
Session extraordinaire de la Conférence de l’Union sur l’état de la paix et de la sécurité en Afrique Addis Abeba, Ethiopie 25 – 26 Mai 2011 / Discours du Président de la Commission
ADDIS ABEBA, Ethiopie, 26 mai 2011/African Press Organization (APO)/ — Discours du Président de la Commission
- Monsieur le Président en exercice,
- Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement et chefs de délégations,
- Mesdames et Messieurs,
- Chers invités,
Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue à Addis Abéba. Votre présence ici, malgré les délais très courts dans lesquels ce Sommet extraordinaire sur l’état de la paix et de la sécurité en Afrique a été convoqué, témoigne de votre préoccupation face à la situation qui prévaut sur le continent, ainsi que de votre engagement à redoubler d’efforts pour faire de la paix une réalité pour celles de nos populations qui sont affectées par le fléau des conflits et de la violence.
Mesdames et Messieurs,
La présente session intervient, comme vous le savez tous, dans un contexte particulier, marqué par les changements profonds intervenus en Tunisie et en Egypte, dont nous devons faire ensemble l’analyse et tirer des enseignements tant en termes de processus de démocratisation que de prévention structurelle de crises et de conflits, ainsi que par deux graves crises, dont l’une, la Côte d’Ivoire, a, finalement, connu un dénouement, tandis que, pour l’autre, la Libye, aucune perspective de solution ne semble se dessiner dans l’immédiat. Je me dois également de mentionner les défis que continuent de poser les situations en Somalie, pays déchiré par deux décennies de violence aveugle, et au Soudan, avec la persistance de la crise au Darfour et les menaces que la tension actuelle à Abyei fait peser sur les avancées remarquables enregistrées dans la mise en œuvre de l’Accord de paix global (CPA), grâce à la détermination des parties et avec la facilitation du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’UA au Soudan.
Evidemment, d’autres questions continuent d’être source de préoccupation pour l’UA, qu’il s’agisse des évolutions dans la région des Grands Lacs, du Sahara Occidental, de l’impasse persistante entre l’Ethiopie et l’Erythrée, des relations entre Djibouti et l’Erythrée, de la coordination des efforts régionaux contre les activités criminelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), de l’intensification de la coopération anti-terroriste, de la lutte contre la piraterie, ou de la consolidation de la paix et des avancées démocratiques dans les pays qui ont pu surmonter les crises et violences qui les ont affectés à un moment donné de leur histoire.
S’il est vrai que la convocation de cette session extraordinaire est fondamentalement motivée par la préoccupation commune qui est la nôtre face à l’acuité de certaines des situations que connaît le continent, nous devons quand même garder à l’esprit les avancées enregistrées ces derniers mois dans notre quête de paix et de stabilité. C’est ici, pour moi, l’occasion de saluer le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée et au Niger ; la tenue du référendum d’auto-détermination au sud-Soudan et l’engagement des parties soudanaises à bâtir deux Etats viables, vivant côte à côte, dans la paix et le bon voisinage, et œuvrant ensemble pour relever les défis qui leur sont communs ; ainsi que la fin de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire et l’investiture du Président Alassane Dramane Ouattara.
Mesdames et Messieurs,
Comme vous le savez, lors de sa réunion tenue, au niveau des chefs d’Etat et de Gouvernement, le 10 mars dernier, le Conseil de paix et de sécurité est convenu d’une feuille de route pour la règlement de la crise en Libye et mis en place un Comité ad hoc de haut niveau sur la situation dans ce pays. Depuis, le Comité a déployé des efforts soutenus afin de faciliter la recherche d’une solution négociée qui réponde aux aspirations légitimes du peuple libyen. Je voudrais ici rendre hommage aux chefs d’Etat membres du Comité ad hoc pour leur engagement et leur détermination.
Force, toutefois, est de reconnaître que, malgré les efforts déployés, aucune perspective de solution ne semble se dessiner à l’heure actuelle. Sur le terrain, la situation est désespérée, marquée qu’elle est par la poursuite des combats entre les belligérants libyens et des opérations de l’OTAN, qui, chaque jour, augmentent d’intensité. Notre Union a, à plusieurs reprises, exprimé sa grave préoccupation face aux développements en cours et à leurs conséquences pour la stabilité à long terme de la Libye, la population civile, y compris les travailleurs migrants africains vivant sur place, ainsi que pour la sécurité et la stabilité des pays de la région.
De fait, ce Sommet doit marquer une étape nouvelle dans notre quête de paix en Libye. Il s’agira d’œuvrer à mettre un terme immédiat aux hostilités, que doit accompagner l’arrêt des opérations de l’OTAN, tant il est vrai que leur poursuite comporte le risque de remettre en cause l’objectif même pour lequel ces opérations ont été autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il s’agira également de donner une application opérationnelle à la Feuille de route de l’UA, qui reste plus actuelle que jamais, y compris en envisageant le déploiement rapide d’une mission d’observation de l’UA, qui assurerait le suivi de la situation sur le terrain, avec un accent particulier sur la protection des populations civiles, et servirait de noyau à une opération internationale plus large, qui impliquerait les Nations unies, la Ligue arabe et d’autres acteurs concernés. Il s’agira, enfin, de souligner le rôle qui revient à l’UA, à travers son Comité ad hoc de haut niveau, dans le règlement de la crise libyenne, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations unies et au paragraphe 2 de la résolution 1973(2011) du Conseil de sécurité.
