AFRICAN UNION
UNION AFRICAINE
UNIÃO AFRICANA
CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE 130EME REUNION
29 MAI 2008
ADDIS ABEBA, ETHIOPIE
PSC/PR/2(CXXX)
Original: Français
RAPPORT DU PRESIDENT DE LA COMMISSION SUR LA
SITUATION EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE (RCA)
PSC/PR/2(CXXX)
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RAPPORT DU PRESIDENT DE LA COMMISSION SUR LA
SITUATION EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE (RCA)
I. INTRODUCTION
1. Lors de sa 67ème réunion tenue le 7 décembre 2006, le Conseil a examiné la
situation en République centrafricaine (RCA) sur la base du rapport de la mission
d’experts multidisciplinaire chargée d’évaluer les besoins de la RCA en terme de
reconstruction post-conflit et de faire des recommandations sur la contribution qui
pourrait être celle de l’UA et de ses Etats membres [PSC/PR/3(LXVII)]. Cette mission,
qui était dirigée par M. Mamadou Lamine Loum, ancien Premier Ministre du Sénégal,
et à laquelle avaient pris part des représentants de la Banque africaine de
développement (BAD) et de la Commission économique des Nations unies pour
l’Afrique (CEA), s’était rendue à Bangui en avril 2006. A l’occasion de la même réunion,
le Conseil a également examiné la Note d’information soumise par la Commission sur la
mission d’évaluation de la situation en RCA [PSC/PR/2(LXVII)] – conduite par l’Envoyé
spécial du Président de la Commission pour la RCA, M. Sadok Fayala, cette mission
s’était rendue en RCA en novembre 2006. Enfin, le Conseil a entendu une
communication de M. Elie Doté, alors Premier Ministre de la RCA.
2. A l’issue de ses délibérations, le Conseil a adopté la décision PSC/PR/Comm
(LXVII). Dans cette décision, le Conseil a notamment :
_ exigé des mouvements rebelles centrafricains qu’ils renoncent à l’usage de la
force et s’engagent sur la voie du dialogue en vue de trouver des solutions aux
problèmes qui se posent dans le respect des institutions de la République. Le
Conseil a invité le Président de la Commission à appuyer tous les efforts
déployés dans ce sens ;
_ encouragé les Etats de la région à examiner les voies et moyens du
renforcement de la Force multinationale de la Communauté économique et
monétaire de l’Afrique centrale (FOMUC), pour qu’elle contribue plus
efficacement à la consolidation de la paix et de la sécurité en RCA ;
_ souligné la nécessité pour les Etats membres de l’UA, au nom de la solidarité
africaine et sur la base du Cadre d’action sur la reconstruction et le
développement post-conflit adopté par le Conseil exécutif lors de sa 9ème session
ordinaire tenue à Banjul, en Gambie, du 25 au 29 juin 2006 [EX.CL/Dec.302(IX)],
de soutenir les efforts visant à assurer le redressement socio-économique de la
RCA et à consolider la paix et la stabilité dans ce pays ; et
_ demandé au Président de la Commission d’initier les mesures nécessaires pour
sensibiliser la communauté internationale sur la situation en RCA et mobiliser les
appuis nécessaires, y compris à travers l’organisation, en collaboration avec la
CEA et la BAD, d’une table ronde des donateurs pour mobiliser les ressources
nécessaires au profit de la RCA.
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3. Le présent rapport rend compte de l’évolution de la situation, ainsi que des
activités entreprises par la Commission dans le cadre du suivi de la décision du Conseil
du 7 décembre 2006. Il se conclut par des recommandations sur l’appui supplémentaire
de l’UA au processus en cours.
