
M. Jara, DGA, inaugure une chaire de l’OMC à l’Université Mohammed V-Souissi au Maroc
RABAT, Maroc, 19 mai 2010/African Press Organization (APO)/ — Lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Rabat (Maroc), le 17 mai 2010, le Directeur général adjoint Alejandro Jara a accueilli l’Université Mohammed V-Souissi dans le Programme de chaires de l’OMC pour les pays en développement. Cet événement, signe de reconnaissance pour l’Université, encourage ses étudiants et ses chercheurs à s’intéresser plus activement à l’OMC, “pièce maîtresse de la gouvernance mondiale”, a-t-il indiqué.
“C’est un grand plaisir pour moi d’être ici aujourd’hui à l’Université Mohammed V, première Université créée au Maroc au lendemain de l’Indépendance et qui a été pionnière dans la formation de nombreuses personnalités qui ont fait et continuent de faire l’histoire du pays; Nul ne peut ignorer que Sa Majesté le Roi du Maroc fut parmi les illustres étudiants ayant fréquenté les bancs de cette Université. Il n’y a pas de meilleur endroit pour lancer la Chaire OMC qu’au sein de cette prestigieuse institution.
Le choix de l’Université Mohammed V-Souissi, pour lancer le programme de la Chaire OMC est une évolution naturelle d’une coopération fructueuse et mutuellement avantageuse, établie depuis quelques années ou l’Université a été un acteur très important dans nos programmes d’assistance technique et de formation, notamment ceux organisés en faveur de l’Afrique francophone.
Il y a seulement quelques années, plusieurs promotions d’officiels représentants les gouvernements de cette région s’installaient au Maroc pendant quelques semaines pour étudier dans le détail les différents Accords et règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. A cet égard, l’Université a apporté beaucoup d’aide à l’OMC non seulement au niveau logistique mais également au niveau de la substance. Le corps académique de l’université a amplement participé au partage des connaissances au sujet règles commerciales multilatérales dans le cadre de ces cours de formations. Ce fut également, une opportunité extraordinaire de contacts et de networking avec des académiciens venant de plusieurs pays de l’Afrique francophone, qui eux aussi participaient de manière active à ces cours.
Nous sommes très heureux à l’OMC de constater également, que suite à cette expérience très enrichissante, l’Université ne s’est pas arrêté à ce point mais a plutôt misé sur l’avenir, en instaurant un Master qui a une vocation de former des jeunes marocains aux différentes nuances et subtilités du Commerce International et de l’OMC. Déjà quelques promotions ont été formés et je pense que quelques diplômés sont déjà recrutés dans des institutions ayant trait au commerce international.
Il est certain que dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, les défis économiques sont d’une telle envergure qu’ils méritent de tous les pays, et les pays émergents comme le Maroc en particulier; un effort central sur des ressources humaines ayant les capacités d’analyse et d’innovation et capables d’insuffler des dynamiques vertueuses pour les économies de leur pays.
C’est le genre de résultats et de projets que nous sommes heureux de soutenir chaleureusement et je pense que la Chaire OMC vient à point nommé pour renforcer cette dynamique.
Le Maroc grâce à ces capacités humaines reflète à l’international l’image d’une économie émergente ouverte et pleine de dynamisme. Des réformes importantes sont entreprises et des grands projets structurants sont en cours de réalisation que ce soit le grand port en eaux profondes de Tanger Méditerranée, les différents plans structurants des pans entiers de l’économie comme “le Maroc vert” en Agriculture ou “Émergence” dans l’Industrie ou l’ambitieux programme de dynamisation des exportations. Tous ces projets s’appuient, à n’en pas douter, sur des femmes et des hommes capables de les porter et qui ont besoin d’être formés adéquatement. Le rôle des institutions académique est central à ce propos.
L’OMC a conçu le programme des Chaires en 2009, une année ou l’économie mondiale a été mise à rude épreuve, comme elle l’a rarement été ces 70 dernières années. Ce n’est pas une coïncidence; la crise a été une manifestation des défis mondiaux auxquels nous faisons face actuellement. Ce fut également un test de la capacité de la communauté internationale à s’attaquer à ce genre de problèmes. Cette crise a aussi souligné le rôle crucial de la coopération et de la gouvernance à l’échelle planétaire pour réaliser la croissance et créer des emplois.
Tous les pays ont été affectés, même si certains ont mieux résisté que d’autres grâce, en partie, à une bonne gestion macro-économique. Je suis heureux de constater qu’au Maroc et en dépit de la crise, la croissance a pu être maintenue aux alentours de 4.7% en 2009, les prévisions demeurent aussi positives pour les deux prochaines années. Votre pays a globalement su bien gérer cette crise mais il faudra rester vigilant.
