
Intervention du Dr. Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, à la réunion du Conseil de paix et de sécurité sur la situation en Libye / Addis Abeba, le 26 Août 2011
ADDIS ABEBA, Ethiopie, 26 août 2011/African Press Organization (APO)/ — Intervention du Dr. Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, à la réunion du Conseil de paix et de sécurité sur la situation en Libye / Addis Abeba, le 26 Août 2011
- Monsieur le Président du Conseil de paix et de sécurité ;
- Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement ;
- Mesdames et Messieurs les Ministres;
- Mesdames et Messieurs ;
Permettez-moi, tout d’abord, de saluer l’initiative prise par le Président du CPS pour le mois d’août de convoquer la présente réunion, après consultations avec ses pairs membres du Conseil. Je voudrais vous souhaiter, à tous, la bienvenue au siège de l’Union Africaine à Addis Abéba et vous remercier très vivement pour votre engagement continu en faveur de la promotion de la paix et de la sécurité sur notre continent, en général, et du règlement pacifique de la crise en Libye, en particulier.
A cet égard, je me félicite de ce que, à chaque fois que vous avez été sollicités, vous ayez modifié vos calendriers respectifs, que nous savons chargés, pour répondre à l’appel de l’Afrique. Cette détermination a toujours inspiré et stimulé la Commission, et nous vous en sommes profondément reconnaissants. Votre engagement donne tout son sens à notre volonté d’apporter des solutions africaines aux problèmes africains pour assumer notre destin collectif en toutes circonstances.
Intervenant précisément après la Conférence réussie d’annonces de contributions d’hier pour les victimes de la famine dans la Corne de l’Afrique, la présente réunion est un témoignage supplémentaire de la détermination de notre Union à relever les multiples défis auxquels notre continent est confronté.
M. le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le présent Sommet de votre Conseil sur la Libye se tient au moment où la grave crise que connaît ce pays depuis le mois de février 2011 est arrivée à une étape décisive, avec les développements militaires intervenus ces tout derniers jours. En effet, après plusieurs semaines d’impasse sur le terrain, les éléments armés relevant du Conseil national de transition (CNT) sont entrés à Tripoli et pris le contrôle de l’essentiel de la capitale. Si des poches de résistance subsistent encore, il est maintenant clair que cette phase militaire proprement dite du conflit est sur le point de se conclure. Le CNT procède au transfert de sa direction de Benghazi, d’où il a opéré jusqu’ici, à Tripoli où il met en place des structures, notamment en matière sécuritaire.
Il vous souviendra qu’après avoir souligné, dès l’éclatement de la crise, en février 2011, la légitimité des aspirations du peuple libyen à la démocratie, à la réforme politique, à la justice, à la sécurité et au développement, l’UA a élaboré, dès le 10 mars 2011, une Feuille de route pour un règlement politique de la crise. Elle s’est engagée à accompagner les parties libyennes et à veiller à ce que les aspirations exprimées soient satisfaites ; elle a mis en place le Comité ad hoc de haut niveau pour œuvrer à la promotion de cette Feuille de route.
Dès sa mise en place, le Comité s’est investi, avec méthode, détermination et un sens aigu de l’urgence, dans la mise en œuvre de son mandat. Dans ce cadre, le Comité a tenu des réunions à Addis Abéba, à Nouakchott et à Pretoria. Il a eu des consultations avec les parties libyennes à Tripoli, à Bengazi, à Addis Abéba et à Malabo. Il a également pris part à des consultations avec les partenaires internationaux, y compris le Conseil de sécurité des Nations unies. En clair, le Comité n’a ménagé aucun effort pour aider les parties libyennes à parvenir à un règlement rapide de la crise et à épargner à la Libye des épreuves supplémentaires. En juillet dernier, dans le prolongement de la Feuille de route, et sur recommandation du Comité ad hoc de haut niveau, le Sommet de Malabo a adopté des Propositions sur un Accord-cadre en vue d’une solution politique à la crise libyenne.
Le Président de l’Union s’est, lui aussi, activement impliqué dans la quête d’une solution pacifique. Je salue son engagement et son souci, constant, d’œuvrer à la paix sur le continent.
Pour sa part, et conformément aux exhortations de votre Conseil, la Commission, tant à mon niveau qu’à celui du Commissaire à la Paix et à la Sécurité, a maintenu un contact étroit aussi bien avec tout les parties libyennes qu’avec les partenaires internationaux. Dans ce cadre, elle a saisi toutes les opportunités qui se sont présentées pour mieux faire comprendre la Feuille de route, les objectifs poursuivis par notre Union, et le souci qui est le sien d’abréger les souffrances du peuple libyen et de réaliser ses aspirations, dans l’espoir que les efforts de l’UA recevraient le soutien requis de la part des membres concernés de la communauté internationale.
Nos efforts ont été d’autant plus soutenus qu’il s’agissait aussi de faire face aux conséquences de la crise libyenne sur la paix et la stabilité régionales. Deux éléments méritent ici d’être relevés. D’une part, depuis l’éclatement de la crise, des informations recoupées font état de la prolifération d’armes provenant des dépôts libyens. Il existe, dès lors, un risque de voir des groupes terroristes et criminels trouver dans cette situation des moyens supplémentaires pour la poursuite de leurs activités de déstabilisation dans les régions sahélo-saharienne et nord-africaine. De l’autre, il y a les tensions sociales et les difficultés de toutes sortes provoquées par le retour dans leurs pays d’origine de dizaines de milliers de travailleurs migrants africains qui travaillaient en Libye.
