Posted by: APO | 28 June 2008

Algérie / France / Déplacement en république algérienne démocratique et populaire allocution du premier ministre, m. Francois Fillon, lors de la réception au palais du gouvernement

Algérie / France / Déplacement en république algérienne démocratique et populaire allocution du premier ministre, m. Francois Fillon, lors de la réception au palais du gouvernement

ALGER, Algérie, June 28, 2008/African Press Organization (APO)/ — Allocution du premier ministre, m. Francois Fillon, lors de la réception au palais du gouvernement :

Monsieur le Premier ministre,

Messieurs les Ministres,

Je voudrais d’abord, Monsieur le Premier ministre, vous remercier de la chaleur de votre accueil, de la mobilisation de votre gouvernement. C’est la première visite d’un chef de gouvernement français en Algérie depuis vingt-deux ans. Cette visite doit donc avoir une signification exceptionnelle et la signification que vous me permettrez de lui donner, c’est que la relation entre la France et l’Algérie est en train de prendre un nouveau tour. Au fond, jusqu’à maintenant, cette relation était surtout une relation entre nos deux chefs d’Etat, c’était une relation complexe, que le président Sarkozy et le président Bouteflika ont voulu changer. Et ma visite aujourd’hui, accompagné de six membres du gouvernement français, d’un grand nombre de chefs d’entreprise, de grandes entreprises et de petites entreprises, est destinée à mettre en œuvre de façon précise et concrète les engagements qui ont été pris par le président de la République française et par le président Bouteflika lors de la visite d’Etat.

Depuis cette visite d’Etat, Monsieur le Premier ministre, il y a eu beaucoup de visites de membres de mon gouvernement en Algérie et de membres de votre gouvernement en France. M. Kouchner, M. Borloo, Mme Alliot-Marie, Mme Idrac, Mme Amara se sont rendus en Algérie. Nous avons accueilli votre ministre des Finances en France. Nous sommes dans une phase de concrétisation des engagements qui ont été pris et tout à l’heure, nous allons signer des accords qui illustrent très concrètement ces progrès, qui, au fond, sont d’abord des progrès qui doivent reposer sur ce qui fait l’intensité de la relation franco-algérienne, c’est-à-dire les liens humains.

Vous avez évoqué, Monsieur le Premier ministre, et nous en avons parlé ensemble dans notre entretien, les questions de mémoires, les questions d’histoire. Elles sont au cœur de notre relation. Je crois que nous avons beaucoup progressé sur ces sujets, les propos que le président de la République a tenus, ceux de notre ambassadeur, au nom de la France, a tenus ici, à Alger, le montrent. Je vous ai indiqué que nous allions mettre en place un groupe de travail pour faciliter l’accès des Algériens, et en particulier des chercheurs algériens aux archives qui sont conservées dans notre pays. D’ailleurs, nous venons de voter une nouvelle loi pour régir l’accès à ces archives qui va faciliter cette ouverture. Et j’ai annoncé moi-même la création d’une fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, dont je souhaite qu’elle permette de confier à des historiens de nos deux pays le soin de travailler sur notre histoire commune.

Vous avez, Monsieur le Premier ministre, évoqué au début de votre propos la présence et la défense, au fond, la liberté de l’expression du culte musulman dans notre pays. Je veux vous dire que le gouvernement français, le président de la République, moi-même, le ministre de l’Intérieur, ministre des Cultes, nous sommes très, très attentifs à ce que la communauté musulmane d’origine algérienne soit bien représentée au sein des instances du culte musulman en France. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons plaidé pour que la grande Mosquée de Paris conserve des responsabilités essentielles au sein du CFCM. Nous sommes aussi très attachés au développement de la fondation pour les œuvres de l’islam en France que dirige le recteur Boubaker.

Lors de la venue du président de la République à Alger, plusieurs grands dossiers ont été évoqués, sur lesquels des positions totalement nouvelles ont été prises par la France.