II. FAITS MAJEURS DEPUIS DECEMBRE 2006
a) Aspects sécuritaires, humanitaires et politiques
4. La période sous examen a été caractérisée par l’intensification des efforts visant
à promouvoir un dialogue politique inclusif et à mettre un terme aux activités des
groupes armés actifs sur le terrain. Il convient de rappeler ici qu’à partir de 2006, avec
la multiplication des affrontements entre les Forces armées centrafricaines (FACA) et
un certain nombre de groupes armés, trois mouvements politico-militaires ont émergé
sur la scène politique : le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), dirigé par
M. Abdoulaye Miskine; l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD)
de Laurent Djim Woei ; et l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement
(UFDR) de Zakaria Damane.
5. Soucieuses de trouver une solution négociée, les autorités centrafricaines ont
initié des démarches en direction des groupes armés. Les contacts ainsi noués ont
permis au Gouvernement de signer deux Accords, le premier avec le FDPC, à Syrte, le
2 février 2007, le deuxième avec l’UFDR, à Birao, le 13 avril 2007. Toutefois, la mise
en oeuvre de ces Accords s’est heurtée à de nombreuses difficultés. D’une part, Zakaria
Damane et Abdoulaye Miskine, qui furent nommés conseillers à la Présidence de la
République, de façon à être directement associés au processus de règlement de la
crise, n’ont finalement pas pris fonction; d’autre part, le Gouvernement n’a pu réunir les
moyens financiers et logistiques nécessaires pour le cantonnement, la prise en charge
et la réinsertion des combattants des groupes armés. L’APRD, qui n’avait pas encore
signé d’accord avec le Gouvernement, a poursuivi et même intensifié ses activités
militaires contre les forces de défense et de sécurité, notamment dans le Nord du pays,
dans les préfectures d’Ouham-Pendé, d’Ouham et de Nana-Gribizi.
6. En plus de ces affrontements, il convient d’ajouter le phénomène du grand
banditisme entretenu par les Zaraguinas, communément appelés coupeurs de route.
L’activité des Zaraguinas reste diffuse et difficile à circonscrire, mais elle tend à se
concentrer autour des zones d’élevage ou d’activité minière. Confronté à de sérieuses
contraintes en terme de ressources humaines et matérielles, le Gouvernement
centrafricain éprouve des difficultés à faire face à cette situation.
7. De fait, une insécurité quasi-chronique règne sur une grande partie des
provinces de l’hinterland et sur certains axes routiers de la RCA. Dans ces conditions,
les populations continuent de fuir vers les pays voisins, tels que le Tchad ou le
Cameroun, de se cacher dans les champs, ou de s’organiser en groupes
d’autodéfense.
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8. A l’exception de la préfecture de la Vakaga, où un retour des populations dans
les villages a été noté depuis la signature de l’Accord de Birao, dans les régions du
Nord-Ouest et du Centre Nord, où les affrontements entre les FACA et l’APRD sont
fréquents, la situation humanitaire s’est plutôt dégradée. Le Haut Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés (HCR) a ainsi noté qu’entre août et octobre 2007, le
nombre de réfugiés centrafricains au Cameroun est passé de 26 000 à 45 192.
L’ensemble des déplacés centrafricains est estimé à 197 000, tandis que le nombre de
réfugiés au Tchad, au Cameroun et au Soudan est de 98 000.
9. C’est dans ce contexte que des voix se sont élevées, tant au niveau national
qu’international, pour demander aux autorités centrafricaines de renouer le fil du
dialogue avec l’ensemble des acteurs politiques et sociaux du pays. Ayant marqué son
accord de principe pour un tel dialogue, le Président François Bozizé a demandé au
Groupe des Sages de mener des consultations avec l’ensemble des composantes de la
société centrafricaine en vue de trouver des solutions à la crise que traverse le pays.
Dans son rapport final présenté en mars 2007, le Groupe des Sages a proposé la tenue
d’un dialogue sans exclusive, impliquant les différents groupes armés, en vue de
résoudre la crise politique et militaire que connaît le pays.