Il semble que l’économie mondiale commence maintenant à sortir de la crise, quand bien même il serait imprudent d’affirmer que tout est rentré dans l’ordre et que nous pouvons continuer comme si de rien n’était. La reprise naissante est encore fragile. Nous devons mener à bien certaines réformes du secteur financier, gérer des stratégies de sortie de crise pour éviter l’inflation et l’accumulation dangereuse de la dette souveraine, tout en nous gardant de retomber dans le fossé dont nous venons de sortir, et résoudre le problème grave du chômage qui, je le crains, restera obstinément élevé pendant quelque temps, même si tout va bien par ailleurs.
La comparaison entre l’évolution de la production et de la croissance l’an dernier et nos prévisions pour cette année est frappante. La production a diminué en volume de 2,3 pour cent l’an dernier et le commerce de 12 pour cent, ce qui est beaucoup. On s’accorde à prévoir pour 2011 une croissance positive de 2,9 pour cent de la production, et nous venons juste de publier nos estimations de la croissance du commerce mondial, soit un rebond de près de 10 pour cent en 2010. Certes, cela part d’un niveau modeste, mais la reprise n’en reste pas moins très prometteuse.
Le 21 avril dernier, le FMI a revu à la hausse ses prévisions pour la croissance de l’économie mondiale, cette croissance sera de +4,2 % en 2010 et de +4,3%, en 2011. L’économie de la planète est littéralement coupée en deux. Les pays dits avancés connaîtront une croissance molle de 2,3 % et 2,4% respectivement en 2010 et 2011.
Les pays émergents et pays en développement ont, quant à eux, renoué avec une croissance “vigoureuse mais durable” de +6,3 %, en 2010, et de +6,4 %, en 2011, toujours selon le FMI. Pour le Maroc ces prévisions sont assez bonnes et la croissance devrait osciller entre 4 et 5% entre cette année et 2011.
En comparaison du passé, la contraction de l’économie pendant les deux dernières années a pris des proportions alarmantes. Pendant un certain temps, on ne savait vraiment pas comment l’économie mondiale s’extirperait de ce qui pouvait devenir une chute libre. Pourtant, si nous comparons cette crise avec celle des années 1930, la rapidité de la reprise a été cette fois remarquable. Elle est certainement en partie imputable au fait que nous avons appris à mieux gérer l’économie. Je pense cependant que ce n’est pas la seule raison. En ces temps-là, nous n’avions pas les institutions pour la coopération internationale que nous avons aujourd’hui.
Je pense, en particulier, aux relations commerciales et à l’OMC. Dans les années 1930, tout comme pendant la crise récente dont, apparemment, nous avons réussi à amorcer la sortie, le commerce n’était pas une cause immédiate de la contraction économique. Toutefois, à ce moment-là, une propagation du protectionnisme et de politiques commerciales introverties ont prolongé et aggravé la récession. Cela ne s’est pas produit cette fois-ci. Nous vivons certainement aujourd’hui dans un monde plus tributaire du commerce et les gouvernements auraient certainement réfléchi à deux fois aux incidences d’un rejet du commerce. Je suis cependant certain que l’existence d’un mécanisme institutionnel de règles régissant le commerce international a aussi joué un rôle vital.
Face à la crise, l’OMC a réagi de plusieurs façons et sur plusieurs fronts, pour d’un coté, assurer que les flux commerciaux ne soient pas obstrués au niveau mondial, notamment par le manque de financement disponibles pour les exportateurs surtout dans les pays en développement. D’un autre coté il fallait surveiller de manière collective et de très prés, les mesures prises par les gouvernements de nos pays membres dans le cadre de la crise, le but étant d’éviter toute tendance protectionniste.
Nous savons tous que les gouvernements peuvent faire des choses pour restreindre le commerce sans contrevenir à leurs obligations dans le cadre de l’OMC, mais les règles établissent une ligne au-delà de laquelle il n’est pas possible d’aller sans casser le système et surtout, selon moi, l’OMC a créé une culture de coopération. Les règles commerciales ont résisté aux pressions protectionnistes mais nous devons maintenant faire en sorte que cette culture de coopération permette de conclure le Cycle de Doha. Nous devons faire en sorte que les règles de l’OMC, qui sont un bien public international, soient améliorées et actualisées. Ne pas le faire pourrait coûter cher au niveau mondial.
Le cycle de Doha, qui est déjà le plus long de l’histoire des négociations commerciales multilatérales et également l’une des séries de négociations les plus ambitieuses. Ce n’est pas fortuit que ce cycle est le premier cycle de négociations intitulé “Cycle du Développement”; tant la problématique développement est au centre des préoccupations. Il est vrai que la vie de ce cycle n’a pas été des plus faciles et d’aucuns qui voudraient déjà l’enterrer, je dis prudence. Car même s’il ne sont pas apparentes, des avancées ont été réalisées. Le corpus de décisions et de compromis, réalisés en Juillet 2004, à la Conférence Ministérielle de l’OMC de Hong Kong en 2005 ou même lors la controversée réunion de Juillet 2008, dépassent déjà de loin les résultats du cycle d’Uruguay.