Le premier d’entre eux, c’est l’accord de coopération dans le domaine du nucléaire civil. Et je pense qu’il n’y a pas au fond de manifestation plus claire de la volonté de la France d’établir un partenariat exceptionnel avec l’Algérie que de mettre à la disposition de l’Algérie les compétences françaises dans un domaine aussi stratégique.

Nous allons signer, pendant ma visite, deux accords fondamentaux. Un sur le nucléaire civil qui sera le premier signé avec un pays de la région. Je suis accompagné dans cette visite par l’administrateur du Commissariat à l’Energie atomique, dont la mission est d’examiner tous les moyens de mettre en œuvre cet accord. C’est sans doute comme nous l’indiquions dans notre entretien préalable, par la création d’un institut de génie nucléaire que pourrait commencer cette coopération tout à fait historique.

Le deuxième accord qui sera signé, c’est un accord en matière de coopération dans le secteur de la défense. C’est un accord majeur, c’est le premier de cette nature entre nos deux pays, c’est donc un moment historique et représentatif de la transformation de nos relations auquel nous sommes en train de participer. Je veux vous dire que mon gouvernement est prêt à développer la coopération militaire, notamment toutes les activités de formation entre nos deux pays.

Je pense que, également, il faut que nous examinions ensemble toutes les opportunités de coopération industrielle dans le domaine de l’armement. Sur tous ces projets, je veux vous dire que nous concevons notre relation comme une relation fondée sur un véritable partenariat industriel, susceptible de contribuer à la croissance de l’économie algérienne, susceptible de porter des transferts de technologies vers votre pays, susceptible de participer à la création d’emplois et à la création de volets de formation significatifs.

Nous allons renforcer notre coopération technique ; cette coopération est déjà très intense et très complète grâce à la convention de partenariats, qui a été signée en décembre 2007. Nous voulons la renforcer avec le soutien de l’Agence française de développement

Nous voulons également renforcer la coopération universitaire, c’est la raison pour laquelle je suis accompagné du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Notre effort porte en priorité sur la coopération universitaire afin d’accompagner l’Algérie dans sa réforme et de développer avec elle des filières d’excellence professionnelle. Nous avons un exemple parfaitement réussi, avec l’Ecole supérieure des affaires d’Alger. Nous nous proposons de poursuivre avec la création d’un Institut supérieur de technologie. Nous menons ensemble un programme très dynamique de bourses, et 22.000 étudiants algériens étudient en France, ce qui en fait le deuxième contingent étranger dans notre pays. Nous sommes, dans ce domaine, disponible pour améliorer tous les aspects de la coopération universitaire et recherche entre la France et l’Algérie.

La relation entre la France et l’Algérie, vous l’avez dit, monsieur le Premier ministre, est exceptionnelle parce qu’elle repose sur des relations humaines. Ces relations humaines naturellement, doivent être organisées, c’est la question de la circulation des personnes entre la France et l’Algérie. Je veux dire que nous avons de ce point de vue-là beaucoup, beaucoup ouvert notre pays puisque, en 1995, nous avions délivré 50 000 visas, en 2006 nous en avons délivrés 126 000. Et nous sommes, grâce à l’amélioration, à l’intensification de nos relations, dans une perspective d’augmentation de l’accueil d’Algériens en France. Nous souhaitons d’ailleurs que dans le même esprit, nous puissions lever tous les obstacles qui existent encore à l’accueil des Français en Algérie. C’est toute la question de l’actualisation de la Convention de 1968, qui est une Convention qui comporte beaucoup d’aspects favorables aux relations entre la France et l’Algérie, mais qui ne permet pas en raison de sa date, de son ancienneté, de bénéficier de toutes les avancées de la législation française, notamment en matière professionnelle. Et donc, je souhaite qu’on puisse, au rythme où l’Algérie le souhaitera, examiner comment actualiser cette Convention.

De la même façon que je veux vous indiquer que le gouvernement français est totalement disponible pour la renégociation de la Convention sur les questions de Sécurité sociale.

