Posted by: APO | 25 October 2007

SARKOZY / MAROC / COMMUNAUTE FRANCAISE

VISITE D’ETAT AU ROYAUME DU MAROC
ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
DEVANT LA COMMUNAUTE FRANCAISE
AU CONSULAT GENERAL DE FRANCE

 

(Marrakech, 24 octobre 2007)

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame la Sénatrice,

Messieurs les Présidents des groupes d’amitié,

Messieurs les Délégués au conseil supérieur des Français de l’étranger,

Monsieur l’Ambassadeur,

Messieurs les Consuls généraux,

Madame et Monsieur les Consuls honoraires,

Mes Chers Compatriotes,

Dans quelques heures, je quitterai le Maroc au terme d’une visite d’Etat particulièrement dense qui m’aura conduit de Marrakech à Tanger en passant par Rabat. Je ne pouvais pas partir sans passer un moment privilégié avec vous, et sans vous dire combien je suis fier de ce que vous faites pour la France au Maroc. Je suis d’autant plus heureux que cette rencontre est également l’occasion pour moi d’inaugurer ce nouveau bâtiment du consulat général de France à Marrakech.

Le Maroc est à un tournant. Sa Majesté Mohamed VI a choisi la voie des réformes courageuses dans tous les domaines.

L’histoire : le Conseil consultatif des Droits de l’Homme et l’Instance. Equité et Réconciliation reconnaissent les violations des Droits de l’Homme et indemnisent les victimes des années de plomb. Imagine-t-on ce qu’il a fallu de courage à Sa Majesté pour regarder l’histoire de son pays, histoire intimement liée à celle de sa propre famille ? Quel exemple donne aujourd’hui le Maroc à d’autres pays à travers le monde qui ont tant de mal à regarder leur propre histoire !

Réforme courageuse de la société : le nouveau code de la famille qui reconnaît des droits à la femme marocaine. Comme nous aimerions que d’autres pays s’inspirent de ce qui se fait au Maroc !

Réforme courageuse de la vie partisane : une loi a donné aux partis les moyens de peser davantage sur la scène politique et la décision du Roi de nommer Premier ministre le chef du parti arrivé en tête aux élections est une décision qui fera date.

L’économie, l’éducation, la diplomatie. Le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental a l’ambition de sortir par le haut le Maroc d’un conflit plus que trentenaire. C’est courageux de la part de la diplomatie marocaine d’avoir fait ce choix.

Le Maroc bouge, le Maroc va de l’avant. La France veut s’associer au Maroc.

La France est le premier investisseur étranger au Maroc (65% des investissements directs étrangers), son premier partenaire commercial (20% des échanges marocains). Nous y avons le réseau culturel et éducatif le plus étendu (9 instituts, 3 alliances françaises, 37 établissements scolaires). Le Maroc est le premier bénéficiaire de notre aide publique au développement (200 millions d’euros par an) et la France œuvre pour que le Maroc reste le premier récipiendaire de l’aide de l’Union européenne.

Moi, je souhaite que l’on aille beaucoup plus loin. Vous savez, je crois qu’on ne prenait pas les bonnes méthodes et c’est la raison pour laquelle j’ai discuté depuis des mois en compagnie de Bernard Kouchner avec Sa Majesté et ses principaux collaborateurs. Le TGV, le premier TGV du monde arabe, c’est la France qui va le réaliser dans les semaines qui viennent. Nous allons établir les bases d’une collaboration pour le nucléaire civil. Je prends mes responsabilités : si nous voulons un Maroc stable, il faut aider le Maroc à se développer. La misère créera les conditions du terrorisme. C’est le développement qui permettra d’éradiquer cela. Il n’y aura pas de développement si on n’aide pas des pays comme le Maroc à accéder à l’énergie du futur. Et à ceux qui me disent : “vous n’y pensez pas, et si demain les extrémistes devaient l’emporter ?” Alors il faut donc que j’attende qu’ils l’emportent ? Cela n’a aucun sens et moi, je parie sur le développement du Maroc. Et d’ailleurs, c’est la meilleure réponse à adresser à l’Iran : pas la peine de vous agiter sur le nucléaire militaire car nous sommes prêts, nous l’Occident, à vous aider à avoir le nucléaire civil.

Et l’inauguration, aujourd’hui, de ce nouveau bâtiment du consulat général est une illustration de ce que nous voulons faire au Maroc. Je tiens à remercier M. le Wali, M. le Maire, M. le Ministre des Finances et son directeur des domaines qui nous ont cédé une partie de ce terrain, dans le cadre d’un accord gagnant-gagnant avec la France.

Vous êtes deux millions et demi de Français qui ont fait le choix de la vie à l’étranger, dont 32 000 au Maroc, probablement beaucoup plus si l’on tient compte des personnes qui y séjournent de façon saisonnière, dépendants de six consulats généraux. Il y a 4.500 immatriculés à Marrakech, bientôt vous en aurez 4501 et je veux vous remercier parce que cette communauté française qui réside à l’étranger nous permet d’être un pays à vocation universelle. Et je sais bien que quelle que soit la qualité de la vie ici, c’est aussi un arrachement de vos familles, de vos habitudes, et qu’au fond, c’est le pari d’une certaine forme d’aventure. Je vais vous demander de nous aider. Vous êtes au contact du monde, du monde qui bouge. Dites à vos familles et vos amis restés en France ce que vous voyez. Expliquez-leur que la France ne peut pas rester immobile alors que le monde bouge à cette vitesse. Dites leur que partout dans le monde, on fait des réformes et qu’il faut les faire en France.

