2007 pour atteindre 53 milliards de dollars, et dépasser ainsi pour la première fois les apports d’aide extérieure. Depuis l’année dernière, les bourses africaines ont accusé une baisse de 40 % en moyenne, certaines chutant même de plus de 60 % (comme au Nigéria). Au Ghana et au Kenya, les autorités ont reporté pour plus de 800 millions de dollars d’émissions d’obligations souveraines, retardant la mise en œuvre de projets de routes à péages et de gazoducs. En République démocratique du Congo, elles ont revu à la baisse, de 1,8 milliard de dollars, leurs prévisions concernant les apports d’Investissement direct étranger (IDE). Ces apports finançaient les investissements si nécessaires dans les infrastructures et les secteurs des produits de base. Surtout, leur essor avait fait naître l’espoir que les économies du continent avaient en quelque sorte franchi un cap — espoir vite déçu, sans qu’on puisse en quoi que ce soit en imputer la faute aux Africains.

 

Deuxièmement, les envois de fonds de l’étranger, qui avaient culminé aux alentours de 20 milliards de dollars en 2008, devraient diminuer cette année de 4,4 %. Ces envois jouent généralement un rôle anticonjoncturel : quand les choses vont mal pour la famille restée « au pays », on lui envoie plus d’argent. Mais aujourd’hui, c’est dans les pays d’où provient cet argent qu’il y a la crise. Or, plus de 77 % des envois de fonds vers l’Afrique viennent des États-Unis et d’Europe de l’Ouest.

 

Le troisième aspect a trait à l’aide extérieure. Les donateurs ont beau avoir accru en 2008 leurs apports d’aide à l’Afrique, ils sont déjà en retard de 20 milliards de dollars sur les engagements pris à Gleneagles en 2005 — alors que l’économie mondiale se portait mieux. Aujourd’hui, les pressions budgétaires qui s’exercent pour la relance de leurs propres économies vont croissant. Si l’on retient les leçons des crises financières des années 90 en Norvège, Suède et Finlande, on peut craindre une baisse substantielle de l’aide extérieure. Ne serait-ce que pour les 2 millions d’Africains séropositifs qui suivent une thérapie antirétrovirale, la question de l’aide extérieure et de son éventuelle diminution pourrait être une question de vie ou de mort.

 

Quatrièmement, la chute des prix des produits de base, quoique bénéfique pour les pays africains importateurs de pétrole, entraîne une réduction majeure des exportations et des recettes publiques pour les nombreux pays de la région exportateurs de ces produits. Même les exportateurs de pétrole qui ont économisé leurs superbénéfices en 2008 (l’Angola, le Gabon et le Nigéria ont tous utilisé un prix de référence d’environ 57 dollars le baril quand le prix du pétrole sur le marché était de 140 dollars) souffrent à l’heure actuelle du fait que leur secteur non pétrolier est à la fois très réduit et très tributaire de leurs dépenses publiques. En ce qui concerne l’Angola, on s’attend à ce que son PIB fléchisse de 23 % en valeur nominale. Quant aux exportateurs d’autres produits de base, tels que la Zambie, la République démocratique du Congo ou l’Afrique du Sud, ils connaissent à présent un net recul de leurs recettes d’exportation et, dans certains cas, de leurs recettes budgétaires également.

 

À tout cela vient s’ajouter le fait que plusieurs pays africains présentaient des déséquilibres macroéconomiques non négligeables au moment où la crise financière a éclaté. En Éthiopie, le taux d’inflation était de 60 % en juillet 2008 ; au Ghana, le déficit budgétaire représentait 14 % du PIB. En Afrique du Sud, le déficit courant, qui était en grande partie financé au moyen des flux de capitaux privés, atteignait 8 % du PIB. Au bout du compte, le taux de croissance du PIB de l’Afrique s’établira ainsi aux alentours de 2,4 % en 2009 — environ 2,5 points de pourcentage de moins qu’en 2008.

 

Un niveau de 2,4 % est certes supérieur à la croissance nulle ou négative que l’on prévoit aujourd’hui pour les États-Unis ou l’Europe, mais une chute de 2 à 3 points de pourcentage pourrait avoir des conséquences désastreuses dans le cas d’une région à faible revenu.

 

Jusqu’en 2008, les pays africains avaient connu, pour la première fois en 20 années, une croissance économique soutenue équivalente à celle des pays en développement pris globalement (abstraction faite de la Chine et de l’Inde). Grâce à l’application de saines politiques économiques et à la hausse des prix des produits de base, leur rythme de croissance était passé de 5,7 % en 2006 à 6,1 % en 2007 et (selon les données prévisionnelles) à 6,4 % en 2008. La pauvreté était en recul et beaucoup d’indicateurs de développement humain s’amélioraient, à commencer par le taux de prévalence du VIH/SIDA. Mais les espoirs soulevés par cet essor de dix années sont à présent anéantis, et il pourrait s’ensuivre des troubles au niveau politique et social.