10. Après une série de consultations avec les institutions du pays, les partis
politiques et les représentants des couches sociales et professionnelles, ainsi qu’avec
les missions diplomatiques et organisations internationales accréditées en RCA, le
Président Bozizé a pris, en novembre 2007, deux décrets créant un Comité préparatoire
du dialogue politique inclusif (CPDPI) et en nommant les 25 membres. Ces derniers se
répartissent comme suit : cinq issus de l’opposition démocratique, cinq de la majorité
présidentielle, deux des autres partis, cinq de la société civile, cinq des pouvoirs
publics, trois des mouvements politico-militaires.
11. L’APRD, qui avait au départ refusé de prendre part au dialogue pour des raisons
liées à la sécurité de son représentant à Bangui, a récemment rejoint le CPDPI. La
participation de l’APRD au dialogue est le résultat de longues tractations avec les
principaux chefs de ce groupe politico-militaire, notamment Laurent Djim Woei, menées
avec l’appui du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, chef du
Bureau des Nations unies en Centrafrique (BONUCA), M. François Lonsény Fall. Ces
contacts renouvelés ont finalement abouti à la signature, à Libreville, le 9 mai 2008,
d’un Accord de cessez-le-feu et de paix entre le Gouvernement centrafricain et l’APRD,
sous les auspices du Président El Hadj Omar Bongo Ondimba. La Commission s’est
félicité de cet Accord, qui permet d’envisager le prochain dialogue politique dans un
environnement apaisé et sur des bases consensuelles et inclusives.
12. La présidence du Comité a été confiée au Centre du dialogue humanitaire
(CDH), une ONG basée à Genève, qui a activement pris part aux contacts avec les
groupes rebelles et aux discussions avec les acteurs politiques centrafricains. Les
Nations unies, à travers le BONUCA et l’Organisation internationale de la Francophonie
(OIF) ont été désignés comme facilitateurs. Le 18 décembre 2007, le CPDPI a été
officiellement installé, entamant aussitôt ses travaux.
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13. Conformément au décret relatif à sa création, le CPDPI devait :
- élaborer et réunir les documents de travail portant sur les thèmes retenus pour
le dialogue (questions politiques et de gouvernance, situation sécuritaire et
groupes armés, développement socio-économique);
- déterminer l’agenda, le calendrier, le nombre de participants et répartir les
quotas de participation à attribuer aux entités concernées; et
- poursuivre les contacts avec les groupes armés actifs sur le terrain, ainsi qu’avec
les dirigeants politiques vivant à l’étranger, dans l’objectif de convaincre les uns
et les autres de s’associer dans un esprit de conciliation au processus de paix
engagé.
14. Le CPDPI a clos ses travaux le 31 mars 2008, et a remis son rapport final au
Président Bozizé le 25 avril 2008. Il a fait plusieurs suggestions sur les différents
aspects de sa mission. Les principaux points d’achoppement ont porté sur le lieu du
dialogue, tant il est vrai qu’il s’agit là d’un facteur qui déterminera la participation
effective de certains dirigeants politiques et groupes politico-militaires en exil. Les
membres du CPDPI ont recommandé que le dialogue se tienne à Bangui, étant entendu
que les autorités centrafricaines devraient prendre toutes les dispositions nécessaires
tant sur le plan judiciaire que sécuritaire. L’UA a été proposée comme facilitateur
international à l’instar de l’ONU et de l’OIF.
15. La situation sécuritaire est restée assez calme tout au long du déroulement des
travaux du CPDPI, mais des affrontements sporadiques entre les FACA et des
éléments de l’APRD ainsi que des attaques de Zaraguinas ont été signalés, toujours
dans les préfectures de l’Ouham-Pendé et de l’Ouham. Il convient de noter que l’APRD
a procédé à quelques aménagements dans sa direction politique, et a désigné Jean-
Jacques Demafouth, ancien Ministre de la Défense du Président Ange-Félix Patassé,
comme son Président. Au sein de l’UFDR, quelques dissidences ont vu le jour après
l’ouverture des travaux du CPDPI et la libération, en février 2008, des deux
responsables de ce mouvement, Abakar Sabone et Michel Djotodja, jusqu’alors
emprisonnés au Bénin. Le 14 mars 2008, sur l’axe Tiringoulou – Gordil (préfecture de la
Vakaga), un groupe de dissidents s’est affronté à d’autres éléments restés fidèles à
Zakaria Damane.
