Cote d’Ivoire / Retranscription du point de presse hebdomadaire de l’ONUCI (Abidjan, le 23 décembre 2010)
ABIDJAN, Côte d’Ivoire, 24 décembre 2010/African Press Organization (APO)/ — Retranscription du point de presse hebdomadaire de l’ONUCI (Abidjan, le 23 décembre 2010) :
Hamadoun Touré (Porte-parole de l’ONUCI) : Mesdames et messieurs bonjour. Bienvenue à ce point de presse hebdomadaire. En raison de l’actualité, j’ai invité M Simon Munzu, le Directeur de la Division des Droits de l’Homme, qui va lui aussi vous faire un exposé et répondre à vos questions. Auparavant, je voudrais vous lire un communique de l’ONUCI.
Des actes graves de violation des droits de l’homme et d’intimidation continuent d’être notés dans plusieurs quartiers d’Abidjan ainsi que dans l’Ouest du pays, avec des maisons identifiées par des signes distinctifs. La nuit, des individus armés entrent dans les habitations pour y opérer des enlèvements ou y commettre des crimes. Pour se protéger, les hommes érigent des barricades de fortune alors que les femmes munies de sifflets et de casseroles alertent les populations.
Au fur et à mesure de la poursuite de la violence, le nombre de morts, de blessés et de disparus s’accroit rapidement. L’ONUCI continuera de faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer la protection des populations en même temps qu’elle documente les faits pour aider les instances compétentes à prendre les mesures afin que les responsables répondent de leurs actes.
Au moment où je vous parle, les deux accès menant à l’Hôtel du Golf restent fermés. Le blocage est le fait des forces militaires du camp du Président Gbagbo appuyés par de jeunes eux-mêmes soutenus des fois par des individus encagoulés armés de lance-roquettes. En ce qui concerne l’ONUCI, des entraves à la poursuite de ses activités continuent, notamment à Abidjan et dans l’Ouest du pays. Il y a eu des blocages de nos camions d’approvisionnement ainsi que de nos patrouilles.
Des forces du camp du Président Gbgabo lourdement armées appuyées par des personnes encagoulées munies de lance roquettes continuent de bloquer l’accès d’Anyama vers N’Dotré un village ou des allégations ont fait état récemment de l’existence d’un charnier. De même nos patrouilles de police continuent d’être suivies par des hommes armés à bord de véhicules.
Par ailleurs, la campagne médiatique hostile du camp du Président Gbagbo contre l’ONUCI se poursuit sans fondement. A quoi s’ajoutent des pressions supplémentaires avec les difficultés d’accès au hangar de l’ONUCI à l’aéroport et les coupures du ravitaillement en carburant. L’ONUCI continuera de faire son travail. Voila tres brièvement ce que je voulais vous dire avant de laisser la parole à M. Munzu qui fera également un exposé avant de prendre vos questions. Merci.
Simon Munzu (Directeur de la Division des Droits de l’Homme de l’ONUCI) : Merci Hamadoun. Comme M. Touré vient de l’indiquer et comme chacun de nous le sait, l ;a situation politique que la Cote d’Ivoire vit depuis la proclamation des résultats du second tour de l’election présidentielle tenue le 28 novembre dernier, a engendré malheureusement beaucoup de violations des droits de l’Homme, dont les victimes ne sont pas nécessairement ceux qui concourent pour le pouvoir mais des simples Ivoiriens qui ne demandent que d’être laissés tranquilles pour qu’ils puissent mener dans des conditions socio économiques difficiles que l’on connait non seulement en Côte d’Ivoire mais à travers l’Afrique, mener tranquillement les activités qui leur permettent de vivre.
Que ce soient des pauvres personnes habitant pour la plupart dans les quartiers dits populaires ou précaires d’Abidjan qui sont appelés à payer le prix de cette situation politique, cela devrait émouvoir chacun de nous. Chacun de nous devrait être préoccupé.
En ce qui nous concerne, abstraction faite de l’issue politique de cette crise et des méthodes qui sont employées pour en sortir, je pense que le moment est venu pour que l’opinion nationale et internationale soit suffisamment sensibilisée et prenne suffisamment conscience de la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Nous remarquons d’ailleurs qu’il y a cette volonté aussi bien au niveau international qu’au niveau national.