Ces réformes, je les ai promises, je les ferai. Vous savez, je n’ai pas été élu par hasard. Au fond, j’ai tout fait pour être battu. J’ai fait le contraire de ce que me demandaient les conseillers en communication. J’ai tout dit avant les élections parce que je voulais tout faire après. Les réformes ont commencé, elles ne s’arrêteront pas. Et j’ai besoin de votre soutien, j’ai besoin de votre soutien déterminé.

Mon seul objectif, c’est que la France se modernise, que la France ait une croissance plus forte, que la France n’ait plus de chômeurs, qu’on puisse créer des richesses en France, qu’on puisse réussir en France, que la France redevienne un exemple, que la France tienne son rang, que la France tienne sa place. J’ai été élu pour changer profondément les choses, je le ferai. Je ne dévierai pas d’un centimètre. Mais je le ferai sans humilier personne, sans rejeter personne. Je le ferai parce que l’on doit le faire. Et je veux que vous compreniez autre chose : les grandes réformes, on ne peut les faire que si l’on a une grande majorité. Et je suis particulièrement fier du gouvernement qui a été constitué autour de François Fillon. Parce que j’ai voulu donner la meilleure équipe à la France.

J’ai voulu l’ouverture, l’ouverture à des personnalités qu’on n’avait pas l’habitude de voir au gouvernement et je suis fier de ce gouvernement. J’ai voulu chercher des gens qui n’étaient pas dans ma famille politique et qui, eux aussi, étaient convaincus de la nécessité de grands changements. Et Bernard Kouchner et Eric Besson sont des ministres pour lesquels j’ai admiration, confiance et amitié. Et, croyez-moi, il faut beaucoup plus de courage pour faire le choix qu’ils ont fait que pour rester tranquillement dans sa propre famille avec ses propres certitudes, en étant assuré à la fin de sa vie politique qu’on aura beaucoup parlé et rien fait. Et je voudrais également dire à Rachida Dati combien je suis fier. Je regardais à la télévision hier : il y avait Rama Yade qui est au Darfour. Et je me disais : elle fait d’ailleurs un travail tout à fait utile. Et je me disais en moi-même : la France représentée par Rama Yade, la France représentée par Rachida, par Bernard Kouchner, par Eric Besson, a quand même une autre allure. Cela donne de notre pays une autre image. Quelle serait ma crédibilité de vanter la diversité pour le Maroc et d’être incapable de l’assumer dans le gouvernement que j’ai nommé. Cela n’aurait aucun sens.

Je voudrais associer les parlementaires qui m’ont suivi et qui sont ici. Je les en remercie, au premier rang duquel se trouve le président de l’UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé que je salue tout particulièrement, Pierre Lellouche. Et puis je voudrais dire un mot particulier, et il le comprendra, pour exprimer toute mon amitié au président de l’Institut du Monde arabe, Dominique Baudis. Je voudrais dire à Dominique que je suis très fier qu’il soit à mes côtés, que j’ai beaucoup d’amitié pour lui et que c’est un homme courageux et éminemment respectable. Voilà.

Je voudrais que vous fassiez un triomphe absolu, parce que j’ai rencontré mon idole qui est venue de Rabat, Hicham El Guerrouj, double champion olympique à Athènes. Quand le Roi m’a dit : “Que voudriez-vous faire, qui voulez-vous rencontrer ?”. “Il y a vraiment quelqu’un que je rêve de rencontrer, lui ai-je répondu, c’est Hicham”. Hicham est venu de Rabat exprès. Lui aussi, il est exceptionnel, Abdelatif Benazzi. Il a fait partie de la dernière équipe qui a battu les All Blacks.

Mais cela était aussi une façon de dire au Maroc : la France a beaucoup à vous donner mais nous, nous avons beaucoup à apprendre. Et vous savez, lorsque je vois un homme comme celui qui est à côté de moi, qui a tout gagné et qui a attendu le dernier moment pour avoir sa médaille olympique, qui a été battu parce qu’il est tombé à Atlanta, qui a été battu parce qu’il était trop ému à Sydney et qui finit par l’emporter à Athènes. Vous savez, il y a quatre ans entre chaque Jeux Olympiques, il y a eu douze ans entre le premier rêve et la réalisation. Et quand il est prêt à Athènes, il gagne la médaille d’Or sur le 400, il gagne la médaille sur le 5000. Eh bien, c’est un homme universel.

Mesdames et Messieurs, j’ai tenu un propos décousu, c’est simplement pour vous dire que j’ai été très heureux d’être avec vous, que ce que vous faites est magnifique. Je vais vous dire une chose, c’était très important pour moi de vous rencontrer, de vous remercier et de savoir que quand je serai à Paris tout à l’heure, il y a un petit coin du Maroc où j’ai beaucoup d’amis.

Je vous aime énormément.

Merci./.


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