Posted by: APO | 24 October 2007

SARKOZY / MAROC / DINER D’ETAT

VISITE D’ETAT AU ROYAUME DU MAROC
ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
A L’OCCASION DU DINER D’ETAT
OFFERT EN SON HONNEUR
PAR SA MAJESTE LE ROI MOHAMMED VI

 

(Marrakech, 23 octobre 2007)

Sire,

C’est avec grande émotion que j’ai retrouvé depuis hier le Royaume du Maroc. Qu’il me soit permis de Vous remercier de cet accueil si chaleureux et, à travers Votre Personne, de remercier le peuple marocain tout entier. C’est un honneur, c’est un plaisir que d’être ce soir l’hôte d’un grand dirigeant qui incarne si parfaitement le Maroc dans sa modernité comme dans ses traditions. Je veux saluer, Sire, Votre vision et Votre détermination.

Sire,

Vous êtes Roi et je suis Président de la République. Nos mandats ne s’inscrivent certes pas dans la même durée ! Et pourtant, nous représentons la même génération, et nous partageons une même conviction : l’avenir de nos pays doit être dessiné par d’importantes réformes dans de nombreux domaines ; loin de redouter ces réformes, nos sociétés y aspirent, parce qu’elles ont le désir de bâtir un avenir riche d’opportunités et de promesses.

Depuis bien longtemps, j’éprouve pour le Maroc et les Marocains une amitié fidèle ainsi qu’un profond respect. Cette amitié et ce respect, ce sont aussi ceux de la France et du peuple français.

S’il est bien deux peuples à travers le monde marqués par une fascination réciproque et attirés l’un par l’autre, ce sont bien les peuples marocain et français. Je pense au grand peintre Eugène Delacroix, qui disait du Maroc que “le beau y court les rues”, et qui fut inspiré toute sa vie par la lumière de vos paysages et la noblesse de l’âme marocaine. Et que dire de Matisse, de Pierre Loti, de Jean Genêt, de Joseph Kessel, de Le Clezio, de Tahar Ben Jelloun et de tant d’autres, qui, aujourd’hui comme hier, ont contribué à graver cette fascination mutuelle dans l’esprit et dans la mémoire de nos deux peuples. Evoquons aussi les artistes et les créateurs, Français ou Marocains, qui réinventent aujourd’hui le caftan et ressuscitent les couleurs éclatantes fixées par Majorelle dans les drapés d’Yves Saint-Laurent. N’oublions pas non plus l’architecture où les influences de nos pays se sont nourries l’une de l’autre, de l’héritage art déco de Casablanca au travail contemporain de Jean Nouvel, que j’ai pu encore constater, il y a quelques heures, à Tanger.

A travers le temps, la relation entre nos deux nations s’est fortifiée, s’est étoffée. Elle fut parfois conflictuelle et même douloureuse. Mais elle fut aussi héroïque, héroïque lors des grandes épreuves du XXème siècle. Je n’oublie pas ce que nous devons à tous ces combattants et goumiers marocains, héros anonymes qui ont contribué, Sire, à la défense de la France et de ses valeurs, au cours des deux guerres mondiales. “Le temps”, écrivait Tahar Ben Jelloun, “est le meilleur bâtisseur de l’amitié. Il est son témoin, il est sa conscience.”

Oui, nos deux peuples sont proches. Ils sont proches par la géographie, par leur passé commun, mais aussi par l’attachement égal que chacun nourrit à l’égard de ses racines, de son identité, de sa culture. Le peuple français et le peuple marocain ont tous deux acquis, à travers leur longue histoire, un goût prononcé pour la liberté et pour l’indépendance. Et c’est parce qu’ils sont forts que nos deux peuples peuvent concevoir aisément tout ce qu’ils partagent, dans le respect mutuel et dans la confiance.

Alors, aujourd’hui, c’est un siècle nouveau que nous abordons,  et il nous appartient de l’imaginer ensemble. Nos peuples observent, avec un mélange d’espoir et d’appréhension, l’accélération prodigieuse des progrès de la science et de la technologie, comme celle d’une mondialisation qui bouleverse toutes les perspectives et constitue un formidable défi. Ce défi, je propose que nous le relevions ensemble, parce que, Sire, je souhaite que vos succès soient nos succès, parce que, Sire, la France souhaite que notre croissance et nos innovations soient également les vôtres. C’est cela, l’actualité et la modernité du partenariat franco-marocain.

Sire,

Quel meilleur atout que les hommes et les femmes de nos deux pays, l’intensité et la diversité de nos liens culturels et humains, pour bâtir un partenariat résolument tourné vers l’avenir ?

Si nos chances de réussir ensemble sont si grandes, c’est d’abord en raison de la densité exceptionnelle des contacts entre nos institutions, nos collectivités territoriales, nos sociétés civiles, nos universités et nos écoles. La présence en France d’une nombreuse communauté marocaine constitue un atout majeur. Les Français d’origine marocaine, les Marocains de France, et les nombreux Français qui vivent dans votre pays, ont développé entre les deux rives de la Méditerranée des intérêts, et une multitude de projets ou de rêves communs.