En ce qui concerne le niveau international, nous relevons que ces derniers jours, le Conseil de sécurité des Nations unies, en renouvelant pour six mois le mandat de l’ONUCI à travers la Résolution 1962, a particulièrement mis l’accent sur la situation des Droits de l’Homme dans ce pays. Je vous invite à lire cette Résolution.
Le Secrétaire général, en s’adressant à l’Assemblée générale, le 21 décembre, a également mis l’accent sur cet aspect. La CEDEAO, à la réunion de son Assemblée générale le 21 décembre, a sorti un communiqué de presse ou encore une fois, elle déplore les abus, les violations des Droits de l’Homme graves commis en Côte d’Ivoire. Pour sa part, le conseil de sécurité et de paix de l’Union Africaine, à sa 254e réunion tenue le 21 décembre a également attiré l’attention sur la situation des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire en appelant toutes les parties concernées de faire tout son possible pour mettre un terme à cette situation.
Au niveau national, nous avons tous suivi la communication de M Laurent Gbagbo à la Nation, et ce qui ressort de cette communication et sur laquelle je voudrais attirer votre attention, c’est qu’il a reconnu, au niveau national c’est important, que les troubles qui ont lieu notamment dans la journée du 16 décembre ont occasionné des tueries et des pillages.
D’un autre côté, les Nations unies ont reçu une communication du camp Ouattara où il est fait état de violations graves des Droits de l’Homme et des chiffres ont été avancés. Je dis tout ceci pour souligner une chose : C’est qu’au niveau national et international, personne ne peut nier aujourd’hui que la situation des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire aujourd’hui est préoccupante. On peut ne pas être d’accord sur les chiffres que les uns et les autres avancent. On peut ne pas être d’accord sur qui est l’auteur de ces exactions, parce qu’on se jette mutuellement la responsabilité, mais je pense que pour ceux qui s’intéressent, en dehors de toutes contestations politiques aux bien être des Ivoiriens et des individus qui habitent ce beau pays, il n’y a pas de doute que la situation des droits de l’Homme est grave.
Face à cette situation, qu’est ce que l’ONUCI fait ? Nous avons mis sur pied une Task Force d’une centaine de membres du personnel des Nations unies, ONUCI et les agences confondues. Ce personnel est déployé en équipe de trois à cinq personnes sur douze localités à travers le pays suivant ce que nous avons inventoriés comme étant les points les plus chauds. Et pour les déterminer, nous nous basons sur le nombre d’appels que nous recevons par jour des personnes qui se sentent agressées, menacées, ou de ceux qui en ont connaissance.
Nous nous basons sur d’autres sources d’informations, autres que ce que nous avons à travers des coups de téléphone. Et parlant des coups de téléphone, c’est le lieu de mentionner que l’ONUCI a ouvert une ligne dite ligne verte, à laquelle toutes les personnes, qui ont connaissance d’une agression quelconque des Droits de l’Homme qu’elles en soient victimes ou pas, sont invitées à signaler les faits. Cette ligne est ouverte 24h/24. A ce jour, l’ONUCI peut affirmer, sur la base de ses propres informations recoupées, que depuis le 16 décembre, il y a eu 173 cas de décès, dans notre langage, on parle d’exécutions sommaires, 90 cas de tortures ou d’autres formes de mauvais traitement, 471 cas d’arrestations et détentions arbitraires et 24 cas de disparitions forcées. Je tiens à souligner qu’il s’agit des cas que nous avons pu vérifier. Etant donné que tous les cas ne sont pas portés nécessairement à notre connaissance, il y a lieu de penser que les chiffres que j’avance ne représentent qu’une partie de la réalité. Mettant a contribution le dispositif que je viens de décrire, l’ONUCI, en collaboration avec des autres agences du système des Nations unies, fait son travail de vérification de ces faits et cela nécessite une descente sur le terrain à chaque fois que nous apprenons des violations. Et dans la mesure du possible, nous descendons sur le terrain. Malheureusement ces derniers temps, la descente sur le terrain s’avère de plus en plus difficile. Dans la mesure où le personnel de l’ONUCI en général fait l’objet de blocage de toutes sortes en ce qui concerne notre liberté de mouvement.
