
Somalie / Les journalistes, cibles du harcèlement des autorités
MOGADISCIO, Somalie, 29 mars 2011/African Press Organization (APO)/ — Reporters sans frontières dénonce l’hostilité incompréhensible des autorités à l’encontre des professionnels des médias. Deux membres de la station privée Radio Shabelle ont été arrêtés, le 27 mars 2011, à Mogadiscio, tandis que deux autres journalistes sont retenus, au Puntland et au Somaliland, depuis plus de huit jours. L’organisation demande la libération immédiate des quatre journalistes et l’arrêt des persécutions dont ils sont victimes.
“Dans ce pays où les combats permanents engendrent déjà un niveau très fort d’insécurité pour les reporters, et où l’intolérance des milices islamistes vis-à-vis de la liberté d’information rend la pratique du journalisme périlleuse, voire presque impossible, le gouvernement fédéral de transition ne fait rien pour encourager le travail des médias. Censées être les garantes de l’ordre, les autorités officielles, en général, constituent désormais une menace pour les journalistes, en n’hésitant pas à les intimider et en procédant à des arrestations abusives, sans motif, au mépris du droit”, affirme Reporters sans frontières.
Le 24 mars 2011, la National Security Agency (NSA) a convoqué, sur ordre du ministre de l’Information, des postes et des télécommunications, le rédacteur en chef de Radio Shabelle, Abdi Mohamed Ismail, pour l’interroger au sujet d’un reportage mettant en cause les compétences du président du gouvernement de transition, Sheik Sharif Sheik Ahmed. Le 27 mars, il s’est rendu au quartier général de la NSA en compagnie du directeur du média, Abdirashid Omar Qase. Les deux journalistes ont été immédiatement arrêtés et sont, à ce jour, toujours en détention.
Aucune raison officielle n’a été avancée pour justifier la détention des deux journalistes. Certaines informations recueillies par Reporters sans frontières indiquent que Abdi Mohamed Ismail et Abdirashid Omar Qase sont privés de nourriture et interdits de visites. On leur aurait également refusé le droit de recourir à un avocat.
Le 22 mars 2011, à Las Anod, dans l’Etat autoproclamé du Somaliland (nord du pays), deux journalistes ont subi la colère de soldats mécontents de certains de leurs articles qu’ils jugent diffamants à leur égard. Mohamed Abdinur Hashi, de Somali Channel TV, a été arrêté, et Mohamed Shaqale, d’Universal TV, a pu fuir et vit désormais dans la clandestinité. Son ordinateur portable, sa caméra et ses enregistreurs ont été saisis par l’armée qui est, depuis, à sa recherche.
Le 19 mars, Liban Abdi Farah, de la Somali Broadcasting Corporation (SBC), s’est rendu sur les lieux de l’explosion d’une bombe dans la ville de Galkayo, dans la région semi-autonome du Puntland (Nord-Est). Le reporter a été immédiatement arrêté par les forces de police. Bien que sa famille ait été autorisée à lui rendre visite, ses collègues se sont vu refuser l’accès au commissariat. Selon le système judiciaire du Puntland, le journaliste était censé comparaître devant le tribunal sous quarante-huit heures. A ce jour, aucune démarche n’a été entamée.
SOURCE
Reporters without Borders (RSF)
