
Message du Dr Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine à l’occasion de la commémoration de la Journée de l’Afrique / Mercredi 25 mai 2011, Addis Abeba
ADDIS ABEBA, Ethiopie, 25 mai 2011/African Press Organization (APO)/ — Message du Dr Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine
Monsieur Le Président de la République de Guinée Équatoriale, Président de l’Union africaine,
Monsieur Le Premier Ministre de la République de l’Inde,
Majesté,
Madame et Messieurs Les Chefs d’État et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs Les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Secrétaires Exécutif des CER,
Mesdames et Messieurs Les Ambassadeurs,
Ami(e)s et partenaires de l’Afrique,
Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de remercier sincèrement et chaleureusement chacun d’entre vous d’avoir bien voulu accepter de prendre un peu de votre temps pour participer à cette cérémonie laquelle sans votre présence n’aurait certainement pas eu ce retentissement ni cet éclat ! Soyez donc tous les bienvenus !
Comme tous les ans, nous célébrons ce 25 mai 2011, la Journée de l’Afrique. Cet anniversaire commémore la création le 25 mai 1963 de l’Organisation de l’Unité Africaine, acte qui avait posé les premiers jalons du processus de notre unité et de l’édification continentale sous une identité commune africaine et qui se poursuit aujourd’hui vers l’intégration et pour le développement durable du continent.
Aujourd’hui, environ 62℅ de la population globale de l’Afrique se situent en-dessous de 35 ans et plus de 20℅ ont entre 15 et 24 ans. A l’horizon 2020, plus de soixante-dix pour cent de la jeunesse africaine auront moins de vingt ans, ce qui signifie que sur quatre personnes que nous croiserons dans les rues du Caire, Nairobi, Brazzaville, Lagos, Malabo ou Johannesburg, trois auront moins de vingt ans.
Avec en moyenne 5,2 enfants par femme, ce qui en fait le chiffre le plus élevé au monde et un taux annuel de natalité de 2,2℅, l’Afrique voit environ 10 millions de jeunes africains arrivent chaque année sur le marché du travail. Beaucoup de ces jeunes sont encore mal préparés pour ce marché, eu égard aux faiblesses persistantes de nos systèmes éducatifs. Il en résulte notamment que 71℅ des jeunes africains survivent avec moins de 2 dollars au quotidien.
Les péripéties et développements du « printemps arabe », notamment en Tunisie et en Égypte sur le continent, ont confirmé que des solutions doivent être apportées en priorité aux préoccupations et inquiétudes légitimes de cette composante majoritaire de la société qu’est la jeunesse : elle devient de plus en plus pauvre, de plus en plus mécontente, parfois même, de plus en plus militante, voire se radicalise. Dans un monde qui a basculé dans une globalisation effrénée avec entre autres, son lot de modes de vie nouveaux liés à la starisation, à la dévalorisation de l’effort et du travail au profit de l’enrichissement et du gain faciles ainsi que de l’oisiveté, beaucoup de jeunes de pays en développement et pas seulement africains, se projettent pour ce qui est de leur avenir, dans ce qu’ils croient être l’Eldorado, souvent l’Europe et les États-Unis et sont disposés à aller jusqu’au bout pour y arriver, fût-ce au péril de leur vie, ayant eu le sentiment de n’avoir chez eux comme seules perspectives que déception, découragement voire un sentiment d’injustice assorti de révolte… Déception pour ceux qui ont achevé leurs cursus et peinent à trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. Découragement de ceux qui se retrouvent sans diplôme et sont voués à des emplois précaires. Sentiment d’injustice et de révolte enfin pour ceux qui sont privés de tout espoir et ont le sentiment d’être oubliés, ignorés et rejetés par la société…
En décidant d’axer cette journée sur le thème de «l’accélération de l’autonomisation de la jeunesse pour un développement durable» et rappelant que la Huitième session de la Commission du Travail et des Affaires sociales réunie à Yaoundé en avril 2011 a consacré ses travaux au thème «Promouvoir l’emploi des jeunes pour la cohésion sociale et une croissance inclusive », l’Union Africaine témoigne de l’importance qu’elle accorde à cette frange de population dont elle reconnaît le rôle primordial et la contribution dans les processus de développement et qui constitue une préoccupation constante pour l’ensemble des décideurs de la communauté internationale.
Elle confirme aussi la volonté des dirigeants du continent de renforcer les efforts jusqu’ici déployés par l’Afrique pour la création et la promotion de conditions adéquates en vue d’une meilleure considération et prise en charge des besoins de la jeunesse africaine ainsi que de sa situation.
Ceci s’est traduit depuis quelques années par de nombreuses actions et activités entreprises un peu partout sur le continent et inscrites au cœur d’un Agenda de développement des jeunes, désormais incontournables dans les efforts pour soutenir le développement africain. L’adoption en 2006 de la Charte africaine de la jeunesse et son entrée en vigueur en 2009, marquent notamment le point de départ d’une dynamique forte et nouvelle. Cette Charte vise en effet à promouvoir la participation des jeunes et des organisations de jeunes à un large éventail de dialogues intergénérationnels sur les politiques et les initiatives d’élaboration de politiques afin de s’assurer que les opinions des jeunes soient discutées et prises en compte.