Evidemment si on nous bloque à des barrages et qu’on ne nous laisse pas avancer vers le lieu de la commission de violation, cela constitue une entrave à notre travail mais a pour conséquence qu’on ne puisse pas vérifier et confirmer ni infirmer autant de cas qu’on aurait souhaités. Je dis bien confirmer ou infirmer parce que notre rôle n’est pas d’indexer qui que ce soit, n’est pas d’accabler qui que ce soit, c’est de faire ressortir la vérité. Et je pense que tout le monde et surtout les victimes ont intérêt à ce que la verite soit connue. Toute tentative de suppression de la vérité d’où qu’elle vienne, va à l’encontre de l’intérêt des victimes qu’elles soient Ivoiriennes de nationalité, ivoiriennes de leur résidence ou ivoiriens de leur présence dans ce pays.
Je lance donc un appel à toutes les parties concernées, quelles soient civiles ou militaires, de quelques parties politiques que ce soit, de quelques obédiences politiques que ce soit, de nous laisser faire notre travail et nous les assurons que nous faisons ce travail en toute objectivité, sans parti pris, parce que ce n’est pas dans le domaine des Droits de l’Homme, ce n’est pas en abusant les droits de l’Homme que les problèmes politiques se règlent.
La solution à la crise politique se trouve ailleurs que par la violation des droits de simples citoyens en Côte d’Ivoire. Qu’ils nous laissent donc faire notre travail. Je termine en disant que ce matin, le Conseil des droits de l’Homme des nations unies, a tenu une session spéciale consacrée a la situation des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire au siège de l’institution des Nations unies à Genève. Nous attendons de prendre connaissance de la Résolution qui va sanctionner cette session spéciale et certainement que nous allons partager.
Je termine en disant qu’a partir d’aujourd’hui, nous avons l’intention à la faveur du point de presse hebdomadaire de l’ONUCI, de vous tenir informés de l’évolution de la situation telle qu’elle se dégage de nos propres enquêtes et constats.
Arnaud Vaulerin (Libération) : Je voudrais revenir sur les allégations concernant le charnier. Est-ce que vous avez eu des éléments plus précis concernant le nombre de victimes ? Est-ce que vous parlez vous aujourd’hui officiellement de charnier ?
SM : Merci pour cette question. Le monde entier parle depuis quelques jours, de la découverte de charnier en Côte d’ Ivoire. Les premières informations faisaient état de l’existence d’un charnier à une localité dite N’Dotré sur la route d’Anyama. D’autres disaient qu’un certain nombre de corps, dont le chiffre varie entre 60 et 80, auraient été déposés à la morgue d’Anyama, donc pas loin de N’Dotré.. Evidemment de telles allégations sont graves et méritent d’être examinées. Nous avons tenté d’aller sur le lieu pour vérifier ces informations afin de, comme je le disais, pouvoir les confirmer ou les infirmer. Parce que pour nous, jusqu’à ce qu’on les vérifie, il s’agit d’allégations, de rumeurs etc. Mais on a intérêt aussi bien pour la sérénité sociale des Ivoiriens et pour les victimes éventuelles de telles exactions qu’on sache la vérité. Je ne vois pas qui aurait intérêt à ce qu’on cache la verite sur une telle allégation. Or, nous avons été surpris de constater quand nous nous sommes transportés sur les lieux en question à Anyama et à N’Dotré, la mission de l’ONUCI conduite d’ailleurs par le Représentant spécial du Secrétaire général, M Choi lui-même qui m’avait à ses côtés, nous avons été stoppés a un barrage à N’Dotre et on n’a pas pu nous permettre de continuer sur le lieu supposé de charnier pour les uns, de dépôt de cadavres à la morgue pour les autres. Ce qui fait qu’en ce moment, je ne puisse pas vous parler de charnier. Cela dit, un deuxième cas nous a été signalé également, en parlant toujours de charnier. Cette fois en avançant le chiffre de 30 corps qui auraient été enterrés à Liobodiguha, une localité dans la région de Daloa. Là également nous n n’avons pas pu aller sur les lieux pour vérifier pour les mêmes raisons. On nous a empêchés d’y aller en arrêtant notre convoi à un barrage des Forces de défense et de sécurité.
David Clark (AFP): Tomorrow the ECOWAS [Economic Community of West African States] will be meeting in Abuja. They will be discussing the crisis in Ivory Coast. What can the other countries of the region do to help the UN mission? Are you expecting them to offer reinforcements to ONUCI or perhaps to create an ECOWAS force? And do you have any particular message for the leaders of the region?
SM: Well, for obvious reasons, I will limit my contribution at this press conference to human rights-related issues, and when it comes to that, we think that we already have sufficient forces on the ground to do our work, if only we were not to be obstructed. So the issue today is not one of an increase in forces of any kind, but rather of creating an environment that enables us to do our work, whether it’s in the area of monitoring and investigation of human rights violations, or observing the peace process in general, etc.
HT: Of course, we’ll expect them to confirm or to reiterate their position, already stated last week, regarding the winner of the election, but also all sorts of support would be welcome.
François Clauss (Europe 1) : Vous faites état d’entraves à l’exercice de votre mission et de vos enquêtes sur le terrain. Est-ce que vous pouvez nous préciser de qui elles émanent ? Vous avez du identifier si c’étaient des soldats, des Forces de sécurité, des policiers ? Et peut-être dans un deuxième temps nous dire ce qui devrait être modifié dans votre mandat pour vous permettre d’enquêter plus en avant et plus en détail, puisque vous ne parvenez pas à franchir les barrages, qu’est ce qui vous permettrait de les franchir et d’avoir les informations plus précises ?
SM : Bon, je ne m’aventure pas à vous donnez l’affinité, les affiliations des gens que l’on trouve dans les barrages. Mais il y a des gens à des barrages et simple observateur que je suis, ce que vois, c’est les gens en uniforme officiel des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d’Ivoire. Et dans certains endroits, nous voyons, et là nous avons vu d’ailleurs à N’Dotré, des personnes encagoulées. Nous ne savons pas depuis quand les FDS portent des cagoules, je ne pense pas que ce soit le cas. Toujours est-il que des personnes encagoulées sont dans les barrages à coté d’eux .les FDS que nous pouvons facilement reconnaitre à travers leur tenue officielle.
HT : Le plus gênant aussi, c’est le groupe de jeunes qu’ils mettent devant les barrages pour nous empêcher de passer ou pour nous provoquer à une réaction contre les populations. Ce que nous refusons.
FC: Qu’est ce qui ferait que vous pourriez avoir une autre méthode d’action et prolongé plus en avant l’enquête ?
SM : Ce n’est pas une décision que l’on pourrait prendre au niveau de la mission. Les faits sont portés aux instances compétentes des Nations Unies et certainement que dans les jours et les semaines qui suivent, une solution sera trouvée.
AV: Je complète la question de mon confrère. Normalement vous avez tous les moyens juridiques et techniques de pouvoir utiliser la force pour passer des barrages non. Qu’est-ce qui vous en empêche juridiquement, techniquement ?
HT : Il ne s’agit pas de moyens juridiques, ni techniques ni militaires. Nous voulons éviter la confrontation parce que ce n’est pas notre objectif ici. Nous cherchons une solution pacifique et nous voulons éviter d’être pris dans le dossier ivoirien comme partie prenante militaire. Je veux dire violente. Nous avons toujours lancé des appels à la paix. Et nous voulons éviter sinon nous en avons le mandat. Bien sûr que nous avons le mandat de pouvoir forcer les barrages. Mais pour l’instant, je vous dis que nous ne souhaitons pas la confrontation.
SM : Et pour comprendre cette option, parce qu’il s’agit d’une option, je pense qu’il est important de se rappeler que l’ONUCI est venue ici en tant que force de maintien de la paix. Et que surtout depuis la signature et la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou, donc depuis 2007, notre rôle a été d’accompagner les ivoiriens dans le processus de sortie de crise. Et nous avons consacré toutes nos énergies, toutes nos ressources à faire cela. Et il y avait lieu de s’attendre à ce qu’à l’issue des élections qui devaient nous mener à la sortie définitive de cette crise, nous puissions nous tous, ivoiriens comme la mission de l’ONUCI, nous féliciter d’avoir travaillé ensemble pour y arriver. Malheureusement, la tournure que les choses ont prise depuis quelques semaines nous met tous dans une posture assez difficile. Comment voulez-vous que nous qui avons passé ces années ici à travailler aux côtés des ivoiriens pour qu’on sorte de la crise, puissions nous trouver dans une situation où c’est nous qui allons porter et pointer nos armes contre les ivoiriens? Non ! D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’affrontement de militaires à militaires. Qu’on crée des situations où un militaire Onusien doit tirer sur un enfant, sur une femme. Tout simplement parce qu’on les a amassé sur notre route. Et que pour pouvoir passer nous soyons obligés de tirer. Non, nous ne le ferons pas ! Le personnel des Nations Unies qui est ici a un sens élevé de sa responsabilité à l’endroit des Ivoiriens, compte tenu de la mission qui nous a été impartie par la communauté internationale. Souvent on nous taquine, en nous disant vous êtes ici pour rouler dans des voitures, ceci cela. Je peux vous dire qu’être un personnel de l’ONUCI n’a pas toujours été facile dans les conditions qui ont prévalues dans ce pays depuis que nous sommes arrivés. Des jeunes gens d’une vingtaine d’années, des moins jeunes d’une soixantaine d’années, qui se trouvent éloignés de leur famille pour des durées relativement longues. Qui vivent pour certains dans des conditions précaires. On a l’impression que chacun a une voiture, alors qu’en réalité, on a beaucoup de collègues qui n’ont pas de moyens de déplacement, sauf en groupe. Vivre dans de telles conditions et qu’à la fin de six ans, et sept ans, ceci soit la reconnaissance que nous avons. Nous estimons que c’est injuste. Cela dit, c’est de manière réfléchie que nous préférons ne pas nous prévaloir de ce que nous avons évoqué comme étant les bases juridiques et techniques. Nous avons une force de frappe suffisamment forte pour pouvoir frapper. Mais ce n’est pas une option que nous préférons. Le faire serait de refuser, peut être anéantir nous-mêmes, ce que nous avons ce que nous avons essayé de faire au cours des six sept dernières années. Nous espérons tout simplement qu’avec le temps les passions vont descendre, s’apaiser. Et qu’encore une fois nous puissions travailler comme les accompagnateurs de ce processus que nous avons toujours cherché à être.
Désiré Kanon (APTV) : Tout récemment à la télévision nationale, la RTI, les Forces de défense et de sécurité ont accusé les agents de l’ONUCI d’avoir tiré sur leur voiture qui était en patrouille. Cela s’est soldé par la mort d’un de leurs éléments. Alors nous voudrions être situés sur cet aspect ?
HT : Nous n’avons pas été saisis directement par cet incident. Mais nous savons que le samedi à 1H15mn du matin, il y a eu un groupe d’hommes armés qui étaient à bord d’une voiture. Ce groupe a suivi une patrouille de l’ONUCI qui rentrait et ce groupe a tiré sur le mur d’enceinte de Sebroko, que vous avez en face de vous, et la sentinelle a riposté. Elle a été contrainte de riposter. Les assaillants ont fui d’après tous les témoignages que nous avons reçus ici. Et nous ne savons pas de quel bord ils appartenaient ces assaillants. Parce qu’ils ont fui. Ils avaient des pantalons militaires et des tee-shirts donc on ne pouvait pas savoir si c’était des tenues des FDS ou pas.
Ama Boateng (Al Jazeera): I am very sorry, we missed the beginning of your press conference. If you wouldn’t mind, please, there are other people who missed the very beginning. Would you mind just giving us a summary of your key points?
SM: OK. I’ll try to do that and be as brief as I can. We all are witnessing a degeneration of the human rights situation in Côte d’Ivoire since the proclamation of [the results of] the second round of the presidential election that was held on the 28th of November, and events that have followed ever since, especially the attempted march of the RHDP that was to have been organised on the 16th [of December]. We regret that even though that attempted march was to be a one-day event, the sequel over the past seven days has led to serious human rights violations in various neighbourhoods in Abidjan, whether they are inhabited by Ivorians or visitors to the country who have nothing to do with politics, who have no political ambitions and who are asking for nothing more than to be left alone, to live their lives. They are the ones who, day in day out, night in night out, since the 16th of December, are the subject of this harassment, intimidation, extrajudicial killing, arrests, detentions. Some people talk of mass graves and so on. The situation is sufficiently disturbing for everyone to take it seriously, and do something about it. And we observe, to our satisfaction, that at the highest levels on the international scene, there is this awareness. The Security Council of the UN in its last resolution highlighted the human rights situation in Côte d’Ivoire. The Secretary-General, in addressing the UN General Assembly the other day, highlighted the situation in Côte d’Ivoire. Mr Le Roy, the Under-Secretary-General for Peacekeeping, highlighted the situation. The High Commissioner for Human Rights, speaking from Geneva, highlighted the situation and, as you know, this morning there was a special session of the Human Rights Council in Geneva on the human rights situation in Côte d’Ivoire.
And at the national level, although there might be some disagreement about who is doing what and how many victims are around, so far we note that in one camp as in the other, there is recognition that serious human rights violations are taking place. We followed Mr. Laurent Gbagbo’s address to the nation the other day. He admitted there had been killings, there had been looting, there had been burning as a result of the elections of 16 December. In the camp of Mr. Ouattara, we have also received reports shared with us and we all agree that this is happening, why can’t we all work together to put an end to it? That is the question that we are asking at UNOCI. For our part, we are prepared to work with everyone to put an end to it. That begins with an investigation into the allegations that are brought to our attention so that we can, at the end of those investigations, say whether or not they are true. It is not our role to echo allegations. It is not our role to echo rumours and gossip, but it is our responsibility to verify and we have endeavoured to carry out this responsibility, and to our regret, in so many instances, we have been stopped at road blocks of the Defence and Security Forces from proceeding, thus impeding our ability to investigate and either confirm or deny these rumours and allegations. Our appeal is to everyone, to recognize that we are not going to solve the current political crisis by extrajudicial killings, by looting and burning, by illegal arrests and detentions, by forced disappearances. That is not the way out of the present political crisis. There are other ways of doing it and those ways should be followed while we are allowed to do our work so that the ordinary man and woman in Côte d’Ivoire can enjoy the peace, tranquility, security, safety that they need in order to live their lives and those of their children.
AV: Juste officiellement, est-ce que vous employez le mot « escadron de la mort» pour qualifier ce qui se passe dans les quartiers de nuit ?
SM : Non.
AV : Pourquoi vous ne l’employez pas ?
SM : Puisque pour moi personnellement je ne sais pas à quoi correspond cette appellation, ces notions.
Pauline Bax (Bloomberg): You say in many instances you have been stopped. Can you give an idea of how many instances you’ve been stopped from investigating and what are the reasons you’re being stopped? What are the reasons you’re being given? […]
SM: Well, we’ve been stopped virtually every time we’ve tried to go to the field, especially in the past four to five days. And it’s obvious that … no one gives us reasons. They say ‘you can’t go’. That’s it. So we can only guess the reason has to do with this notion that UNOCI has been notified to pack its bags and leave, so it’s like ‘what are you still doing here?’ No one gives us any reason why they stop us. We get to a roadblock manned by heavily armed elements of the Defence and Security Forces, to whom are associated hooded people whom we don’t know, and in some cases civilians, including children, who would be tomorrow described as collateral damage if we were to try to force our way; and we prefer not to cause such collateral damage, as it is cynically described by some; so we turn around and come back, hoping that, down the line, reason will prevail and that we’ll be allowed to do our work.
PB: Just one more question. Have other human rights departments of the UN […] had similar experiences in other countries or is this the first time you’ve been stopped from investigating?
SM: Well, there have been instances in the Congo, especially in areas that were under the influence of […] terrorist groups and militia and so on. Now what is different here is that, as far as we are concerned, we are dealing with regularly constituted defence and security forces even though we observe that at those checkpoints, they are being accompanied, as I said, by individuals who may not exactly fit that description, but our immediate vis-a-vis in this country is regularly constituted defence and security forces and that makes the situation different from dealing in the Eastern Congo or somewhere else with warlords and other hors la loi.
DK: Thank you, Mr Simon. The UN mandate in Ivory Coast has been extended to up to six months. So what will you do if the security forces keep on stopping you from doing your job throughout those six months?
SM: Well, that’s not a question for me to answer. We are here to work. And as long as we are here we’ll continue to work, but if there were ever to come a time when we are not able to work while still here, I’m sure that the competent UN bodies would examine the issues and decide what to do next.
DC: There’ve been allegations from the Ouattara camp that these mysterious hooded figures you’ve talked about at the barrages [check points] are mercenaries from Liberia or Angola. Do you have any evidence to back up this theory? Have you heard anyone speaking Portuguese or English? Do you have any reason to believe that there are non-Ivorian combatants involved in some of these incidents that you are talking about?
HT: Yes, our patrols have met a group of people speaking English and claiming to be Liberians. Of course we do not have …
DC: Were these people associated with the FDS? Were they on their own?
HT: On their own, at night. In Abidjan.
DC: Armed?
HT: Armed, yes. Heavily armed.
DC: Rocket launchers?
HT: Heavily armed. OK. Merci beaucoup, Thank you, à la semaine prochaine.
SOURCE
Mission of UN in Côte d’Ivoire