C’est ici pour moi l’occasion de mettre en évidence, encore une fois, la tragédie vécue par ces travailleurs migrants, dont des centaines ont péri en mer alors qu’ils cherchaient à fuir la violence en Libye. Je remercie les pays voisins de la Libye qui ont accueilli les populations quittant la Libye avec une générosité et un sens de l’hospitalité qui forcent d’autant plus l’admiration que certains d’entre eux conduisent des transitions délicates.
M. le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais aujourd’hui constater avec vous que, pour des raisons multiples, nos efforts n’ont malheureusement pas abouti aux résultats escomptés. Ni l’engagement, ni la détermination du Comité ne sont en cause. Bien au contraire, il a assumé ses responsabilités avec un sens élevé du devoir et une volonté affirmée de faire œuvre utile au service des intérêts supérieurs du peuple libyen et de l’Afrique dans son ensemble. L’UA s’est employée à aider le peuple libyen du mieux qu’elle a pu, dans des circonstances particulièrement difficiles et contrariantes. D’évidence, la manière dont les opérations militaires en cours prendront effectivement fin aura un impact direct sur la configuration de la situation et sur les conditions et facteurs susceptibles de favoriser ou d’obstruer l’évolution du pays vers sa sortie de crise dans les délais les plus courts possibles.
Dans la phase nouvelle qui s’ouvre en Libye, nous devons rester aux côtés du peuple libyen et continuer à faire preuve du même engagement et de la même détermination. L’Afrique ne peut faire moins, au moment où les principes, les objectifs et les articulations de notre Feuille de route sont partout avancés comme devant encadrer l’œuvre nécessairement consensuelle, inclusive, pacifique et démocratique de mutation de la Libye. Plus que jamais, il s’agit d’appuyer les efforts visant à assurer une transition inclusive et consensuelle devant être couronnée par des élections qui permettront au peuple libyen de choisir librement ses dirigeants. Il s’agit de favoriser la réconciliation nationale, l’État de droit, les réformes politiques, la reconstruction post-conflit. A ces fins, il importe d’exhorter tous les acteurs concernés à surmonter les déchirements nés du conflit qu’à connus leur pays, afin qu’ils puissent s’atteler, dans l’unité et la concorde, à la consolidation de la paix, à la promotion d’une gouvernance démocratique et au développement socio-économique.
Il s’agit aussi d’aider à la mobilisation de l’ensemble de la communauté internationale pour qu’elle apporte à la Libye tout l’appui dont elle a besoin afin d’ouvrir une nouvelle page de son Histoire. A cet égard, il est important de prendre en compte la nécessité de donner tout l’espace nécessaire aux seules parties libyennes pour qu’elles déterminent, en toute indépendance et liberté, l’avenir de leur pays.
Il s’agit, en somme, de continuer à marquer activement la solidarité de l’Afrique avec le peuple libyen dans son aspiration à la liberté, à la démocratie et à la bonne gouvernance. Une Libye démocratique, stable et prospère, réconciliée avec elle-même, constituera un atout considérable pour l’Afrique et une contribution significative à l’avancement de notre continent et au respect des nombreux instruments adoptés par notre Union sur la démocratie, les droits de l’homme et la gouvernance.
C’est pourquoi notre Union doit apporter tout l’appui possible au peuple et aux acteurs libyens dans les efforts qui seront les leurs et dans l’esprit des principes qui ont informé tant la Feuille de route de l’UA que ses Propositions adoptées à Malabo.
Dans cet esprit, il importe de continuer à maintenir et à accroitre l’interaction de l’UA avec tous les acteurs libyens, et de travailler aux modalités de la concrétisation de l’appui que l’Afrique peut apporter à la sortie de crise et au succès des tâches de la transition ainsi que des réformes politiques devant éliminer les causes de la crise.
Je voudrais également souligner la nécessité pour l’UA de continuer à travailler avec les pays de la région pour faire face aux conséquences induites par la crise libyenne, avec un accent particulier sur les aspects sécuritaires et la réinsertion des travailleurs migrants africains ainsi qu’en vue de la relance des coopérations et partenariats propres à promouvoir le bien-être de tous les peuples concernés et à contribuer à l’intégration du continent.
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
L’Afrique ne peut que demeurer activement engagée sur la question libyenne. Le moment viendra où il faudra tirer des leçons de la gestion de la crise libyenne et de notre interaction avec nos partenaires internationaux, l’objectif d’un tel exercice n’étant pas d’occulter cette vérité que l’Afrique n’a pêché ni par manque de créativité, ni par absence de dynamisme.
Note démarche doit plutôt viser à identifier, objectivement, sereinement, les difficultés auxquelles nous avons été confrontés, les insuffisances qui ont pu être les nôtres, afin de mieux renforcer nos modes d’action, mieux anticiper les crises susceptibles d’affecter notre continent, et d’assurer le leadership de l’Afrique dans la gestion des situations qui la concernent au premier chef.
La présente réunion au Sommet du CPS devrait pouvoir jeter les bases d’une telle réflexion en vue du rehaussement de l’action collective de l’Afrique dont le caractère salutaire n’a point besoin d’être souligné.
Je vous remercie.
SOURCE
African Union Commission (AUC)