16. Le 18 janvier 2008, la démission du Gouvernement du Premier Ministre Elie Doté
(nommé en juin 2005) a été un des événements marquants au cours de la période sous
examen. Cette démission est liée aux tensions sociales consécutives aux grèves de
fonctionnaires et d’étudiants réclamant le paiement de plusieurs mois d’arriérés de
salaires, de pensions et de bourses, ainsi que la revalorisation des salaires bloqués
depuis plusieurs années. La tension sociale s’est accentuée à la fin de l’année 2007, et,
au début de l’année 2008, les fonctionnaires ont déclenché une grève, appelant
l’ensemble de la population à se mobiliser en même temps qu’eux. Face à ces
évènements, les députés de la majorité présidentielle, la Convergence KNK, ont déposé
une motion de censure contre le Gouvernement. Alors qu’il était attendu à l’Assemblée
nationale le 19 janvier 2008, le Premier Ministre Elie Doté a présenté le 18 janvier la
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démission de son Gouvernement au Président Bozizé, qui l’a accepté. Le 22 janvier, M.
Faustin Touadera, Recteur de l’Université de Bangui, a été nommé Premier Ministre, et
le 28 janvier un nouveau Gouvernement a été formé.
b) Activités de la FOMUC et déploiement de l’EUFOR Tchad/RCA
17. Au cours de la période sous examen, la FOMUC a poursuivi sa mission de
stabilisation en RCA. Agissant en appui aux forces de défense et de sécurité
centrafricaines, la FOMUC participe à la sécurisation des zones où elle se déploie et
concourt à la restructuration et à la mise à niveau des FACA. En outre, dans le cadre du
renforcement de sa présence en RCA, la FOMUC a ouvert un quatrième site à Paoua,
inauguré le 1er avril 2008, après ceux de Bria, Bozoum et Kaga-Bandoro.
18. En vue de renforcer la capacité de la force, les chefs d’Etat et de Gouvernement
de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC)
ont décidé, au cours de leur Sommet tenu à Brazzaville, le 30 octobre 2007, de
transférer l’autorité de tutelle de la FOMUC de la CEMAC à la CEEAC, chargeant le
Comité des Ambassadeurs de la CEEAC d’étudier les modalités de ce transfert.
Parallèlement, les autorités camerounaises ont décidé d’adjoindre un contingent de 119
hommes à la FOMUC, portant ainsi l’effectif total de la force à près de 500 éléments.
Dans une lettre adréssée au Commissaire sortant chargé de la paix et de la sécurité, le
27 décembre 2008, le Secrétaire général de la CEEAC, après avoir rappeler la décision
prise à Libreville, a indiqué que les activités de plannification, du trasfert envisagé
devaient démarrer en janvier 2008 et s’achever en juin prochain.
19. Dans sa résolution 1778 (2007) du 25 septembre 2007, le Conseil de sécurité
des Nations unies a approuvé la mise en place au Tchad et en RCA d’une présence
multidimensionnelle destinée à créer les conditions favorables au retour volontaire,
sécurisé et durable des réfugiés et des personnes déplacées. Le Conseil de sécurité a
décidé que cette présence inclurait, pour une période d’un an, une Mission des Nations
unies en RCA et au Tchad (MINURCAT), comprenant un maximum de 300 policiers et
de 50 officiers de liaison militaire, ainsi qu’un effectif approprié de personnel civil. Dans
le même temps, le Conseil de sécurité a autorisé l’Union européenne (UE) à déployer,
pour une durée d’un an, une opération (baptisée EUFOR Tchad/RCA) pour appuyer la
MINURCAT, en contribuant notamment à la protection des civils en danger, en
particulier les réfugiés et les personnes déplacées, en facilitant l’acheminement de
l’aide humanitaire et la libre circulation du personnel humanitaire, et en contribuant à la
protection du personnel, des locaux, des installations et du matériel des Nations unies.