Mais essayons de ne pas perdre de vue l’importance de ce Cycle pour l’économie mondiale. Un succès des négociations du Cycle de Doha permettrait vraiment de renforcer le système commercial multilatéral et d’offrir à tous les pays, développés ou en développement, de nouvelles occasions de combler leurs aspirations et de jouer un rôle plus constructif dans l’économie mondiale. L’aboutissement du Cycle de Doha permettra de corriger certaines des distorsions du système commercial qui perdurent et d’appliquer des règles uniformes à tous. Cela établira également de meilleures bases pour une gestion multilatérale plus efficace des problèmes, qui prendra de l’ampleur au fil du temps.
Tout aussi important que la volonté de conclure le Cycle de Doha est l’interaction entre commerce et développement économique. L’ouverture des marchés et la libéralisation est certes très importante mais le commerce n’est pas une panacée en soi. C’est un instrument très utile qui doit être utilisé effectivement en même temps que de nombreux autres ingrédients de la politique générale publique. Le commerce ouvert a besoin d’un certain contexte pour porter ses fruits. Les avantages du commerce se concrétisent dans un environnement où d’autres conditions sont réunies. Il s’agit notamment des investissements nécessaires dans l’infrastructure et les institutions. Des mesures et des politiques économiques adéquates ainsi que des infrastructures, susceptibles de porter la compétitivité du pays, sont les ingrédients d’un mélange ou d’un “Mix” qui permet au commerce de porter ses fruits. Le renforcement des capacités est une partie importante de ce “Mix”. Pour cette raison, l’OMC n’a cessé de renforcer et de développer son métier d’Assistance technique et de formation.
L’établissement de partenariats entre le Secrétariat de l’OMC et les milieux universitaires s’occupant de politique commerciale dans les pays Membres est au cœur des activités d’assistance technique et de formation de l’OMC. Les activités conjointes de renforcement des capacités permettent à la fois d’améliorer la capacité de l’OMC à former des fonctionnaires nationaux, de renforcer les capacités institutionnelles et humaines nécessaires pour une telle formation dans les pays en développement, de contribuer à l’élaboration de programmes d’études concernant l’OMC dans les établissements d’enseignement supérieur, et de promouvoir la recherche sur les questions liées à l’OMC en vue de renforcer les capacités de négociation nationales et régionales.
Quatorze chaires de l’OMC ont été établies au niveau mondial dans le cadre d’un processus de sélection auquel était associé un conseil consultatif externe. Le fait que l’université Mohammed V-Souissi ait été sélectionné pour ce programme témoigne bien de son niveau de compétence. L’attribution de cette chaire montre aussi que les milieux universitaires marocains, à l’image du gouvernement, cherchent profondément à comprendre les principaux aspects pratiques de la politique commerciale internationale.
Le Programme de chaires de l’OMC accorde aux institutions bénéficiaires un soutien financier pendant une période de quatre ans. Il favorise l’instauration de relations durables entre ces institutions et d’autres groupes de réflexion du monde entier. Les institutions auxquelles une chaire a été attribuée sont censées mieux faire comprendre aux étudiants, à la société civile et aux autres parties prenantes les questions intéressant la politique commerciale, diffuser les résultats de leurs recherches, promouvoir le débat sur le commerce international et la coopération commerciale, et contribuer de manière analytique à la formulation et à la mise en œuvre des politiques commerciales. Elles agissent également en tant que partenaires du Secrétariat de l’OMC pour organiser des activités d’assistance technique.
Le projet de l’Université Mohammed V-Souissi est assez ambitieux, il a pour objectif d’utiliser la chaire comme un catalyseur pour susciter davantage d’intérêt et de recherche en ce qui concerne le commerce international et l’expérience marocaine à l’OMC. La Chaire oeuvrera également pour plus de rapprochement entre l’Université, son corps académique, les étudiants, les départements ministériels et le secteur privé. Des actions de proximité et de formation sont également prévues pour les fonctionnaires ou même à l’intention de la société civile.
Je voudrais chaleureusement féliciter le Président de l’Université Mohammed V-Souissi, Monsieur Chkili; le Doyen de la faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Monsieur Berjaoui ainsi que le titulaire de la Chaire et Vice-doyen de la faculté Monsieur Ghoufrane pour leur abnégation et leur soutien à ce programme.
Mesdames et Messieurs,
J’ai l’immense honneur de déclarer officiellement l’inauguration de la Chaire de l’Organisation Mondiale du Commerce au sein de l’Université Mohammed V-Souissi. Cette Chaire est une reconnaissance de la valeur que nous attachons à votre Université ainsi qu’au sérieux et au dévouement de votre corps enseignant. C’est aussi un encouragement pour vos chercheurs et vos étudiants à s’intéresser davantage aux questions commerciales multilatérales et à l’OMC, qui est une pierre importante dans l’édifice de la gouvernance mondiale.
Je vous souhaite beaucoup de succès et je vous remercie de votre attention.”
SOURCE
World Trade Organization (WTO)
