Posted by: africanpressorganization | 14 January 2013

Discours du Directeur général de l’OIT à l’occasion de la signature du Contrat Social en Tunisie


 

 

Discours du Directeur général de l’OIT à l’occasion de la signature du Contrat Social en Tunisie

 

TUNIS, Tunisie, 14 janvier 2013/African Press Organization (APO)/ Le Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), Guy Ryder, a assisté à la signature d’un pacte de stabilité sociale en Tunisie qui coïncidait avec le deuxième anniversaire du printemps arabe.

 

[Monsieur le Chef de Gouvernement (Hamadi Jebali),

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale constituante (Mustapha Ben Jaafar),

Monsieur le Ministre des Affaires sociales (Khalil Ezzaouia),

Monsieur le Ministre de la Formation professionnelle et de l'Emploi (Abdelwahab Maatar),

Madame la Présidente de l'Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (UTICA) (Wided Bouchamaoui),

Monsieur le Secrétaire Général de l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) (Houcine Abassi),

Madame la Ministre de l'Emploi de la Belgique (Monica De Coninck)

Chers collègues du BIT,

Mesdames et Messieurs,]

 

C’est un honneur pour moi – et pour l’Organisation internationale du Travail (OIT) que je représente – d’être aujourd’hui parmi vous en ce jour historique du 14 janvier où la Tunisie toute entière célèbre le deuxième anniversaire de sa Révolution.

 

Je tiens à remercier chaleureusement les hautes autorités tunisiennes et les partenaires sociaux pour leur invitation, pour la qualité de leur accueil et pour la confiance qui est ainsi manifestée à l’égard de notre Organisation. La Tunisie est connue pour son hospitalité légendaire. J’en fais ici l’agréable constat.

 

La relation entre la Tunisie et l’OIT remonte à plusieurs décennies. La Tunisie – dois-je le rappeler – a adhéré à notre Organisation dès son indépendance en 1956. A ce jour, elle a ratifié 58 conventions dont les huit fondamentales. L’OIT est fière, depuis le début de la transition, d’accompagner la Tunisie avec un sens du devoir et de solidarité dans les priorités que vous êtes en train d’établir.

 

Cette visite en Tunisie constitue ma première visite en Afrique – et dans le monde arabe – depuis ma prise de fonction en tant que Directeur général du BIT, le 1er octobre dernier. C’est avec beaucoup plaisir que j’ai accepté l’invitation et je souligne que c’est un choix délibéré. Un proverbe africain dit : «le pied ne va pas là où le cœur ne veut pas !». Je tenais, en venant ici, et ce n’est pas la première fois, à rendre hommage à la lutte du peuple tunisien et lui montrer toute mon appréciation ainsi que tout mon attachement à l’Afrique et au Monde Arabe.

 

L’OIT, par ma présence, souhaite également témoigner son soutien à votre pays qui a vu naître ce qui est maintenant convenu d’appeler le «Printemps arabe ». La révolte de sa jeunesse pour plus de justice sociale, de liberté et de dignité, valeurs historiques du BIT, a joué un rôle phare pour toute la région. Cette jeunesse enthousiaste nous regarde et attend avec une certaine impatience, il est vrai, beaucoup des responsables de ce pays et de ses partenaires. Je tiens aussi à saluer le rôle courageux et mobilisateur de l’UGTT, fidèle à ses traditions et à son histoire, et celui des travailleurs dans leur ensemble dans la Révolution tunisienne.

 

Le Président de la République nous a rappelé fort justement, lors de la Conférence internationale du Travail de juin 2012, où nous avons eu l’honneur de l’accueillir, que la révolte du peuple tunisien contre la dictature a pris naissance dans les régions les plus touchées par la marginalisation avant que tout le pays n’y participe. L’objectif principal de cette Révolution a été – et est toujours – le Travail Décent et la Démocratie. Nous croyons avec vous que cela doit être notre leitmotiv.

 

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Depuis sa création en 1919, la promotion de la Justice Sociale est au cœur du mandat de l’OIT. Il n’y a plus aucun doute que le dialogue social et le tripartisme constituent les principaux outils pour trouver des solutions durables et équilibrées aux défis posés à tous les pays et pour assurer une gouvernance participative des affaires publiques. Le besoin de justice sociale exprimé par le Peuple de Tunisie et du monde arabe offre une excellente opportunité de changer notre mode de gouvernance et d’adopter des stratégies plus inclusives de développement.

 

Dès le début du « Printemps arabe », l’OIT s’est mobilisée pour apporter son soutien à la fois politique et technique à ses mandants du monde arabe dans leur quête de Démocratie, de Justice sociale et de Travail décent. Notre organisation a défini une stratégie spécifique à l’Afrique du Nord pour la promotion du Travail décent dans toutes ses composantes et en particulier l’emploi.

