Posted by: africanpressorganization | 27 April 2012

ALLOCUTION DE S.E. DR. JEAN PING, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE


 

 

ALLOCUTION DE S.E. DR. JEAN PING, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE

 

TUNIS, Tunisie, 27 avril 2012/African Press Organization (APO)/ — ALLOCUTION DE S.E. DR. JEAN PING, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE

 

 

Monsieur le Président Mohamed Moncef Marzouki, Messieurs les anciens chefs d’Etat et de Gouvernement,

 

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères de la République Tunisienne, Mesdames et Messieurs les membres et amis du Groupe des Sages, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs africains accrédités en Tunisie,

 

Mesdames et Messieurs les représentants des Communautés économiques régionales et d’autres Institutions,

 

Mesdames et Messieurs les experts, Chers participants,

 

Je voudrais d’emblée souligner le symbolisme qui s’attache à la tenue du présent atelier à Tunis. Il y a environ quinze mois, commençait, ici, une révolution qui allait changer non seulement la face de la Tunisie, mais aussi celle de nombreux autres pays de la région. Ces événements ont débouché sur ce que d’aucuns ont appelé le «Printemps arabe», d’autres le «Printemps des peuples», en référence à la Révolution qui éclata à Paris, le 22 février 1848, avant de toucher d’autres monarchies européennes. Les analystes et autres observateurs avertis jugeront de la pertinence des expressions employées, de la justesse des analogies faites et des rapprochements établis.

 

Qu’il me soit, pour ma part, et de façon beaucoup plus modeste, permis de saisir cette occasion pour, une fois encore, rendre hommage au peuple tunisien, pour son courage, sa détermination, dans le combat qui a été et demeure le sien, celui de la liberté et de la dignité. Estil besoin de préciser qu’il s’agit là d’un combat de tous les instants, jamais définitivement gagné, toujours inachevé. Par essence, l’acquis démocratique demeure toujours fragile. Sa préservation et sa consolidation requièrent une vigilance constante, une forme de romantisme révolutionnaire qui autorise le rêve d’une condition meilleure et permet le maintien de l’ardeur nécessaire pour éviter les reculs, les reprises en main et les dérives.

 

Je salue la présence, parmi nous, du Président Mohamed Moncef Marzouki. En lui, je vois le responsable politique qui préside aux destinées de son pays à une étape cruciale de son histoire, mais aussi et surtout le militant infatigable des droits de l’Homme; le panafricain qui saisit l’occasion de sa participation au dernier Sommet de l’Union africaine pour réaffirmer avec force l’engagement de la Tunisie en faveur des idéaux de notre Union; le fervent promoteur de l’unité du Grand Maghreb, dont l’une des premières initiatives diplomatiques fut de donner une impulsion à la relance, assurément urgente, du projet maghrébin.

 

Dans quelques instants, le Président, j’allais dire le citoyen Marzouki, engagera, avec les participants, un dialogue sur les leçons qu’il est d’ores et déjà possible de tirer de l’expérience tunisienne. Je peux, sans risque de me tromper, dire que celuici sera fructueux. Je souhaite que cet échange puisse aussi porter sur son parcours personnel; les frustrations inhérentes au combat démocratique – car celuici, comme diraient d’autres de la révolution, n’est pas un piquenique; la persévérance qui conditionne son succès, tant il est vrai qu’il ne faut point, en ce domaine, céder au découragement; la satisfaction que l’on peut légitimement éprouver à voir, de son vivant, les fruits d’un combat pour lequel l’on a tout sacrifié.

 

Audelà du Président, du militant Marzouki, je voudrais également saluer la mémoire de tous les « Bouazizi » de Tunisie, ces jeunes qui ont su faire de leur désespoir le levier de l’espérance d’un peuple et de la transformation d’un pays. Plus généralement, mon hommage va à toutes les forces politiques tunisiennes qui ont apporté une pierre à l’édifice actuellement en construction et s’emploient, avec les tâtonnements caractéristiques de toute entreprise démocratique, à consolider et à pérenniser les acquis enregistrés. Leurs sacrifices doivent continuer à nous inspirer.

 

Monsieur le Président,

 

Le présent atelier se tient un peu plus de deux semaines, après la disparition de l’ancien Président Ahmed Ben Bella, qui dirigeait le Groupe des Sages de l’Union africaine. Il appartenait à une autre génération de dirigeants africains. Leur combat, celui que l’histoire leur imposa, fut de libérer l’Afrique du joug de la domination coloniale et raciale.

 

Le Président Ben Bella a pris toute sa part dans ce combat. Dans son pays, l’Algérie, il s’engagea très tôt dans la lutte anticoloniale, révolté qu’il fut, comme de nombreux autres jeunes Algériens, par le massacre de Sétif, en mai 1945. Cet engagement eut son épilogue dans l’accession à l’indépendance de l’Algérie, en juillet 1962.

 

Dans la vision du Président Ahmed Ben Bella, la libération de l’Algérie ne pouvait être complète qu’à la condition que l’ensemble du continent fût également débarrassé du joug de la domination étrangère et raciale. Aussi, lors de sa participation au Sommet constitutif de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à Addis Abéba, en mai 1963, exhortatil ses pairs africains à « mourir un peu, sinon totalement », pour parachever l’œuvre de décolonisation et mener à bien la lutte contre l’Apartheid et la discrimination raciale.

 

C’est fort naturellement, et dans le prolongement de son engagement panafricain, que le Président Ben Bella accepta, en 2007, à la demande de M. Alpha Oumar Konaré, alors Président de la Commission, de prendre la tête du Groupe des Sages de l’UA. Dans le message qu’il envoya, à l’occasion de la cérémonie d’installation du Groupe, à Addis Abéba, le 18 décembre 2007, il déclara: «Au nom de mes compagnons, je voudrais déclarer que cette mission, nous la concevons comme une responsabilité et une charge, et que nous ambitionnons de l’assumer, avec toute notre énergie, envers les peuples africains qui aspirent tous à la paix, à la sécurité et à la stabilité».

 

De fait, malgré son âge avancé et une santé fragile, l’ancien Président Ben Bella n’a ménagé ni sa peine ni son énergie pour s’acquitter de cette nouvelle responsabilité. A ce titre, il a participé à plusieurs réunions du Groupe, notamment à Addis Abéba, où il retourna pour la première fois, en 2008, depuis le Sommet historique de l’OUA de mai 1963. Sous son autorité, le Groupe des Sages a effectué plusieurs missions dans des pays et régions affectés par des tensions et des conflits, et lancé plusieurs réflexions thématiques liées à la prévention des conflits.

 

Je saisis cette occasion pour renouveler les condoléances de l’UA et les miennes propres à la famille de l’illustre disparu, ainsi qu’au peuple et au Gouvernement algériens.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

 

Notre rencontre s’inscrit dans le cadre de la réflexion initiée, à la demande des instances compétentes de l’UA, par le Groupe des Sages sur le renforcement de la gouvernance politique pour la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique. Elle participe de l’effort engagé par l’UA pour saisir l’opportunité née des révolutions qui ont eu lieu en Afrique du nord afin de donner une nouvelle impulsion au projet démocratique qui est au cœur des objectifs de notre Union.

 

L’objectif n’est pas nécessairement d’élaborer de nouveaux instruments, mais d’appliquer ceux qui existent. Au cours des deux dernières décennies, les Etats africains ont, dans le cadre de l’UA, pris des engagements importants dans le domaine de la démocratie, de la gouvernance et des droits de l’Homme. Si des progrès ont indéniablement été enregistrés, force aussi est de reconnaître qu’un long chemin reste à parcourir. Il s’agit, dans ce contexte, de mobiliser la volonté politique nécessaire et de convenir de stratégies appropriées pour traduire dans les faits les engagements pris et les espoirs qui en découlent.

 

Cette entreprise est urgente. En effet, des systèmes politiques plus démocratiques, respectueux des droits de l’Homme et reposant sur une gestion transparente de la chose publique contribueront grandement à la prévention des crises et des conflits sur le continent. Très souvent, ceuxci naissent d’une gouvernance politique et économique déficiente, dont la persistance donne l’occasion à des acteurs étrangers d’arbitrer nos différends internes.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

 

Autant le devoir des Pères fondateurs de l’OUA a été de relever le défi de la lutte anticoloniale, autant le devoir de la génération actuelle est de répondre à l’exigence démocratique. Ces deux combats sont intimement et intrinsèquement liés. La bataille démocratique est le prolongement naturel de la lutte pour l’indépendance. L’une et l’autre procèdent de la même aspiration à la liberté et à la dignité.

 

C’est ainsi que nous pourrons assurer la continuité entre le combat d’hier et celui d’aujourd’hui, entre la génération des Ben Bella et celle des Merzouki. C’est ainsi que nous pourrons porter plus loin, plus haut, l’étendard de la démocratie et de la liberté. C’est ainsi que nous pourrons assurer l’épanouissement des peuples africains et créer les conditions qui permettront au continent de tirer pleinement profit de ses immenses potentialités et de s’affirmer sur l’arène internationale.

 

Je suis convaincu que, dans son sommeil eternel, le Président Ben Bella suit nos travaux. Leur conclusion réussie sera un modeste hommage au grand combat qui fut le sien et celui de ses autres pairs aujourd’hui disparus.

 

Je vous remercie.

 

SOURCE 

African Union Commission (AUC)


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