Je vous ai indiqué, Monsieur le Premier ministre, que j’étais accompagné non seulement du ministre de l’Economie, mais d’un grand nombre de chefs d’entreprise. Vous m’avez dit vous-même que vous estimiez que les investissements français en Algérie n’étaient pas suffisants par rapport à la densité de notre relation, et vous avez raison de le souligner. Notre responsabilité c’est donc de regarder ensemble, comment concrètement améliorer l’importance de ces investissements.

Nos ministres des Finances ont conclu un mémorandum de coopération financière. Je pense qu’il est utile que cet accord soit complété à l’avenir par un accord sur la promotion des investissements. Nous allons signer deux contrats commerciaux importants lors de la visite que j’effectue en Algérie. Le premier, c’est le rachat par Lafarge des Cimenteries de la Mitidja, qui entraînera un projet d’investissement de l’ordre de 50 millions d’euros. L’Algérie est en pleine expansion sur le plan des grands chantiers d’infrastructures. Et Lafarge deviendra le deuxième opérateur du secteur cimentier dans le pays. Je pense que c’est une réussite exemplaire. De la même façon, un accord sera signé entre Schneider Electrique et l’entreprise publique algérienne, AMC, pour créer une entreprise commune de matériels électriques. Schneider Électrique a ainsi choisi de participer au développement de l’Algérie où cette entreprise est implantée depuis 40 ans, et où sa présence s’est traduite par la mise en place en 2002 d’un institut de formation.

Il existe des projets de Saint-Gobain Emballage, avec la reprise d’unités de fabrication de verre alimentaire ; de la Société Lesaffre dans le domaine des levures, ou encore d’Air Liquide avec la reprise de Sidal dans le domaine du matériel gazier. Ce sont des projets qui sont en cours de discussion, qui rencontrent quelques obstacles que nos deux gouvernements devraient surmonter ou aider ces entreprises à surmonter.

L’entreprise Gemaex développe un projet très prometteur de montage de véhicules industriels en Algérien, et la Société Total est mobilisée pour approfondir sa coopération avec la Sonatrach.

Mais comme je vous l’ai dit, Monsieur le Premier ministre, au-delà des grandes entreprises françaises qui connaissent le chemin de l’Algérie, et qui savent comment organiser la coopération, il y a beaucoup d’entreprises moyennes en France qui hésitent à prendre le risque de venir investir en Algérie, simplement parce qu’elles ne connaissent pas suffisamment le marché, elles ne connaissent pas suffisamment les conditions de fonctionnement du marché algérie. Et donc, c’est la raison pour laquelle j’ai voulu emmener des responsables de PME. Et surtout, c’est la raison pour laquelle Mme Lagarde est en train de mettre en place ce que nous avons appelé “un compagnonnage industriel”, entre des PME françaises et algériennes. Je crois que ce sera la meilleure manière d’augmenter rapidement et significativement le volume des investissements industriels français en Algérie. Il y a déjà une cinquantaine d’alliances de PME-PMI qui sont en train de se mettre en place.

Nous avons confiance dans le développement économique de l’Algérie, et nous allons continuer à encourager les entreprises françaises à être présentes dans votre pays.

Mais je veux dire que plus encore que les discours que nous pouvons faire sur ce sujet, la mise en œuvre des réformes, que vous avez vous-même appelées de vos vœux, encouragera ces entreprises à s’installer. Je pense à la poursuite des privatisations, à la réforme du système bancaire, du foncier, ou des douanes.

Je voudrais vous dire un mot, Monsieur le Premier ministre, sur les questions d’énergie. Nous aurons demain, en Arabie Saoudite, une rencontre importante au niveau des ministres entre les pays producteurs et les pays consommateurs de pétrole. Nous savons tous que le pétrole restera à un prix élevé compte tenu des problèmes de ressources et de l’augmentation forte de la demande. Je crois qu’il est très important que les pays consommateurs et les pays producteurs aient un dialogue plus fréquent, plus nourri, plus efficace, pour éviter les à-coups trop grands dans la variation des prix, car ces à-coups produisent ou peuvent produire des ralentissements très, très significatifs de l’économie mondiale dont nous aurions tous à pâtir.

