Posted by: APO | 20 May 2008

Année internationale de l’assainissement / Les toilettes : plus que jamais l’affaire de tous

Les toilettes : plus que jamais l’affaire de tous

 

100 milliards de francs dans 47’000 km de canalisations, une facture annuelle d’entretien de 1.7 milliard, une santé publique qui dépend du fonctionnement sans faille de 759 stations d’épuration : c’est le bilan suisse. 2,6 milliards de personnes plongées dans un désastre sanitaire quotidien semblable à celui de notre pays, il y a 150 ans, sans le moindre accès aux installations de base, un enfant tué toutes les vingt secondes par un absence de WC qui fait chaque année plus de morts que le SIDA : c’est le lot de près de 40% de l’humanité. Méconnus, voire complètement passés sous silence, les enjeux de l’assainissement sont pourtant cruciaux. Les partenaires de la Campagne suisse qui soutient l’Année internationale de l’assainissement ont tenu une conférence de presse, à l’ECAL, ce 20 mai, pour mobiliser l’attention des médias et l’engagement des citoyens, des communes, des entreprises.

 

Pour les sept importants partenaires publics et privés engagés dans cette Campagne suisse sans précédent, l’enjeu est de taille. En effet, dans un des pays les mieux assainis du monde, placer l’assainissement, qui est un droit humain fondamental au même titre que l’accès à l’eau potable, au centre de l’actualité n’est pas a priori une évidence.

 

Plusieurs actions de sensibilisation à l’œuvre

Partenaires de la Campagne, la Direction du développement et de la coopération (DDC), le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), l’Institut de recherche sur l’eau (EAWAG), l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) et le Groupement romand des exploitants de stations d’épuration (GRESE), ont donc décidé d’engager plusieurs actions d’information et de sensibilisation. Outre cette rencontre avec les médias, les acteurs de la Campagne suisse ont conçu un site internet, http://www.assainissement2008.ch, organisent deux expositions itinérantes dont une réalisée par les étudiants de l’ECAL, ouvrent au public une quarantaine de stations d’épuration durant le week-end des 24 et 25 mai et ont mis sur pied un concours de dessins dans les écoles.

 

L’assainissement en Suisse, invention de la deuxième moitié du XIXe siècle

Lors de la conférence de presse, les différents intervenants ont rappelé l’action de la Suisse chez elle et au sein des pays du Sud et de l’Est dans un domaine qui était encore inconnu des Helvètes en 1850. Comme l’a rappelé Pierre-Alain Raeber, chef de la division « maladies transmissibles » à l’OFSP, c’est la Révolution industrielle et la forte concentration de population qu’elle induit dans les villes, conjuguée à une épidémie de choléra en Europe, en 1867, qui amène à la création, à Lausanne, d’une commission technique d’assainissement. Mais il faudra attendre 1917 pour voir se construire, à St Gall, la première station de traitement biologico-mécanique qui concilie les exigences de l’hygiène et de l’écologie. Au prix d’investissements colossaux, l’eau courante à la cuisine et les WC à l’étage entrent dans le quotidien des Suisses à la veille de la Première Guerre.

 

L’épuration, un défi technologique et financier

La valeur globale des infrastructures suisses qui assurent une eau potable de qualité est évalué aujourd’hui à 100 milliards de francs. Son entretien annuel atteint 1,7 milliard de francs. Willy Geiger vice-directeur de l’OFEV, et Olivier Français, Conseiller municipal de la ville de Lausanne, sont revenus sur le défi financier et technologique que représentent aujourd’hui, pour les communes, des stations d’épuration vieillissantes qu’il faudra impérativement remplacer au courant de ces trente prochaines années. « Les moyens financiers pour l’entretien et le remplacement des installations doivent être garantis à long terme », avertit Willy Geiger. Les micropolluants, des substances chimiques qui proviennent des produits de nettoyages, des médicaments, des engrais représentent un autre défi majeur.

 

Au Sud, pas de fatalité mais la nécessité de la solidarité

Pour parvenir à l’Objectif du Millénaire qui vise la réduction de moitié de la population mondiale sans installations sanitaires de base, il faudra doubler les investissements actuels. A leur échelle, la DDC et le SECO contribuent à cet effort au travers d’actions qui ont pour but de casser le cercle vicieux créé par l’absence d’assainissement : santé précaire, environnement contaminé, pauvreté. « Les investissements dans ce secteur présentent une rentabilité économique réelle », explique Werner Gruber, chef des opérations au SECO et Jürg Benz, chef suppléant du Domaine thématique de la DDC renchérit : « Si l’on parvient à atteindre l’Objectif du Millénaire, c’est 66 milliards de dollars qui seront gagnés en termes de temps, de productivité et de réduction des morts et maladies. L’absence d’assainissement n’est pas une fatalité, comme le montrent plusieurs exemples très prometteurs, notamment au Bangladesh. Mais pour relever ce défi, on a besoin, au Nord, de la solidarité de tous les piliers de la société. C’est le sens de cette Campagne suisse qui s’adresse aux citoyens, pour leur soutien aux ONG actives dans le secteur de l’assainissement, aux communes, pour rejoindre le réseau de coopération Soliarit’eau, aux entreprises, pour soutenir le Global Fund for Sanitation ».

 

24 et 25 mai : les STEP à la rencontre du public

« C’est avec beaucoup d’enthousiasme et d’engagement que les professionnels de l’épuration se sont joints à cette Campagne, a conclu Vincent Theurillat, président du GRESE. A l’occasion de ces journées Portes ouvertes, les 2000 professionnels qui veillent chaque jour en Suisse sur la santé publique et l’environnement se réjouissent de faire mieux connaître leur métier et de contribuer, dans la mesure de leurs moyens, au plaidoyer mondial pour l’assainissement dans les pays du Sud. »


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