Ce dernier point revêt une importance d’autant plus grande que certains acteurs internationaux semblent dénier à l’Afrique tout rôle significatif dans la recherche d’une solution au conflit en Libye. Il est clair que l’Afrique ne peut être réduite au rang de spectatrice de ses propres malheurs et que sans leadership africain, il ne saurait y avoir, dans le domaine de la paix, comme d’ailleurs dans celui du développement, d’acquis durables. Le Sommet doit envoyer un message clair et dépourvu de toute ambiguïté à nos partenaires, tant bilatéraux que multilatéraux, sur la nécessité pour eux de reconnaître et de conforter par leurs actes l’appropriation par l’Afrique des efforts de paix sur le continent.
Mesdames et Messieurs,
Je suis convaincu que ce Sommet nous permettra de faire avancer les efforts de paix au Soudan, ce condensé de la diversité africaine, dont l’hospitalité et la générosité des populations sont légendaires. Nous nous devons d’exhorter les parties au CPA à ne ménager aucun effort pour surmonter les difficultés actuelles à Abyei et mener à leur terme les négociations sur les aspects pendants du CPA et les arrangements post-référendaires, sous les auspices du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’UA. Il importe également d’imprimer une nouvelle dynamique à la recherche de la paix au Darfour, notamment à travers le lancement immédiat du Processus politique dans cette région. Reconnaissant que le choix fait par le Sud-Soudan en faveur de la séparation conduit à la création de deux nouveaux Etats, riches de leur diversité et tout aussi africains l’un que l’autre, l’UA est déterminée à travailler avec le Soudan et le Sud-Soudan pour les aider à résoudre leurs conflits internes et à bâtir un avenir meilleur.
Ce Sommet devrait aussi insuffler une dynamique nouvelle au processus de paix et de réconciliation en Somalie, et donner les orientations nécessaires pour que la question de la transition et des arrangements soit tranchée une bonne fois pour toutes, en consultation avec l’IGAD. Il est grand temps pour les dirigeants somaliens de mettre un terme à leurs querelles intestines incessantes, pour être à la hauteur des attentes de leur peuple, meurtri par des décennies de violence et de souffrance et où, du fait du conflit, mais aussi de la sécheresse qui sévit actuellement dans ce pays, un enfant sur quatre souffre de malnutrition aigüe. Le Sommet se doit de rappeler à la communauté internationale la responsabilité qui est la sienne en Somalie, et l’exhorter à prendre les mesures requises à cet effet. L’Afrique, pour sa part, poursuivra l’action entamée en Somalie, notamment à travers l’AMISOM, malgré les nombreuses contraintes rencontrées, conscients que nous sommes de notre devoir de solidarité envers le peuple somalien frère.
Evidemment, il est attendu du Sommet qu’il donne un souffle nouveau aux efforts de consolidation de la paix, partout où celle-ci a été restaurée, ainsi qu’à la prévention des conflits, en particulier la prévention structurelle, qui exige de nos Etats qu’ils redoublent d’efforts pour mettre pleinement en œuvre les nombreux engagements pris au terme des instruments pertinents de l’UA.
Mesdames et Messieurs
J’ai tantôt parlé de la nécessité pour l’Afrique d’affirmer son leadership dans le règlement de ses propres crises. Il s’agit là d’un impératif, parce que comme l’a si justement souligné votre Session spéciale de Tripoli d’août 2009, sans un tel leadership, il n’y aura ni appropriation ni durabilité ; parce que nous comprenons nos problèmes mieux que nos partenaires, même les plus proches ; parce que nous savons quelles sont les solutions les plus appropriées, et comment y parvenir ; et, parce que, en dernière instance, ces problèmes sont les nôtres, et ce sont nos peuples qui en subiront les conséquences.
Mais ne nous y trompons pas. Affirmer le leadership de l’Afrique exige, ainsi que l’a si bien souligné la Déclaration d’engagement en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique, adoptée à l’occasion du lancement solennel du CPS, ici même, dans cette salle, il y a exactement de cela sept ans, jour pour jour, que nous ne reculions pas devant des actions décisives pour relever les défis auxquels le continent est confronté ; qu’il n’y ait pas de conflit sur notre continent qui soit considéré comme étant hors du champ d’intervention de l’Union africaine ; et que, lorsqu’il y a des violations graves des droits humains, des crimes contre l’humanité et des cas de génocide, l’UA soit la première à condamner et à agir promptement, conformément à la lettre et à l’esprit de l’Acte constitutif de l’Union et des autres instruments pertinents auxquels nous avons souscrits.
Affirmer le leadership africain requiert aussi que nous mobilisions davantage de ressources au niveau du continent pour soutenir notre Agenda pour la paix et la sécurité en Afrique. D’évidence, l’Afrique ne peut revendiquer le leadership auquel elle aspire légitimement et le faire valoir sur la scène internationale si elle n’est pas prête à assumer les implications financières de ses ambitions et à consentir tous les sacrifices nécessaires.
Affirmer le leadership de l’Afrique suppose, enfin, que nous renforcions notre unité d’action et donnions plein effet à l’action collective africaine dans le cadre de l’UA. Nos désaccords éventuels doivent trouver leurs solutions au sein de notre Union et les décisions par elle prises promues et mises en œuvre par tous. Nous devons utiliser effectivement notre représentation au Conseil de sécurité, si insatisfaisante qu’elle est au regard de ce à quoi notre continent peut légitimement prétendre, pour faire entendre notre voix et de faire dûment prendre en compte les positions articulées par notre Union.
Je vous remercie de votre aimable attention et souhaite plein succès à vos délibérations.
SOURCE
African Union Commission (AUC)