 

Qui plus est, ce récent essor économique de l’Afrique tenait en partie aux réformes économiques entreprises par les dirigeants lors des dix années précédentes, mais il est à craindre que le soutien politique à la base de ces réformes s’estompe désormais. Maintenant que la plupart des pays développés mettent en œuvre ce qui ressemble à des « réformes inverses » (nationalisations de banques, programmes de dépenses publiques générateurs de déficits croissants), il va être plus difficile de maintenir l’élan des réformes sur le continent africain.

 

Enfin, la crise économique mondiale pourrait aboutir à une crise humanitaire en Afrique. Si celle-ci voit sa croissance fléchir de la même façon qu’elle l’a généralement fait dans le passé, il faut s’attendre, selon nos estimations, à ce que 700 000 enfants de plus y meurent avant d’avoir atteint 1 an.

 

Réactions des pays africains

 

À mesure que se précise l’impact de la crise mondiale, les gouvernements africains expriment ensemble leurs préoccupations. Après une première réunion à Tunis, en novembre 2008, ils se sont de nouveau retrouvés en Éthiopie (en février dernier), en Tanzanie (au mois de mars) et au Botswana (toujours en mars). La plupart d’entre eux n’ont guère ou pas de marge de manœuvre budgétaire pour stimuler la demande. Beaucoup craignent que les engagements d’aide ne soient pas respectés, et hésitent de ce fait à engager d’emblée des efforts concentrés.

 

La réponse apportée par ces pays consiste : a) à réordonnancer leurs priorités de dépenses (l’Éthiopie a ainsi reprogrammé 125 millions de dollars de l’appui venant de l’IDA, et le Sénégal a fait de même pour 20 millions ; des pays comme le Cap-Vert ou le Mali ont pour leur part entrepris de remplacer leurs subventions générales par des subventions ciblées subordonnées à un critère de ressources) ; b) à approfondir les réformes (comme par exemple les Seychelles, la Zambie ou le Ghana) pour pouvoir profiter de la relance une fois qu’elle se matérialisera ; c) à procéder, dans quelques cas, à des revirements de politiques (le Nigéria a par exemple imposé des contrôles de change à la suite de la dépréciation de sa monnaie) ; et d) à explorer de nouvelles sources de financement (le Botswana a ainsi sollicité un appui pour son secteur de l’énergie, et la Tanzanie, l’Ouganda et le Ghana figurent parmi des emprunteurs de l’IDA qui veulent avoir accès à la formule dite de garantie « enclave » de la BIRD pour le financement de leur infrastructure).

 

Réaction de la communauté internationale

Mais la capacité de réponse des pays est restreinte par le niveau limité de ressources concessionnelles supplémentaires qui ont été promises, tout particulièrement lors du sommet que le G-20 a récemment tenu à Londres. La question se pose alors : quel surcroît d’aide extérieure faudra-t-il pour empêcher que la crise financière mondiale ne se transforme en une crise tout à la fois humanitaire, politique, économique et sociale en Afrique ?

Le fait est que cela n’est pas la question la plus importante. Ce qui importe bien plus, c’est de savoir : i) à quoi les ressources seront consacrées ; et ii) quelles politiques d’accompagnement seront mises en œuvre pour les rendre effectives. À l’heure où les Gouverneurs de la Banque mondiale et du FMI se retrouvent à Washington pour les Réunions de printemps 2009, il sera question de l’ampleur des ressources additionnelles affectées au continent le plus pauvre du monde.

Nous avons une réponse précise à avancer : 20 milliards de dollars au moins. Comme dans le cas d’une étude précédente sur les coûts nécessaires pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire, c’est une estimation à laquelle nous parvenons au moyen de différentes méthodes. Une telle approche ne prête pas le flanc à l’accusation de double comptage. Tout d’abord, selon les estimations du FMI, les besoins des pays à faible revenu, en termes de balance des paiements, seront d’environ 25 milliards de dollars cette année. À partir du moment où la majorité d’entre eux sont en Afrique, un chiffre de 20 milliards de dollars pour cette seule région semblerait raisonnable. Ensuite, si l’on met de côté les considérations de balance des paiements pour ne considérer que les besoins en infrastructure de l’Afrique, ces besoins se chiffrent, selon une récente estimation, à 20 milliards de dollars également, en tenant compte du vide qui peut être comblé par une meilleure tarification et des gains d’efficacité. Sachant qu’il faudra plus que des infrastructures pour éviter un effondrement total, nous parlons de besoins de « 20 milliards de dollars au moins ». Enfin, ce chiffre de 20 milliards correspond au déficit de financement actuel par rapport aux engagements pris par le G-8, en 2005 à Gleneagles, de doubler les apports d’aide à l’Afrique d’ici 2010. Autrement dit, il ne s’agit pas là d’un besoin nouveau : c’est ce dont les dirigeants mondiaux pensaient, en 2005, que l’Afrique aurait besoin pour avoir raisonnablement une chance d’atteindre les ODM. S’il est un moment où ce surcroît de ressources s’avère plus que jamais nécessaire, c’est maintenant.

 

SOURCE 

The World Bank


Categories

%d bloggers like this: