Posted by: APO | 6 May 2008

SOMALIE / France / POINT DE PRESSE CONJOINT DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE SOMALIE, M. ABDULLAHI YUSUF AHMED – PROPOS DE M. KOUCHNER –

POINT DE PRESSE CONJOINT
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER,
ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE SOMALIE,
M. ABDULLAHI YUSUF AHMED
– PROPOS DE M. KOUCHNER –

 

(Paris, 5 mai 2008)

Mesdames et Messieurs,

Je reçois, après son entrevue avec le président de la République, le président de la République de Somalie, M. Abdullahi Yusuf Ahmed, qui doit faire face dans son pays à beaucoup de difficultés et à une guerre prolongée. Une guerre qui dure depuis dix-sept ans et des problèmes internes qui touchent également la population par une extrême pauvreté.

Il se trouve que j’ai été moi-même, lorsque j’étais plus jeune, très impliqué en Somalie. Il s’agit là d’une autre histoire mais, pourtant, c’est presque la même.

Le président somalien remercie la France – je pense qu’il vous le dira lui-même – de l’action que nous avons menée, avec son accord, au moment de la capture du yacht le Ponant et, ensuite, de l’arrestation des six responsables qui sont ici, en France, également avec son accord.

Le président Yusuf Ahmed encourage tous les pays à agir contre les actes de piraterie et vous savez, à cet égard, que la France a proposé au Conseil de sécurité des Nations unies une résolution qui sera, je l’espère, votée dans quelques jours. Ce projet de résolution, actuellement en discussion, prévoit notamment la mise en œuvre d’une force internationale permanente qui puisse accompagner les bateaux au large de la Somalie, ainsi que dans d’autres endroits du monde comme le détroit de Malaka.

Il s’agit donc d’une organisation internationale de protection des côtes, en particulier en Somalie, et j’espère que cela pourra être mis en place dans quelques jours ; c’est la demande du président somalien.

Il y a, par ailleurs, une autre demande adressée aux Nations unies, qu’une opération de maintien de la paix puisse intervenir une fois que la paix sera rétablie entre les factions. Si la paix n’était pas rétablie, il ne s’agirait pas d’une opération de maintien de la paix mais d’imposition de la paix. Vous savez qu’au Tchad nous avons des forces de l’EUFOR, mais que, de l’autre côté de la frontière, au Soudan, il n’y a pas encore un déploiement suffisant de soldats de la MINUAD.

Il est très délicat de demander à beaucoup de pays d’être impliqués comme nous le sommes. La France, avec ses troupes, est présente presque partout dans le monde, du Liban à l’Afghanistan, de la Côte d’Ivoire au Tchad, etc.

Je donne donc la parole avec beaucoup de plaisir au président somalien que j’assure de l’amitié de la France et de son soutien. Dans quelques jours, je l’espère, le soutien maritime sera assuré au niveau international. Pour le reste, nous nous efforcerons, avec l’Envoyé des Nations unies que je connais particulièrement, mon ami Uld Abdallah, de participer à la baisse des tensions dans cette région.

Q – Quelle est la nature du soutien français ?

R – J’espère m’être bien fait comprendre : il s’agit d’une formation militaire, que nous avons dispensée, et d’un soutien logistique. Il n’est pas question, pour le moment, d’envoyer des troupes sur le terrain.

Q – N’est-il pas question de reconstruire les forces de sécurité somaliennes sur le sol somalien ?

R – Pas tant qu’il n’y aura pas de propositions claires des Nations unies. Pour l’instant, il n’y en a pas.

Q – Avez-vous parlé de la situation interne en Somalie ? Soutenez-vous les efforts du président pour la conciliation nationale ? Etes-vous d’accord sur la stratégie adoptée par le président somalien ?

R – Nous en avons discuté. La situation sur le terrain est extrêmement dangereuse et volatile, mais c’est au président de répondre.

Je n’ai rien de plus à dire à ce sujet. Le président somalien vient de répondre en disant que la participation de tous était nécessaire pour ramener la paix ; je le crois aussi.

Si nous ne parlons pas avec les personnes qui se battent, alors avec qui parlera-t-on ?

Je souhaite juste ajouter que les opposants ne posent plus de conditions. Ils ne posent aucune condition préliminaire pour parler avec Djibouti. Je vous signale par ailleurs que, depuis très longtemps, nous avons travaillé avec le Premier ministre avant de travailler avec le président.

Q – Je voudrais revenir à la force internationale qui pourrait un jour protéger les côtes. La crise du Ponant et la prise d’otages sur ce bateau français a-t-elle accéléré le processus ?

R – Nous avons déjà répondu en protégeant les bateaux qui arrivaient avec le programme du “World Food programme” ; nous les avons accompagnés pendant trois mois. Il n’était pas logique de ne pas répondre par une force internationale, par une force permanente – les Danois, puis les Hollandais nous ont succédé – puisque cette situation est permanente.

C’était tout à fait dans la logique de ce que nous avions fait et je suis très fier d’avoir pris cette initiative pour protéger les bateaux du “World Food Programme”. C’était, hélas, prémonitoire et, finalement, les choses ne se sont pas si mal passées.

Q – Vous étiez demandeur de cette force internationale, mais la crise du Ponant a-t-elle accentuée les choses ?

R – Cela a mis en évidence la nécessité qu’il y ait une force internationale. Nous l’avions déjà construite avec ces trois nations mais, évidemment, nous n’accompagnions pas suffisamment. Nous n’avions pas assez de navires pour accompagner tous les bateaux qui passaient au large. Nous avions, non pas ciblé mais protégé très spécifiquement les bateaux qui apportaient la nourriture aux populations somaliennes affamées. Nous avons ensuite proposé cette force internationale. Mais ce n’est pas encore fait et j’espère que la résolution sera votée dans les jours ou dans les semaines qui viennent. En tout cas, elle a été bien accueillie.

Au moins, déjà, pour commencer, nous sommes résolus à faire en sorte qu’un bureau des Nations unies s’installe à Mogadiscio./.


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