La relation que nous sommes en train de renforcer, Monsieur le Premier ministre, elle s’inscrit aussi dans le cadre de l’effort exceptionnel de réformes que nous conduisons avec le président de la République française pour moderniser l’économie française et la société française. Nous sommes en train de conduire un effort de réformes sans précédent, à la fois, pour améliorer les performances de l’économie française, pour réduire la dépense publique de notre pays et pour mieux protéger nos concitoyens.

Cet effort de réformes s’inscrit au fond dans l’objectif qui est le nôtre, comme le vôtre, de relever les défis de la mondialisation. Je voudrais vous dire sur ce sujet qu’une des façons de relever les défis de la mondialisation, qui ont les mêmes pour tous, pour tous nos pays, c’est de développer le bassin de la Méditerranée. Le projet que le président de la République est venu vous présenter lui-même, d’Union pour la Méditerranée répond à cet objectif.

Au fond, notre vision des choses en tant qu’Etat riverain de la Méditerranée est simple : la Méditerranée connaît des tensions. Ces tensions sont dues à des problèmes politiques, que vous avez évoqués vous-même : la crise du Moyen-Orient, des tensions existant entre les pays riverains de la Méditerranée. Ces tensions sont exacerbées par les problèmes de développement.

Il est donc indispensable, si on veut apporter des réponses de long terme sur ces sujets, qu’une coopération efficace soit engagée entre tous les Etats riverains de la Méditerranée.

L’Europe elle-même a connu pendant des siècles des tensions d’une extrême violence. Nous ne sommes sortis de ces tensions que lorsque nous avons été capables de créer l’Union européenne, c’est-à-dire lorsque nous avons été capables de nous rassembler autour d’objectifs communs en matière de développement. Nous pensons, avec le président de la République, que c’est cette voie-là qui doit être suivie en Méditerranée.

Comment résoudre les crises lorsque l’on ne parvient pas à se parler et lorsqu’on ne parvient pas à coopérer autour de projets communs qui sont des projets vitaux ? Il faut que les habitants du bassin méditerranéen puissent voir concrètement l’amélioration de leurs conditions de vie. Pour que cette amélioration des conditions de vie se produisent, il faut que la coopération entre la rive Nord et la rive Sud de la Méditerranée soit beaucoup plus efficace, plus étroite, et soit plus équilibrées. L’une des choses que la France défend, avec beaucoup de vigueur, c’est justement l’équilibre dans la coopération autour du bassin méditerranéen. Les pays de la rive Sud doivent peser beaucoup plus dans les décisions qui sont prises. C’est l’objet de l’Union pour la Méditerranée que nous essayons, avec toutes les difficultés que présente ce projet, mais quand les projets ne présentent pas de difficultés c’est en général qu’ils ne vont pas au fond des choses, que nous essayons de mener.

Au fond, la meilleure réponse aux questions que vous avez évoquées, et notamment à la crise du Proche-Orient, c’est le dialogue, c’est le développement, c’est l’élévation du niveau de vie, c’est le progrès. Vous savez que la France est attachée s’agissant de la crise du Proche-Orient à l’existence de deux Etats, indépendants, de deux Etats-Nations, qui permettent aux populations de ces Etats de vivre en pleine sécurité.

Voilà, Monsieur le Premier ministre, dans quel état d’esprit je suis venu ici, avec beaucoup de membres de mon gouvernement, pour concrétiser le renforcement de la relation entre la France et l’Algérie.

Je voudrais vous remercier très sincèrement et très chaleureusement de votre accueil, et vous dire toute ma confiance dans notre capacité à faire de la coopération franco-algérienne, un modèle, un exemple. C’est à nous que revient cette responsabilité. J’ai envie de dire, c’est sur cette capacité à faire de la coopération franco-algérienne un exemple que nous serons jugés par nos concitoyens, mais aussi par le monde entier qui nous regarde.

 

SOURCE : France – Ministry of Foreign Affairs


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