Posted by: africanpressorganization | 26 November 2008

Deuxième conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement Intervention du ministre français des affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner

 


 

Deuxième conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement
Intervention du ministre français des affaires étrangères et européennes,
M. Bernard Kouchner

 

PARIS, France, 26 novembre 2008/African Press Organization (APO)/ — Intervention du ministre français des affaires étrangères et européennes,
M. Bernard Kouchner

 

Mes Chers Amis,

Je voudrais, tout d’abord, remercier Brice Hortefeux. Il y a encore deux ans penser à une telle conférence était, pour moi, inimaginable et c’était très difficile de considérer que la politique qui a été menée par le gouvernement de François Fillon et par le président de la République, Nicolas Sarkozy, pouvait recueillir mon assentiment d’emblée. L’immigration pour moi, c’était le partage du monde différent, c’était la façon dont on pouvait s’occuper de ses immigrés, y compris les immigrés illégaux parce qu’il sous-entend un problème humain, et je demeure sur cette position.

J’ai vu Brice Hortefeux travailler. J’ai vu qu’il instaurait – ce n’était pas facile – un dialogue permanent et je suis très heureux de cela. Je suis très heureux que l’on puisse parler d’un sujet aussi délicat que l’immigration, c’est-à-dire le dialogue entre la pauvreté et la richesse qui s’affrontent plus souvent qu’elles ne se comprennent.

Je vais être à la fois simple et direct. C’est, tout d’abord, une vraie réussite que la France ait confronté sa politique d’immigration à sa politique de développement, parce qu’il s’agit évidemment à la fois de l’une et de l’autre. Il n’y aura de vraie politique de développement qu’avec une immigration bien maîtrisée, avec une immigration bien accueillie, avec des gens qui soient traités humainement quels qu’ils soient, y compris illégaux. Il n’y aura pas de politique d’immigration sans développement. Développement et immigration sont deux termes qui vont ensemble.

Deuxièmement, il faut considérer la crise économique avec sérieux mais aussi comme une occasion. On l’a bien vu, encore une fois, l’attitude de la France a été de soutenir la participation des pays en développement lors de cette réunion qui s’est tenue à Washington le 15 novembre dernier. Mais, hélas, seule l’Afrique du Sud était présente, ce qui n’était pas suffisant pour représenter l’Afrique. Je vous assure que le président Sarkozy a fait tout ce qui était possible pour que les pays en développement soient invités. Il faut absolument que, la prochaine fois, ils le soient. Le contexte sera légèrement différent notamment avec une nouvelle Administration américaine. J’espère donc qu’au mois d’avril, il y aura une seconde réunion internationale pour parler de la régulation financière et qu’à ce moment-là, l’Union africaine sera invitée, ou du moins des pays représentants cette région.

Ce n’est pas parce que les pays riches sont dans l’embarras qu’il ne faut pas offrir aux pays en développement une façon de réfléchir avec nous et nous avec eux, et d’avoir en commun cette nécessité de la régulation différente. L’immigration, c’est aussi cela. Il est donc nécessaire de considérer que le partage du fardeau doit être équilibré.

Troisièmement, si nous avons pu surmonter les difficultés, c’est grâce au dialogue qui a été mené – je crois, au mieux – par le ministre de l’Immigration, en particulier, et par moi-même : nous avons voulu ouvrir la porte, engager le dialogue et échanger nos idées.

Nous avons découvert que la France pouvait être un théâtre d’affrontements sur ce difficile voire douloureux thème de l’immigration, c’est-à-dire la façon dont des personnes qui vivent mal, qui ne peuvent subvenir aux besoins de leur famille, viennent chez nous croyant – ce n’est pas toujours vrai, loin de là – qu’ils vivront mieux.

Nous avons découvert que, en Europe, il y avait des pratiques qui n’étaient pas raisonnables. Je trouve formidable que, sur ce sujet tellement difficile, tellement délicat, humainement tellement sensible, le Pacte européen sur l’Immigration et l’Asile ait été la première des réussites consensuelles – c’est-à-dire des 27 pays de l’Union européenne – de la Présidence française.

Mais, ce n’est pas la Présidence française qui s’en enorgueillit, c’est l’ensemble de l’Europe qui marche, ensemble, avec les pays d’Afrique, avec les pays d’émigration.

Je voulais tout simplement faire part de mon soutien à Brice Hortefeux. Il y a des problèmes qu’il faut régler, que nous réglons et que nous réglerons ensemble. La semaine dernière encore, nous étions face à la question des Afghans que nous ne souhaitions pas voir rester dans des conditions épouvantables chez nous et, avec la Grande-Bretagne, nous avions décidé de leur proposer de rentrer. Cela n’a pas été possible parce que le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations unies souhaitait plus de prudence et nous, Brice et moi, avons arrêté cette entreprise.

Vous pourrez toujours vous adresser à nous s’il y a un problème. Je vous remercie d’être venus, je connais nombre d’entre vous et depuis longtemps. Je me répète, mais je vous assure qu’il y a deux ans il aurait été difficile de m’imaginer dans une telle entente avec vous sur ce sujet. C’est l’ouverture qui compte, ce n’est pas une fin en soi que d’arriver à un accord maintenant, c’est au contraire un début pour plus d’harmonie dans le monde, chez vous, dans les pays en développement, chez nous, dans les pays en difficulté, comme aujourd’hui.

Merci Brice, merci à tous./.

 

 

SOURCE : France – Ministry of Foreign Affairs


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