
Discours de M. Le Président de la République à la Cité de la Démocratie (Gabon)
LIBREVILLE, Gabon, 25 février 2010/African Press Organization (APO)/ — Cité de la Démocratie
Libreville (Gabon) – Mercredi 24 février 2010
Monsieur le Président de la République, Mon cher Ali,
Chers amis,
Alors voilà que tu as repris une expression populaire française. Moi j’en connais une ici que l’on emploie dans les quartiers populaires : « On dit quoi ? ». On dit : « On est ensemble ! ».
C’est en ami que je viens pour la troisième fois depuis mon élection dans ce lieu au nom symbolique
de Cité de la Démocratie, d’abord transmettre au peuple gabonais le salut fraternel du peuple français.
Je viens à votre rencontre alors que votre pays a vécu, il y a six mois, dans le contexte douloureux de
la disparition du Président Omar Bongo Ondimba, quelques semaines seulement après celle de son
épouse Edith, un moment fort de son histoire.
La solidité de vos institutions s’est alors trouvée mise à l’épreuve. Et comme toute grande échéance
politique, l’élection présidentielle du 30 août 2009 a donné lieu à des débats animés. D’ailleurs, ceux
qui connaissent mal l’Afrique – et ils sont nombreux – et ceux qui ne l’aiment pas – il en existe –
quand il y a des débats, ils disent : « c’est grave ». Et quand il n’y a pas de débat, ils disent : « c’est
pire » ! Quel est le choix pour l’Afrique ? Ces débats ont engendré des frustrations, des contestations,
j’ai pu en juger moi-même.
Mais ce que l’Histoire retiendra avant tout, c’est que le peuple gabonais a témoigné, ce 30 août, d’une
très remarquable maturité. Ce jour là, grâce au peuple gabonais, le Gabon a confirmé son ancrage à la
démocratie et franchi avec succès une étape essentielle de sa vie politique.
J’ai entendu certains jugements extérieurs au Gabon, je les ai trouvé injustes et déplacés. Et lorsque
l’on voit ce qui se passe ou plutôt ce qui ne se passe pas dans d’autres pays, on peut dire que le Gabon
n’a pas à rougir de la dignité de son peuple au moment où il a fallu assurer la succession du Président
Bongo.
Je veux d’ailleurs, Cher Ali, dire à Madame Rose Francine Rogombé combien la France veut rendre
hommage à la qualité de son interim.
Cette maturité démocratique, cette solidité des institutions, sont l’expression du sentiment d’unité
nationale que vos prédécesseurs, Monsieur le Président, se sont attachés à forger depuis 50 ans.
Vous avez évoqué le nom du Président Léon Mba, qui invitait ses compatriotes à « penser gabonais »
et à l’époque, c’était d’une modernité extraordinaire. Ce qui paraît évident aujourd’hui était un acte
visionnaire.
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Son successeur – Omar Bongo Ondimba- avait le souci constant du dialogue, une volonté farouche de
dépasser ce qui divise, de rapprocher et de rassembler, à l’intérieur du Gabon et à l’extérieur. Il
n’aurait pas eu d’ailleurs l’aura internationale qui était la sienne s’il n’avait pas eu cette obsession du
rassemblement.
Oui, avec Bernard Kouchner, avec Alain Joyandet, nous avons tenu à débuter ma visite en me
recueillant ce matin, à Franceville, devant sa sépulture. Vous savez, mes chers amis, je n’aime pas trop
cette attitude qui consiste à être très amis lorsque les gens sont au fait et à oublier lorsqu’ils ont des
problèmes ou lorsqu’ils ne sont plus. C’est si fréquent dans la vie politique française et gabonaise que
nul n’a à se donner des leçons, mais j’ai pensé que le Président Omar Bongo Ondimba a été pour
beaucoup dans l’unité du Gabon, a été pour beaucoup dans la solidité des institutions. Tout n’est pas
parfait. Qui peut dire d’ailleurs que dans son mandat, dans son activité, dans son histoire, il n’y a que
des réussites ? Mais il avait l’obsession de réconcilier les Gabonais, d’assurer votre unité et de poser
des fondations solides. Cet homme était passionné du Gabon, passionné de l’Afrique. J’ai eu, comme
beaucoup d’autres, de longues conversations avec lui et je considérais qu’il était respectueux pour le
peuple gabonais et respectueux pour la mémoire de votre défunt Président que d’aller nous incliner
devant sa sépulture, parce que je sais qu’en Afrique, le respect, c’est une idée qui compte et les
anciens ont une place qui fait d’ailleurs la grandeur de l’Afrique. Nous n’avons pas qu’à vous donner,
nous avons à prendre chez vous et le respect dont vous entourez les plus anciens dans votre société,
nous serions bien inspirés de retenir cette leçon de l’Afrique à toute l’Europe.
Monsieur le Président, votre projet, un Gabon prospère, créateur d’emploi, de richesses, un Gabon
plus juste – c’est vous qui l’avez dit – dans lequel les fruits de la croissance seraient mieux répartis, ce
projet là, la France sera à vos côtés pour vous aider totalement et complètement car il y aurait une
singulière incohérence à dire : « voilà dans quelle direction l’Afrique doit aller », mais surtout, nous
nous contentons de dire et jamais d’accompagner. Moi, je souhaite que l’on dise un peu moins et que
l’on accompagne un peu plus.
Alors, c’est un engagement que la France prend devant vous. Nous avons un long
compagnonnage avec de grandes figures et de grands événements.
Jusqu’en 1960, il y a la colonisation. Le mot est prononcé. On ne résout aucun problème en ne parlant
pas des problèmes, en n’évoquant pas les questions. Cette époque a eu sa part d’ombre, en Afrique et
ailleurs. J’ai eu l’occasion de dénoncer les fautes et les crimes commis dans cette entreprise.
Mais dans cette ombre, il dut y avoir aussi plus de lumière qu’on ne croit, puisqu’au seuil de
l’Indépendance certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation. Heureusement, il en
fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et
c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais.
Depuis lors, notre dialogue s’est renforcé. Nous avons la complicité de la langue mais j’ai bien
conscience, Cher Ali, que nous devons repenser la francophonie, son organisation, sa signification. Si
elle est tournée vers le passé, elle n’a aucun sens. Elle doit, la francophonie, se tourner vers l’avenir,
vers le concret, arrêter d’être en permanence d’un côté dans un droit qui n’existe pas, de l’autre, dans
une forme d’amertume, de regret ou d’insatisfaction. Nous avons la langue en commun, nous avons
une histoire en commun, nous avons une culture en commun et notre relation, tout au long du demi
siècle écoulé, ne peut être comparée à aucune autre.
Votre Président a eu des mots forts. Eh bien, à moi d’essayer d’être à la hauteur des mots qu’il a eus.
D’abord, je viens en ami, mais notre relation bilatérale n’est pas exclusive. La France, comme le
Gabon ont diversifié leurs partenaires et c’est tant mieux. Il ne manquerait plus que le Gabon n’ait
qu’un seul partenaire et que la France n’ait qu’un seul ami. Quel appauvrissement !
La notion de partenariat exclusif – et dès que vous discutez avec quelqu’un, on devrait s’en sortir
blessé – c’est une idée qui n’a plus aucun sens et elle n’est pas conforme à l’amitié.
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Moi, je veux le dire, il n’existe plus de pré-carré et je ne le regrette pas. Il n’existe pas plus de
pré-carré en Afrique pour la France que d’électeurs en France qui seraient destinés à être
opposés à nous ou à être favorable à nous de la naissance civique à l’arrêt du vote. Ce sont des
conceptions d’un autre temps.
Il y a des relations objectives de refonder – puisque c’est ce qu’a dit le Président – de refonder
une relation privilégiée entre nos deux pays. Voilà les mots qui comptent à mes
yeux. Refonder, oui, cela est un besoin : dépoussiérer, moins de mauvaises habitudes, des
projets plus concrets. Une amitié privilégiée.
Cette refondation, nous souhaitons, le Président et moi, qu’elle soit exemplaire.
C’est donc un nouveau contrat que je suis venu vous proposer, un nouveau contrat basé sur une
relation décomplexée. Nous parlons d’égal à égal. Vous êtes un pays attaché à votre indépendance,
nous aussi. Vous êtes un pays moins nombreux en démographie, moins puissant économiquement. Il
n’en reste pas moins que quand nous parlons, nous devons parler d’égal à égal. Avec un partenariat
stratégique.
Ce partenariat stratégique, je souhaite qu’il regroupe tous les domaines. D’abord celui du dialogue
politique. Oui, Monsieur le Président, le Sommet de Copenhague fut votre premier grand sommet
international. On peut dire que vous avez été gâté. Ce fut une exposition de tout ce qu’il convenait de
ne pas faire, vous avez pu le voir en une fois. Mais vous avez joué un rôle puisque vous étiez dans le
groupe des 28 qui a travaillé toute la nuit. Et à ce moment-là, il ne s’agissait pas de savoir si le Gabon
était plus petit, ou pas, que la France. Il y avait le Gabon, la France et l’ensemble des pays d’Afrique
qui se battaient pour que Copenhague ne soit pas un désastre et que l’Afrique ne soit pas sacrifiée,
parce que quelques grands émergents avaient voulu ne pas faire l’effort nécessaire pour que l’Afrique
bénéficie de la solidarité à laquelle elle avait droit. Donc, oui, un dialogue politique avec ce Gabon,
membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’est la première chose que je suis venu vous
proposer. Travaillons ensemble, main dans la main. Vous pouvez nous amener beaucoup.
Je souhaite également évoquer les questions de sécurité et de défense. La présence militaire française
sur le continent africain, elle repose toujours sur des accords conclus il y a maintenant cinquante ans,
dans un contexte radicalement différent puisque c’était le contexte de la décolonisation et de la guerre
froide, où chacun était sommé de choisir son camp. Ce contexte a totalement changé.
Nous avons l’accord du 17 août 1960, sur le 6ème BIMA, qui est un élément majeur de notre
coopération militaire. Et je sais parfaitement que nous sommes à vos cotés en République
centrafricaine où elle assure le soutien de la MICOPAX, que pilote le Gabon.
Moi je souhaite que nos accords de défense soient maintenant d’une totale transparence. Il n’y a pas à
accepter le secret en la matière. L’accord que nous signons sera déposé sur les bureaux de nos deux
parlements et ces accords seront publiés et il n’y aura pas de clause secrète. Nous sommes ici parce
que vous le souhaitez, nous avons un travail pour aider à la formation de vos forces armées. Nous
voulons travailler dans la transparence, dans l’équilibre, main dans la main avec vous. Voilà ce que
nous souhaitons faire, ni plus, ni moins. Et il n’y a rien à cacher et cette transparence doit permettre
d’en finir avec les clichés, les fantasmes et les procès d’intention. Et franchement, Monsieur le
Président, que le premier accord que nous signons soit avec le Gabon montre que ce que vous dites,
vous le faites. Et, je soutiens, par ailleurs, sans réserve la participation du Gabon à l’Initiative pour la
Transparence des Industries Extractives.
J’ai beaucoup apprécié ce que vous avez dit lorsque vous avez dit : « il faut arrêter de mettre nos
manquements – pour reprendre vos expressions – sur le dos exclusif des autres ». Des manquements,
chacun d’entre nous en a dans son histoire et dans son présent. Mais les manquements, c’est à chacun
d’entre nous de faire le ménage chez nous. C’est comme cela que l’on construira un avenir pour
chacun de nos peuples. Et que vous le disiez cinq mois après votre élection, renforce le sentiment que
j’ai pour vous.
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Il y a la question migratoire. Nous avons un accord du 5 juillet 2007. Nous avons quelque 3.000
étudiants gabonais en France qui ont la possibilité de séjourner dans notre pays pour y acquérir, après
l’obtention de leur diplôme, un complément de formation. Je le dis comme je le pense, nous sommes
prêts à accueillir davantage d’étudiants gabonais, cela ne pose pour nous aucun problème, à la
condition que les étudiants gabonais qui bénéficient d’une bourse comprennent que l’objectif du
Gabon, c’est que ses élites reviennent au pays pour participer au développement de ce pays. Sinon,
cela ne peut pas marcher.
Vous aider à former vos jeunes, nous sommes d’accord. Leur permettre d’avoir une première
expérience professionnelle, nous sommes d’accord. Mais nous ne voulons pas piller les élites de
l’Afrique et je le dis comme je le pense, il n’est pas normal qu’il y ait en France plus de médecins de
tel ou tel pays africain que dans tel ou tel pays dont ces médecins viennent, ces pays ayant besoin de
leurs élites. Dire cela, c’est souhaiter un partenariat équilibré avec l’Afrique.
Nous allons le compléter par un accord sur les échanges de jeunes professionnels entre la France et le
Gabon, qui permettra à des jeunes d’aller acquérir dans l’autre Etat une expérience professionnelle
dans une totale égalité de traitement. Totale égalité de traitement puisque nous validons les formations
d’un côté comme de l’autre. Commençons par une centaine, ayons des objectifs qui nous permettent
d’aller beaucoup plus loin. La seule condition que nous posons, c’est l’établissement d’une
coopération renforcée dans la lutte contre l’immigration clandestine. Nous n’avons pas à tolérer ces
réseaux d’esclavagistes des temps modernes qui profitent de la misère humaine pour gagner de
l’argent sur leur dos.
Par ailleurs, Monsieur le Président, la France entend très concrètement accompagner votre ambition
autour du « Gabon vert », du « Gabon industriel » et du « Gabon des services ». Je trouve que ce plan
est parfaitement cohérent, nous allons nous engager dans la préservation de votre environnement.
Nous sommes totalement impliqués au soutien de vos légitimes propositions. Je le dis, quand le Gabon
gère de façon durable sa forêt, le Gabon rend service à la planète toute entière. Il doit donc être aidé
financièrement pour le service qu’il rend à la planète toute entière. Les pays comme le vôtre qui gèrent
la forêt – et la forêt du bassin du Congo, c’est la deuxième forêt du monde derrière l’Amazonie – vous
ne pouvez, seuls, être tenus responsables financièrement, même si votre souveraineté est la vôtre, de
l’exploitation durable de vos forêts. Le 11 mars prochain, à Paris, je compte sur le soutien du Gabon
pour que nous puissions créer avec les autres pays forestiers, le mécanisme REDD+ qui assurera la
rémunération du service que le Gabon rend à la planète.
Lors de ma première visite au Gabon, nous avions convenu avec votre prédécesseur la conversion de
dette de 60 millions d’euros, les premiers projets sont en cours d’instruction. Nous allons implanter au
Gabon, pour 9 millions d’euros, une station satellitaire, implantée au Gabon, qui permettra, avec le
concours du Brésil – premier pays forestier – , d’assurer, le suivi de l’évolution du couvert forestier
dans la région et l’évaluation périodique du stockage de carbone. Nous avons choisi le Gabon pour
l’implantation de cette station satellitaire.
Et nous travaillerons dans d’autres secteurs, l’agriculture, les infrastructures, l’éducation, la
formation professionnelle. A l’issue de cette cérémonie, nous allons signer quatre conventions
pour un total de 86,5 millions d’euros, qui constituera une illustration supplémentaire de notre
engagement. Cette démarche ne relève pas de l’assistanat. Elle est un investissement dans notre
avenir commun.
Enfin, l’Afrique, c’est bientôt un milliard d’habitants. Il y en a plus de la moitié qui ont moins de dixsept
ans. Il y a entre l’Afrique et l’Europe douze kilomètres de bras de mer par le détroit de Gibraltar.
La question de votre développement est vitale pour vous mais elle l’est tout autant pour l’Europe. La
faillite de l’Afrique sera un drame pour l’Europe. Nos destins sont liés, voilà pourquoi je souhaite que
nous vous aidions.
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Bien sûr, les Etats généraux de l’éducation sont une priorité. Nos universités vous sont ouvertes et je
pense également que nos formations françaises doivent se délocaliser de façon à vous aider au même
titre que ce magnifique Centre International de Recherches Médicales de Franceville, que j’ai visité
avec vous ce matin. Je me demande si même les Gabonais ont conscience de l’importance de ce qui
s’y passe. Vous êtes pionniers dans la recherche sur certaines maladies virales, le travail sur certains
virus. Ce qui prouve qu’à partir du moment où il y a une volonté politique, un travail en commun,
l’Etat gabonais, l’Etat français, une société comme Total implantée au Gabon, on peut avoir
l’excellence mondiale en Afrique et chez vous.
Alors, je sais bien que beaucoup repose sur les opérateurs économiques. Je remercie d’ailleurs
l’importante délégation économique qui m’accompagne. Je ferai tout pour encourager l’accroissement
des flux d’investissements français au Gabon. Je voudrais surtout, Monsieur le Président, que nous
sortions du petit jeu actuel qui consiste, pour les uns, à se plaindre que les entreprises n’investissent
pas assez, pour les autres, à se plaindre que le cadre juridique, financier et fiscal ne soit pas assez
stabilisé. Avec ce truc là, tout le monde est content, on ne sait jamais qui dit la vérité. La seule chose
qui est sûre, c’est qu’il y a de la vérité des deux côtés et que cela pénalise tout le monde, voilà. Nous
allons donc créer « conseil franco-gabonais des affaires » qui va se réunir tous les trimestres et qui
permettra de faire concrètement le point sur les faiblesses d’un côté comme de l’autre pour construire
un partenariat gagnant-gagnant qui est celui que vous avez choisi.
Il y a 160 sociétés françaises, 10.000 salariés. Tous vos grands projets d’infrastructure sont suivis par
les groupes français. Mais, mes chers amis, il faut que je dise un mot très franc aussi. Il y a une
concurrence accrue. Moi, je ne m’en plains pas et je le dis aux industriels français. Je ne m’en plains
pas parce que la concurrence dans l’économie de marché vous oblige, vous les entreprises françaises, à
donner le meilleur de vous-même. Quand il n’y a pas de concurrence, on ne donne pas le meilleur de
soi-même. Et d’ailleurs, la concurrence ne vaut pas que pour la politique, elle vaut aussi pour
l’économie. Au nom de quoi dire que la démocratie c’est bien, bien sûr, que la concurrence est
nécessaire, bien sûr, cela ne me choque pas qu’il y ait une concurrence accrue.
Il y a une deuxième raison pour laquelle cela ne me choque pas. C’est parce que les industriels et les
entreprises françaises ont souvent été les premières sur votre territoire à s’intéresser à vous à un
moment où peu de monde s’intéressait à vous. Mais le fait que d’autres viennent, des Américains, des
Chinois, moi, je ne m’en plains pas. Et vous savez pourquoi je ne m’en plains pas ? Parce que cela
prouve que l’Afrique a un avenir, parce qu’il est certains pays qui n’investiraient pas ici s’il n’y avait
pas d’avenir ici, puisqu’ils n’ont pas la même histoire commune. Et donc, cela prouve que les
industriels français ont eu raison de venir les premiers.
La seule chose que je veux dire, c’est que la concurrence doit être à arme égale.
La deuxième chose que je veux dire, c’est que beaucoup a été fait notamment pour la France, pour
désendetter l’Afrique et je le dis dans un pays qui a une dette faible et qui a un excédent budgétaire :
attention à ne pas réendetter l’Afrique alors que l’on s’est donné beaucoup de mal pour la désendetter,
cela ne serait pas un service à rendre à l’Afrique.
Enfin, j’ai beaucoup écouté ce que vous avez dit, Monsieur le Président, sur la création de valeur
ajoutée au Gabon. Et je l’ai vu notamment dans cette magnifique entreprise que nous avons visitée cet
après-midi dans l’exploitation du bois. C’est normal que vous souhaitiez la transformation sur place
des richesses locales, je pense au bois, on pourrait parler également du manganèse. Personne ne peut
vous le reprocher, simplement, je vous demande d’être attentifs à ce que les périodes de transitions ne
soient pas trop brutales, pour encourager d’autres investisseurs à venir. Il faut bien parler de tous les
problèmes.
Mais, je veux être honnête aussi. Si j’étais à votre place, avec la richesse que représente la forêt,
pendant longtemps, d’ailleurs, le peuple gabonais n’a pas perçu l’importance de cette forêt. Pendant
longtemps, vous vous êtes dits : « le tourisme, c’est pour le Kenya, c’est pour les pays de la grande
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savane, ce n’est pas pour les pays à forêts ». Et cela fait peu de temps que vous vous rendez compte
que la forêt peut être une richesse en matières premières, mais elle peut être également un lieu
fantastique pour le tourisme. Et, bien sûr que personne ne peut vous reprocher, bien au contraire, de
vouloir que le maximum de ces richesses soient exploitées sur place, transformées sur place, pour
créer une industrie dont vous avez besoin. Je me bats pour l’industrie française, je me bats pour que
des usines restent en France. Au nom de quoi devrais-je contester la même ambition pour vous, amis
du Gabon, pour vos jeunes, car naturellement, s’il n’y a pas d’industrie, où trouveront-ils, à l’avenir,
un emploi ? L’économie de rente n’est suffisante pour personne, dans aucun cas de figure.
Je voudrais également vous dire que la compagnie ERAMET répondra présente sur un grand nombre
de projets. Le groupe Rougier, je viens d’en parler. En tout cas, je le dis aux entreprises françaises,
vous pouvez compter sur l’appui du gouvernement français pour développer vos projets au Gabon.
Je le dis parce que je sais également qu’il y a le problème des banques, au Gabon aussi. Parce que les
banques installées au Gabon, il faut qu’elles contribuent davantage au financement de l’économie
gabonaise. Et oui, je comprends bien, parce que si les banques installées au Gabon, c’est simplement
pour recevoir les fonds et que les fonds restent ici le temps qu’ils soient transférés à Paris ou aux
centres, on ne peut pas prêter de l’argent aux PME et aux entreprises. Nous allons signer un protocole
d’accord dès aujourd’hui entre la banque gabonaise et l’AFD et nous mettrons un programme de mise
à niveau comparable à ceux qui ont fait leurs preuves dans les pays émergents pour que vos
entrepreneurs aient davantage accès au financement.
Mes chers amis,
Vous avez vu que je ne me suis pas strictement tenu à mon discours, parce que j’aime l’Afrique.
J’aime l’Afrique parce que c’est sans doute l’un des continents à travers le monde frappé de tant de
difficultés et de drames qui donne une leçon au monde par sa force de vie, par votre capacité à
surmonter toutes ces épreuves.
L’Afrique est la jeunesse du monde. Je n’appartiens pas à la génération de la colonisation, je n’en ai
donc pas les réseaux même si j’ai lu des livres d’histoire, mais je n’en ai pas non plus les complexes.
C’est pour cela que je viens parler franchement avec vous. Je suis sensible à l’accueil qui m’a été
réservé. Je suis sensible à l’espérance que représente pour un pays comme le votre tout ce que vous
venez de vivre. Et, je veux que vous compreniez que la France fera tout pour être à la hauteur de ces
espérances.
Je veux également vous dire les choses du fond de mon coeur. J’ai une grande confiance dans votre
Président, mais je défie quiconque de penser ou de pouvoir démontrer que la France avait un candidat
lors de la dernière élection présidentielle. Ceux qui disent cela ne connaissent pas l’Afrique et ne
connaissent pas la France.
Nous travaillons avec ceux que vous avez choisi. Il se trouve que je travaille avec grand plaisir et
beaucoup de facilité avec votre Président. Mais ma façon de vous respecter, c’est de vous laisser
choisir, de la même façon, quand il y a des élections en France, on ne vous demande pas de choisir. Et,
de la même façon, j’aurai un jour un successeur et l’histoire du Gabon et de la France survivra,
dépassera – et c’est bien ainsi – la personnalité du Président français d’aujourd’hui. Il faut inscrire ses
relations entre le Gabon et la France dans la durée, avec humilité, avec détermination et surtout, que
chacun comprenne qu’on peut se parler en confiance, qu’il n’y a rien sous le tapis, qu’il n’y a pas de
difficulté, qu’il n’y a pas de sujet tabou. C’est cette relation décomplexée, c’est ce nouveau partenariat
que je suis venu vous proposer et croyez le bien, si j’ai voulu venir si tôt après l’élection du Président,
c’est parce que j’avais conscience qu’il fallait aller vite, parce que la jeunesse du Gabon, parce que le
peuple du Gabon, ils ne veulent pas attendre, ils veulent espérer et ils veulent croire en l’avenir.
Vive le Gabon, vive la France, vive l’amitié entre le Gabon et la France.
SOURCE
Présidence de la République française