Si nos chances de réussir ensemble sont si grandes, c’est aussi parce que nous partageons les mêmes valeurs. Celles de la dignité de l’homme. Celle de l’égale dignité de la femme. Et, Sire, l’action qui est la Vôtre, au service de l’égalité entre la femme et l’homme marocains, est un exemple à travers le monde. Je veux souligner à quel point le Maroc, sous Votre impulsion éclairée, a su faire progresser le statut de la femme. Je veux dire que, grâce à Vous, Sire, la citoyenneté et l’Etat de droit ne sont pas des vains mots au Maroc. Le nouveau Parlement, devant lequel j’ai eu le grand privilège de m’exprimer ce matin, en est la parfaite illustration. Les premières réalisations de l’Initiative nationale pour le Développement humain (INDH), que Votre Majesté a conçue et voulue, montrent un Maroc engagé, avec courage et détermination, sur la voie de la réduction des inégalités et de l’accès aux droits sociaux pour tous et pour toutes, sans lesquels il n’y a pas de dignité humaine.

La France veut accompagner les grands chantiers structurants que votre pays a lancés pour tirer le meilleur parti de son intégration à l’économie mondiale. Par delà le projet de TGV dont j’ai parlé ce matin au Parlement et avec Votre accord, Sire, j’ai le plaisir d’annoncer que nous avons décidé de nous engager ensemble dans un autre grand chantier, un autre grand partenariat, celui de l’énergie nucléaire civile. Deux de nos proches collaborateurs ont été désignés pour fédérer les acteurs marocains et français au service de cette grande et de cette noble ambition. La France sera au rendez-vous de l’ambition marocaine.

Si notre volonté d’agir ensemble est forte, c’est aussi que notre vision du monde, tel qu’il est et surtout tel qu’il devrait être est proche. Nous luttons en commun contre le terrorisme. Et je veux rendre hommage au courage du Maroc contre l’intégrisme, contre l’obscurantisme et contre le terrorisme., Je veux rendre hommage à votre engagement pour le maintien de la paix dans le monde notamment au Proche-Orient.

Sire, les paroles que Vous venez de prononcer sont des paroles de paix, sont des paroles d’ouverture, elles sont des paroles fortes parce qu’elles émanent d’un grand dirigeant.

Mais je pense aussi à l’Afrique, où nos troupes se sont déjà trouvées côté à côte. Je souhaite que nous continuions ainsi à unir nos énergies pour la paix sur le continent africain comme ailleurs dans le monde.

Et puis, Sire, nous partageons le même rêve d’une Union Méditerranéenne qui soit un véritable espace d’échange, de dialogue, de paix et de prospérité. Et c’est par des solidarités concrètes que nous avancerons

Sire, Votre participation à ce projet sera un atout déterminant pour sa réussite. Des liens humains d’une grande densité, des valeurs partagées, une vision du monde en commun, voilà ce qui rapproche le Maroc et la France mais aussi, au-delà, le Maroc et l’Europe. Sire, Vous savez pouvoir compter sur la France pour que se nouent, à brève échéance, des négociations sur le statut avancé. Le Maroc est un pays exemplaire de la relation avec l’Union européenne, une relation faite d’exigence mais également de solidarité.

Sire, l’amitié de la France en la matière ne se traduira pas par des discours, elle se traduira par des faits. L’amitié de la France ne se traduira pas par des mots ou des paroles, elle se traduira par des actions et par des actes. Sire, j’ai confiance, j’ai confiance dans l’avenir et je sais pour qu’il soit solide, que cet avenir, nous devons le bâtir avec nos amis, ceux dont on connaît la sincérité et l’engagement. Alors, c’est ensemble, Français et Marocains, que nous construirons le monde de demain, un monde plus juste, un monde plus prospère, un monde plus pacifique, un monde où le choc des civilisations n’existera pas, parce que nous aurons bouté hors de ce monde, ceux qui ne veulent pas comprendre que les seules choses qui soient importantes, ce sont la fraternité, l’amour, la solidarité et c’est la paix.

Et Sire, c’est fort de cette conviction que je veux lever mon verre à votre bonheur personnel, à celui de Votre Majesté et de votre famille, au bonheur de Votre peuple, au bonheur du Maroc, bonheur qui nous est très cher. Je forme le vœu, Sire, que nous bâtissions, entre nos deux pays, des relations sans cesse plus étroites et plus confiantes, des relations dignes de notre histoire partagée. Des relations fidèles à l’espérance qui nous porte et que nous puissions dire un jour, Sire, ce que nos pères ont fait avant, nous l’avons fait à notre manière. Nous avons été fidèles à notre histoire parce que nous avons préparé l’avenir de nos deux peuples.

Vive le Maroc, et vive la France !./.


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