
Soudan / Situation humanitaire au Darfour
PARIS, France, 30 mars 2009/African Press Organization (APO)/ — Actualités diplomatiques du ministère français des Affaires étrangères / Point de presse du 27 mars 2009
Le Conseil de sécurité a tenu hier des consultations sur le Darfour, en présence du médiateur ONU/Union africaine, Djibril Bassolé, et a entendu un exposé du Secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires, John Holmes.
Face au risque de nouvelle catastrophe humanitaire dans les prochaines semaines, la présidence libyenne du Conseil de sécurité a, au nom de l’ensemble de ses membres, reconnu l’urgence de préserver la continuité de l’aide humanitaire et appelé le gouvernement soudanais à revenir sur sa décision d’expulser des organisations non gouvernementales. Il s’agit d’un message clair adressé à Khartoum : les autorités soudanaises seront tenues responsables de la dégradation de la situation humanitaire.
A l’instar du Conseil de sécurité, nous demandons aux autorités soudanaises de revenir sur leur décision d’expulsion de 13 ONG internationales importantes intervenant au Darfour, qui met gravement en péril l’aide humanitaire pourtant indispensable.
Nous avons en effet pris connaissance avec une vive inquiétude du rapport d’évaluation de la situation humanitaire au Darfour établi par l’Organisation des Nations unies avec les autorités soudanaises.
La France fait sienne la conclusion de ce rapport sur l’extrême urgence de restaurer des solutions viables d’accès à l’aide humanitaire, qui pour plus d’un million de personnes se trouve dégradé, voire interrompu. La situation est en particulier extrêmement préoccupante dans les domaines de la nutrition, de l’eau et de la sanitation.
Nous saluons les efforts déployés par l’Organisation des Nations unies pour tenter de pallier ces déficits.
(Que compte faire la France pour faire revenir les ONG expulsées ?)
Il y a déjà en cours des efforts des Nations unies pour essayer de répondre dans l’urgence à certains besoins qui ne sont plus couverts par les
13 ONG importantes qui ont été expulsées. Il est évident qu’une telle expulsion aura des conséquences. Ces 13 ONG couvrant environ 50 % de l’aide humanitaire selon la nature des besoins, elles ne peuvent pas être remplacées dans un calendrier relativement court par d’autres acteurs quand on sait l’expérience, le professionnalisme la rigueur des ONG en question et quand on sait la difficulté d’intervenir dans ce type de situation.
Le Conseil de sécurité des Nations unies, sous présidence libyenne, a instamment demandé à Khartoum de revenir sur cette décision.
(Vous donnez une réponse humanitaire à une question politique.
Il est évident que l’ONU va essayer de combler les manques produits par l’expulsion de ces ONG, mais, au cas où les autorités soudanaises ne reviennent pas sur cette décision, que peut faire la communauté internationale ?)
Votre question concerne l’acheminement de l’aide humanitaire puisque cette aide est essentielle pour les populations. J’ai donc répondu précédemment à votre question. Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations unies demande instamment au Soudan de revenir sur sa décision et la communauté internationale continuera d’agir en ce sens.
(Une question sur la déclaration des autorités soudanaises hier disant qu’elles étaient prêtes à accueillir de nouvelles ONG. Est-ce que cette annonce est pour vous un pas positif pour normaliser la situation ? )
Nous savons la réelle expérience et les capacités d’action des ONG qui ont été expulsées par les autorités soudanaises. Il est absolument prioritaire qu’il y ait continuité de l’aide humanitaire et les meilleurs acteurs permettant d’assurer cette continuité sont les ONG en question, présentes sur le terrain depuis longtemps, habituées à ce type de situation. Ce travail ne s’improvise pas, ni dans les compétences dont on peut disposer, ni dans la connaissance du terrain, de la situation, la mobilisation des équipes.
La meilleure façon de maintenir l’aide humanitaire, encore une fois indispensable, c’est de faire ce que demande le Conseil de sécurité : un retour des autorités de Khartoum sur la décision d’expulsion de ces ONG.
Les autorités soudanaises ont déclaré qu’elles étaient prêtes à ce que d’autres ONG viennent sur le sol soudanais, je n’ai pas l’impression qu’aujourd’hui, beaucoup d’ONG se soient signalées comme étant capables de compenser le départ des ONG qui ont été expulsées du pays.
(Comment réagissez-vous à l’annonce par le gouvernement soudanais du retour de certaines ONG qu’il aura préalablement choisies ?)
Qu’il y ait d’autres ONG présentes au Soudan n’est pas en soit une mauvaise nouvelle, mais l’important est que les ONG qui étaient présentes puissent revenir car elles sont le mieux à même de faire face à l’urgence humanitaire.
(Une attaque s’est déroulée à l’Est du Soudan le mois dernier, avez-vous un commentaire à ce sujet ?)
Nous n’avons pas eu confirmation de cette attaque.
(Dans le cas où cette attaque est confirmée, est-ce que cela ne complique pas la tâche des Nations unies et des organisations humanitaires ? Le président Bechir veut montrer que son pays est visé par des attaques de l’Occident, notamment d’Israël.)
Nous ne disposons pas à ce stade de tous les éléments d’appréciation nécessaires pour formuler des commentaires.
(Les Etats-Unis déclarent de leur côté que ce n’est pas l’Occident qui a attaqué le Soudan mais l’armée israélienne. Comment pouvez-vous ne pas être au courant ?)
Je n’ai sans doute pas les informations que vous avez. Je n’ai vu aucune confirmation américaine sur le sujet.
(Confirmez-vous qu’il y a eu des morts durant ces attaques d’origine inconnue ?)
Non. Nous n’avons eu aucune confirmation à ce sujet.
(Si les autorités soudanaises confirment cette attaque, ne prenez-vous pas ces informations au sérieux ?)
Attendons qu’il y ait des confirmations qui soient convergentes.
(De qui, des services secrets ?)
Il nous appartiendra de communiquer à ce sujet quand nous aurons des confirmations convergentes, fiables.
(Le président Kadhafi assurant la présidence du Conseil de sécurité des nations unies a reçu le président Bechir, hier ou avant hier, avez-vous un commentaire ?)
Je vous rappelle simplement que la position française est exactement dans la ligne du droit international. La résolution 1593 du CSNU a clairement indiqué que sont obligés de coopérer à l’exécution des décisions de la Cour pénale internationale, le Soudan et les parties au conflit au Darfour, les Etats parties à la CPI et les membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Les autres pays sont invités à coopérer. Chaque pays assume donc ses obligations et ses responsabilités.
(Les Américains disent qu’aucun texte juridique n’oblige à l’arrestation du président soudanais.)
Je vous renvoie au texte de la résolution 1593.
(Je voudrais revenir à la réunion du Conseil de sécurité tenue hier. Est-ce que M. Bassolé a expliqué la position de l’Union africaine à ce sujet ?)
Ce n’est absolument pas à lui de le faire. Djibril Bassolé est médiateur conjoint de l’ONU et de l’Union africaine pour le Darfour. Il rend donc compte de son travail de médiation, il ne rend pas compte des décisions prises par les instances politiques de l’Union africaine.
(Est-ce qu’il a fait une petite observation en disant que le
procureur de la Cour pénale internationale a gêné sa médiation au Soudan ?)
Il n’a pas dit cela.
SOURCE : France – Ministry of Foreign Affairs