 

En Tunisie, nous avons lancé plusieurs projets de coopération technique portant notamment sur le dialogue social, l’emploi des jeunes et des femmes, la promotion des entreprises, le renforcement de l’administration du travail, la migration et le développement régional. Ce programme de coopération technique a reçu le soutien financier de plusieurs partenaires. Permettez-moi de remercier les gouvernements de Belgique, d’Espagne, de Finlande, de France, de Norvège, des Pays-Bas et de la Suisse, ainsi que la Commission Européenne.

 

Ces partenaires n’ont pas hésité à s’engager aux côtés de l’OIT pour soutenir nos mandants tripartites et le peuple tunisien, dans ces moments importants pour le développement du pays. Tout comme pour la Tunisie, une alliance globale est nécessaire pour appuyer les pays en transition afin que les processus politiques en cours aboutissent au renforcement de l’état de droit, à la consolidation de la démocratie, aux respects des droits fondamentaux et au développement économique et social, juste et équilibré.

 

[Excellences, Mesdames, Messieurs,]

L’évènement d’importance qui nous réunit ce matin c’est la signature du « Contrat social». Ce contrat est l’aboutissement de longs mois d’engagement et de négociations de la part du gouvernement, des employeurs et des travailleurs. Il est le résultat de la volonté des trois parties à œuvrer ensemble pour assurer un climat social serein et permettre le redressement économique de la Tunisie, conditions indispensables à la création d’emplois de qualité en quantité suffisante, pour toute la population tunisienne, en particulier les jeunes et les femmes durement affectés par la crise du chômage.

 

Le projet de Contrat social pour la Tunisie est né du suivi de la Conférence nationale de mai 2012, premier événement du « Partenariat sur le dialogue social » conclu entre la Belgique, le BIT, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc en décembre 2011 à Bruxelles.

 

Son Excellence le Président Moncef Marzouki confirmait lors de la Conférence internationale du Travail de juin 2012 que le présent Contrat social vise à créer « les conditions nécessaires à la mise en place des réformes économiques et sociales qui répondent aux objectifs de la Révolution et aux aspirations du peuple tunisien ». Nous sommes convaincus qu’en choisissant l’OIT comme Grand Témoin de la signature de ce contrat, vous avez voulu affirmer avec force votre engagement à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer une justice sociale pour tous et permettre à chaque femme et à chaque homme de ce pays d’accéder à un travail décent et productif. Cet engagement important sera, j’en suis convaincu, un pas crucial vers l’épanouissement du Peuple de Tunisie.

 

Il convient notamment de souligner que dans cette période critique de mutation sociale et politique – doublée d’une crise économique mondiale – les défis de l’emploi et de la protection sociale sont cruciaux. La conclusion du Contrat social a nécessité d’établir des priorités, de faire des choix et de trouver des compromis pour faire face à ces nombreux défis.

 

C’est pour cela que je tiens à adresser mes plus sincères félicitations aux membres du Groupe de travail tripartite chargé de rédiger ce Contrat, et à leurs organisations respectives. Je tiens à saluer leur ambition de construire une Tunisie démocratique et sociale, leur persévérance et leur intelligence collective à faire aboutir ces négociations et leur sens de responsabilité vis-à-vis de toutes les tunisiennes et de tous les tunisiens. Le rôle du Ministère des Affaires sociales fut essentiel et mérite d’être salué tout comme celui de l’UTICA et de l’UGTT.

 

[Excellences, Mesdames, Messieurs,]

La signature du Contrat social constitue une initiative majeure et historique en matière de gouvernance dont les effets dépasseront vos frontières. Il servira d’exemple à d’autres pays en transition dans la région et même au-delà. Cette signature manifeste l’attachement du Gouvernement et des partenaires sociaux aux valeurs et objectifs fondamentaux de l’OIT que sont la Justice sociale, la Liberté syndicale, le Dialogue social et le Travail décent.

 

Toutefois, cette cérémonie solennelle de signature du contrat social n’est pas la fin d’un processus. Au contraire, c’est le début d’une dynamique dont le succès dépendra du renforcement des conditions essentielles au dialogue social en Tunisie. Je pense notamment au renforcement de l’Etat de droit, garantissant, entre autres, la liberté syndicale et toutes les libertés publiques. Cette nouvelle dynamique des relations professionnelles devra permettre de trouver des solutions efficaces et durables pour la relance de l’emploi, de l’entreprenariat et de l’investissement. Elle devra aussi aider à la consolidation des acquis en matière de protection sociale et contribuer à la bonne gouvernance et à un développement régional équilibré. En conséquence, la mise en œuvre efficace du Contrat social constitue notre prochain défi. Elle demandera le même engagement de toutes les forces sociales du pays en faveur du dialogue social et de la concertation tripartite pour l’atteinte des objectifs de la Révolution.

 

Je tiens à vous assurer de mon engagement personnel pour veiller à ce que l’OIT apporte tout l’appui nécessaire et son expérience pour que le processus initié aujourd’hui soit consolidé à l’avenir, y compris sur le plan institutionnel.

 

Je vous remercie encore une fois pour votre confiance dans l’OIT et pour votre hospitalité.

Choukran.

 

SOURCE 

International Labour Organisation (ILO)


Categories

%d bloggers like this: