RD Congo / Le journaliste Robert Shemahamba passera-t-il Noël dans les cachots de services de renseignements ?
KINSHASA, République démocratique du Congo (RDC), 23 décembre 2010/African Press Organization (APO)/ — Reporters sans frontières dénonce avec vigueur la détention arbitraire, depuis le 17 décembre 2010, de Robert Shemahamba, directeur de la Radio-Télévision Communautaire Mitumba (RTCM) et correspondant de l’agence Syfia Grands Lacs. Le journaliste est détenu dans un cachot de l’Agence nationale des renseignements (ANR), à Uvira, dans la province du Sud-Kivu (est du pays). Jusqu’à ce jour, les démarches de l’organisation pour le faire libérer sont restées sans succès.
Depuis le 20 décembre, Reporters sans frontières s’est entretenue à plusieurs reprises avec l’administrateur du territoire d’Uvira, Wabunga Singa, qui a affirmé que le journaliste serait rapidement libéré – “dans les heures qui viennent”, dit-il. Ces déclarations n’ont connu aucune suite. Quant au chef provincial de l’ANR pour le Sud-Kivu, il se trouve pour l’instant à Kinshasa et dit ne rien pouvoir faire avant son retour dans l’est du pays.
Puisque les autorités les plus proches de cette affaire font preuve de mauvaise foi et d’immobilisme, en promettant la libération du journaliste mais en n’engageant aucune action, nous demandons au ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mendé Omalanga, ainsi qu’au au vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu, de s’emparer du dossier. Il est urgent de faire libérer ce journaliste, d’abord pour réparer l’injustice qui lui est faite depuis bientôt une semaine, mais aussi parce que son état de santé se détériore.
D’après les informations recueillies par Reporters sans frontières, Robert Shemahamba est affaibli et souffre de diarrhées. Ses geôliers lui refusent toute visite et l’accès à des soins médicaux.
Le 12 décembre dernier, le journaliste avait animé l’émission ”Franc parler” au cours de laquelle les invités ont critiqué le discours du président Joseph Kabila à la nation et la construction du stade d’Uvira, dont s’occupe l’administrateur adjoint du territoire en charge des finances, Victor Chomachoma, soupçonné de corruption.
Le lendemain, Robert Shemahamba a été convoqué au parquet de grande instance d’Uvira et entendu le procureur de la République. Il était accusé par Victor Chomachoma d’”insulte et outrage à sa personne et à la personne du chef de l’Etat”. Convoqué à l’ANR le 17 décembre, il y a été placé en détention.
Le journaliste Dominique Kalonzo, correspondant à Uvira pour la station privée Radio Maendeleo basée à Bukavu, est recherché par l’ANR pour avoir participé à la même émission. Il vit, depuis le 17 décembre, en clandestinité. Sa maison a été perquisitionnée et est désormais encerclée par des agents des services de renseignements qui menacent d’arrêter sa femme si le journaliste ne se rend pas.
Le week-end dernier, des manifestations ont été organisées dans le territoire d’Uvira pour demander la libération de Robert Shemahamba. Les manifestants ont été brutalement dispersés par les forces de police. La section du Sud-Kivu de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) a publié un communiqué fustigeant le sort réservé à Robert Shemahamba et Dominique Kalonzo et demandant la libération du premier.
Depuis le 20 décembre 2010, trois radios communautaires d’Uvira ont entamé des programmes spéciaux pour témoigner leur solidarité avec Robert Shemahamba. Les émissions ont été suspendues et les radios ne jouent que des chansons thématiques en rapport avec la détention du journaliste. Le 24 décembre 2010, les journalistes d’Uvira organisent un sit-in devant le bureau de l’administrateur du territoire.
Reporters sans frontières apporte son soutien à toutes ces initiatives locales, qui doivent intensifier la pression sur les responsables de la détention du journaliste.
SOURCE
Reporters without Borders (RSF)
