Posted by: APO | 29 January 2008

France / DEPLACEMENT EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO CONFERENCE DE PRESSE DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, A L’ISSUE DE SON ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT CONGOLAIS, CHEF DE L’ETAT, GENERAL MAJOR, M. JOSEPH KABILA

DEPLACEMENT
EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
CONFERENCE DE PRESSE
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER,
A L’ISSUE DE SON ENTRETIEN
AVEC LE PRESIDENT CONGOLAIS, CHEF DE L’ETAT,
GENERAL MAJOR,
M. JOSEPH KABILA

 

(Kinshasa, 25 janvier 2008)

La France n’a pas été assez présente, pendant de nombreuses années, en République démocratique du Congo. Cela ne veut pas dire qu’elle était absente. Elle n’était pas absente. Il y a eu, en particulier, un soutien auprès des Nations unies dans toutes ses opérations de maintien de la paix. La France en tant que membre du Conseil de sécurité a soutenu et initié un certain nombre de résolutions pour que la paix revienne. Elle a été présente militairement : je ne prends l’exemple que de l’opération Artémis. C’est à l’initiative de la France que des soutiens ont été accordés – militaires en particulier. C’est aussi parce que la France était présente qu’il y a eu ce grand succès des élections, réussies dans un grand pays, un énorme pays, en grande difficulté depuis de nombreuses années.

Mais nous n’avons pas été en permanence à côté de nos amis congolais. La République démocratique du Congo est un énorme pays d’Afrique avec un territoire très étendu, des richesses exceptionnelles et, surtout, des habitants qui constituent sa richesse malgré les troubles, malgré les affrontements. Et il se trouve que j’arrive, miracle, deux jours après la signature d’un accord qui, je l’espère, amènera l’engagement pour la paix de toutes les parties à l’Est du pays, et aux Kivus en particulier.

Je suis dans cette situation très positive vis-à-vis de nos amis congolais. Je viens avec une délégation nombreuse dont deux parlementaires, un sénateur et un député, qui représentent les groupes d’amitié franco-congolais. La France est prête à écouter, à assister et, avec les Congolais, à faire en sorte que nous soyons plus présents. Bien sûr, en termes de développement et de coopération, mais surtout en termes de projets, de vrais projets. J’ai accepté avec enthousiasme un certain nombre de projets proposés par le président Kabila. Nous avons accepté d’essayer de les mettre en œuvre. Je connais bien l’histoire de la famille Kabila et l’histoire de la République démocratique du Congo. Nous nous sommes querellés très amicalement, pour savoir quel était le plus grand pays francophone. J’ai dit que c’était la France avec 64 millions d’habitants et le président Kabila m’a répondu qu’il y avait 65 millions d’habitants en République démocratique du Congo. Il a gagné, pour le moment. Mais chez moi, il y a eu un recensement. Chez lui, pas complètement. En tout cas, c’est un pays francophone majeur qui pourrait accepter d’accueillir le sommet de la Francophonie en 2010 – nous souhaitons, c’est juste un souhait, que ce soit la République démocratique du Congo. On verra. Il y a une équipe qui va venir, autour du président Diouf, pour voir si c’est possible. Il y a certainement des priorités pour le président Kabila, pour ce pays et ses habitants, qui ne sont pas forcés d’accueillir une conférence. Nous verrons bien. C’est un projet que j’aime beaucoup.

Nous avons décidé, à la demande du président, d’essayer de remettre en marche l’Ecole nationale d’Administration qui, ici, fait défaut. L’administration a été construite malgré les difficultés et il y a beaucoup à faire dans ce domaine et celui de la gouvernance. Nous allons très vite envoyer une mission de l’Ecole nationale d’Administration française, parce qu’il ne s’agit pas de remettre seulement en route les bâtiments, mais il s’agit de prendre en charge l’enseignement et de le financer. Je vois bien ce qui peut être fait et j’essaierai de l’accomplir.

Nous avons décidé d’ouvrir un puis deux consulats. Cela prendra un certain temps. Nous avons discuté des villes concernées : Bukavu et Lubumbashi. On va décider. Mais très vite, le premier de ces consulats sera mis en œuvre. Cela a l’air simple mais ce n’est pas si simple parce qu’il faut trouver le personnel. Cela prendra quelques mois mais je vais m’en occuper dès mon retour. Il y a un certain nombre de projets de développement. Il y en a un certain nombre en ce qui concerne l’éducation et la santé, en particulier, surtout des projets européens. Nous sommes très désireux que les promesses de l’Union européenne, et en particulier du Fonds européen de Développement, soit mises en œuvre. Il y a une part très importante du Fonds européen de Développement qui vient de la France : 25 %. C’est tout de même énorme. Nous allons, avec Louis Michel, et avec un certain nombre d’autres pays qui souhaiteraient y participer, en particulier nos amis belges, essayer de mettre tout cela en route.

Voilà mes perspectives précises. Mais surtout, ce qui compte, c’est la fraternité, c’est la façon dont le président Kabila m’a accueilli, la façon dont nous nous sommes retrouvés et parlés, la façon plus qu’amicale dont nous nous sommes entretenu des relations entre nos deux pays. Nous avons invité le président Kabila à venir en France et il a accepté, à partir du mois de mars. Nous trouverons la date ensemble.

Mesdames et Messieurs, l’ambassadeur de France et les parlementaires qui sont ici – les présidents des groupes d’amitié franco-congolais au Sénat et à l’Assemblée nationale -, sont à votre disposition. Je vais à Goma, demain, et puis à Kigali.

Q – Vous avez dit que la France était absente et que désormais elle sera présente. Vous évoquez donc un point de rupture dans la coopération. Outre l’école d’administration, quels volets comptez-vous développer pour pallier l’absence de l’Etat ?