S’inscrivent aussi dans cette dynamique, la célébration de l’Année de la jeunesse africaine en 2008, l’institutionnalisation du 1er Novembre comme Journée africaine de la jeunesse, la déclaration d’une décennie pour le développement de la jeunesse (2009-2018) et une vitalité nouvelle, donnée à l’Union Panafricaine de la jeunesse et dont le siège se trouve maintenant à Khartoum au Soudan.
A l’appel des Chefs d’État et de Gouvernement, la Commission de l’Union africaine, s’est aussi engagée dans des actions basées sur des programmes et projets visant à améliorer les capacités des jeunes et leur participation à la vie sociale, politique et économique du continent. Je citerai à titre d’exemple :
• la création du Corps des Jeunes Volontaires de l’Union africaine ; à ce propos d’ailleurs, il me plaît de rappeler qu’une deuxième session de formation de 100 jeunes volontaires est prévue en République de Guinée Équatoriale, à Malabo, à partir du 13 juin prochain ;
• la promotion de la formation technique et professionnelle qui donne à cette dernière sa lettre de noblesse dans nos pays et dans nos régions ;
• la création d’une base de données sur les Organisations africaines de jeunesse.
Août 2010-août 2011 a été déclarée Année Internationale de la jeunesse par les Nations Unies. Elle me donne l’occasion de rappeler une fois encore qu’une Afrique unie est une Afrique forte et respectée. Ainsi, la position commune pour le développement de la jeunesse africaine, présentée par l’ensemble des Ministres africains en charge de la jeunesse à la Conférence mondiale de la jeunesse au Mexique en juillet 2010 a été adoptée par l’Assemblée des Nations Unies en septembre 2010 et fait maintenant partie de l’Agenda 2010 de la jeunesse mondiale.
L’Afrique veut mener et gagner le combat du renforcement de la compétitivité de ses jeunes talents dans l’arène internationale. Cette volonté a motivé le projet de création d’une Université panafricaine avec ses cinq instituts régionaux et leurs centres nationaux affiliés qui répondent aux normes mondiales de qualité de formation et d’excellence dans la recherche en science, en technologie et en ingénierie et mathématique (STIM). Trois de ces instituts vont démarrer au dernier trimestre de l’année 2011. Il s’agit de :
• l’Institut des sciences de la vie et de la terre à Ibadan au Nigeria ;
• l’Institut de la gouvernance, des sciences sociales et des Humanités à Yaoundé au Cameroun et,
• l’Institut des sciences de base, technologie et innovation à Nairobi au Kenya.
L’Université panafricaine ambitionne d’attirer et de retenir sur le continent les jeunes talentueux et motivés, en leur offrant des conditions d’études et de recherche épanouissantes. Elle permettra également d’entretenir la flamme de l’appartenance continentale, eu égard au rôle fondamental et avéré des Institutions de formation, des écoles, des Universités dans la construction d’une identité commune, en l’occurrence africaine.
Parlant de science, la première pierre de l’Observatoire Africain de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (OASTI) sera posée à Malabo, en marge du Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine en juillet prochain. La Guinée Équatoriale a offert d’accueillir cette institution et de mettre à sa disposition, les premiers fonds de démarrage. Cet Observatoire servira à valoriser nos jeunes chercheurs et permettra à l’Afrique de mieux mesurer ses potentialités scientifiques. Sa création avait été décidée par le Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement en janvier 2007 à d’Addis Abeba.
Excellences,
Chers amis,
Chacun sait qu’avec son énergie, sa capacité d’innovation et d’initiatives, sa créativité ainsi que ses aspirations, en somme son potentiel, la jeunesse représente un capital qu’aucun État ni une société ne peut se permettre d’ignorer ni de dilapider. Elle est une force motrice et une ressource essentielle du développement durable tant au niveau national que continental pour l’Afrique. Par les valeurs qu’elle porte et affirme, la jeunesse participe de surcroît aux changements et mutations de la société.
Jeunes femmes et jeunes gens d’Afrique !
L’Union africaine croit fortement que l’avenir repose très largement sur votre dynamisme, votre enthousiasme, votre énergie, votre courage. Vous êtes en effet les dirigeants et responsables de demain. Les fondements de l’Afrique se trouvent dans vos idées, dans ce que vous allez entreprendre. Porteurs d’avenir, vous êtes les vecteurs de l’émergence d’une Afrique où il fait bon vivre, une Afrique à l’abri du besoin et une Afrique à l’abri de la peur. A l’instar de nos Pères fondateurs qui dans leur jeunesse ont lutté pour des idéaux, au premier rang desquels l’indépendance et la souveraineté nationales, retrouvez cette flamme pour notre Afrique et partagez la confiance que vous avez en elle et en son avenir ! L’Afrique compte sur vos convictions.
Je vous souhaite une bonne fête de la journée de l’Afrique,
Vive l’Afrique et vive la Jeunesse africaine !
SOURCE
African Union Commission (AUC)