R – Nous avons parlé avec le président Kabila de la réforme de l’armée. Je ne vais pas entrer dans les détails. Il y a des considérations concernant une réforme nécessaire de l’armée, selon le président, et nous avons dans cette affaire un rôle à jouer, j’en suis sûr.

De la même manière, dans les opérations de construction de la paix, nous nous sommes fait une spécialité, que d’autres nations ont moins, dans le “Nation Building” ou la restauration d’un pays. Pour le développement, il n’y a pas rupture ; il n’y avait pas assez de participation commune. Tout à l’heure, j’ai visité le lycée français René Descartes. Il n’y a pas de quoi avoir honte : 630 élèves ; un bon état des installations ; une formidable volonté d’enseignement de la part des professeurs qui sont là. Il y a le centre culturel : la première salle du pays. Mais il faut développer tout cela. Cela fait partie de notre diplomatie et de notre développement. Nous pensons que le développement et la culture vont ensemble, même si on peut les séparer en projets particuliers. Il n’y a donc pas de rupture mais une participation plus active, nous voulons en faire plus avec les Congolais. Pas de sommet avec des décisions françaises qui ne seraient pas adaptées. C’est pour cela que je vais à Goma, rencontrer les signataires – pour ceux qui le veulent bien. J’ai rendez-vous avec le président de l’Assemblée et le ministre des Affaires étrangères. C’est avec eux que l’on va régler toutes ces dates. Ce ne sera pas fait demain car il faut plusieurs mois pour mettre un œuvre un engagement après tant d’affrontements. Et puis j’irai au Rwanda.

Q – En 1994, la France a accompagné les rebelles hutus, qui sont aujourd’hui au centre de l’insécurité, à l’Est du pays, et d’un conflit entre la RDC et le Rwanda. Qu’en est-il de l’implication de la France pour leur retour ? Allez-vous en parler avec le président rwandais ?

R – Oui, je vais en parler avec le président rwandais. Je porterai le message du président Kabila. Nous verrons comment cela se passera. Mais je ne peux pas vous laisser dire que la France a accompagné les gens qui pour un certain nombre d’entre eux, avaient du sang sur les mains. Nous avons fait une opération Turquoise qui était destinée à ramener la paix dans un pays en plein génocide, un génocide, celui des Tutsis par les Hutus et, malheureusement, en effet, un certain nombre de responsables est passé par ces chemins. D’une certaine manière, on a empêché qu’il y ait plus d’exactions. Je ne peux pas vous laisser dire que nous les avons accompagnés. Moi-même qui étais sur le terrain et vu le génocide, je n’accuserai jamais les soldats français d’avoir participé à cela. En revanche, il y a eu des décisions politiques qui étaient à mon avis très discutables. Demain, je ferai ce que je pourrai. Avec un recul de beaucoup d’années, je suis heureux de pouvoir dire ce que j’ai vu au Rwanda, et cela soulage ma conscience : je ne vous laisserai pas dire que les Français ont accompagné certains des auteurs.

Pour le retour des FDLR, je verrai cela avec le président Kagame et, s’il veut bien me répondre, je serais heureux que la France y participe. Le Rwanda a supprimé la peine de mort, ce qui, pour les auteurs d’un génocide, ne s’est jamais vu dans l’histoire.

Q – Eufor : quelle est la date fixée pour le déploiement et que répondez-vous aux rebelles qui accusent la France de vouloir soutenir le président Déby ?

R – J’en ai parlé avec le président Kabila qui a porté un regard positif sur cette action qui va concerner aussi la République centrafricaine. Comme vous le savez, le Congo va présider l’organisation régionale dans peu de temps. Je ne peux pas vous laisser dire que c’est une opération qui va soutenir le président Déby. Ce n’est pas du tout le but. C’est une intervention européenne. Je suis heureux qu’hier le vote ait eu lieu à l’unanimité. L’argent a été trouvé avec une participation anglaise et allemande. Ils ne pouvaient participer physiquement mais ils participent financièrement. Je veux que les déplacés tchadiens au Tchad aient la possibilité de reconstruire leurs villages détruits par les Jenjawid. L’opération Eufor va sécuriser la zone. Mais l’opération majeure est la reconstruction des villages par les Tchadiens avec participation des ONG. Il faut s’attendre à ce que cela commence au mois de février. Les premiers éléments devraient arriver dans 15 jours. Cette opération se fait à l’initiative de la France mais c’est une opération européenne. Elle sera peut être sur place avant la mission de l’ONU et de l’Union africaine. Je suis fier qu’elles soient côte à côte. Cela veut dire que la diplomatie française est de retour.

Q – La France a-t-elle levé l’option de l’enquête du juge Bruguière ? La France va-t-elle soutenir les prochaines élections locales en République démocratique du Congo ?

R – Pour les élections locales, ce n’est pas nécessairement au même niveau que les élections nationales. Nous avons participé, mais nous n’étions pas seuls. Nous sommes fiers que cela se soit passé ainsi. Tout le monde a constaté que ces élections étaient correctes.

Concernant le Rwanda, nous considérons que la situation normale entre deux pays est d’avoir des relations diplomatiques. Mais nous ne sommes pas chargés des mandats d’arrêt internationaux. Il faut séparer la diplomatie de la justice internationale. Les deux présidents se sont rencontrés, à Lisbonne, et ont décidé que les relations diplomatiques devaient être rétablies. Cela ne se fera pas demain. Nous avons décidé d’un groupe de travail avec trois personnes de chaque côté, et cela prendra du temps. Mais séparons la justice internationale, avec ses erreurs et ses certitudes, et le rétablissement espéré des relations diplomatiques./.


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