20. La MINURCAT devrait s’installer prochainement à Bangui. Il est prévu que les
Nations unies entreprennent une mission à Birao, dans la préfecture de la Vakaga, pour
y examiner la situation et élaborer une stratégie qui permettra à la MINURCAT de faire
face aux problèmes sécuritaires dans cette zone. Le démarrage de l’opération EUFOR
a accusé des retards liés à la situation sécuritaire et à la constitution de la force. A la
mi-mars 2008, l’EUFOR a indiqué que l’opération avait atteint sa capacité
opérationnelle initiale, étape qui marque le point de départ son mandat de douze mois.
En RCA, l’opération a consisté à faire passer les troupes françaises installées à Birao,
dont l’effectif s’élève à 200 hommes, sous le commandement de l’EUFOR. Il est prévu
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que l’opération atteigne sa pleine capacité opérationnelle avec le déploiement de la
totalité de son effectif, soit 3700 hommes, d’ici au mois de juin 2008. Ce qui permettra
à la MINURCAT de procéder à la mise en place de plusieurs commissariats de police,
dont un à Birao.
c) Séminaire sur la réforme du secteur de la sécurité
21. La période sous examen a également été marquée par l’organisation, à Bangui,
du 14 au 17 avril 2008, d’un séminaire sur la réforme du secteur de la sécurité.
Organisé avec l’appui du PNUD et des partenaires au développement, ce séminaire
avait pour objectif de permettre au Gouvernement centrafricain de déterminer de
manière inclusive les grands axes de la nouvelle stratégie nationale en matière de
sécurité, de définir les modalités de mise en oeuvre de cette stratégie ainsi que des
mécanismes de coordination qui prennent en compte la place des partenaires sousrégionaux
régionaux et internationaux, et d’identifier des programmes d’intervention et
des projets prioritaires.
22. Le séminaire a procédé à un état des lieux des différentes forces et structures en
présence (FACA, gendarmerie, police, douane, services des eaux et forêts/ chasse/
pêche/ environnement, services de renseignement, sociétés de sécurité privées et
milices, administration judiciaire et pénitentiaire), suivi d’une analyse des menaces,
ainsi que des préoccupations et attentes de la population. En outre, le séminaire a,
entre autres, examiné le contrôle démocratique du secteur de la sécurité à travers le
rôle du pouvoir législatif et de la société civile, la gouvernance du secteur de la sécurité,
la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre, et la présence des
combattants étrangers sur le territoire centrafricain. La stratégie adoptée par le
séminaire a identifié une série d’activités à entreprendre dans le court terme par le
Gouvernement centrafricain, tandis que les activités à mettre en oeuvre pour le moyen
terme se feront avec l’appui des partenaires internationaux.
d) Aspects socio-économiques et financiers
23. La grève générale des fonctionnaires au début de l’année 2008, qui a pris fin en
février 2008, après le paiement de deux mois d’arriérés de salaires, témoigne, s’il en
était besoin, de la fragilité de la situation économique et financière de la RCA. Certes, le
Gouvernement parvient à verser les salaires mensuels, mais la question des arriérés,
qui atteint jusqu’à 36 mois pour certaines catégories de fonctionnaires, demeure.
24. Les progrès macro-économiques enregistrés en 2006 et consolidés en 2007
permettent de tabler sur une prévision de croissance de 4,4 %. En outre, la poursuite de
la mise en oeuvre des programmes de réforme arrêtés avec le Fonds monétaire
international (FMI), la Banque mondiale et la BAD devrait permettre au Gouvernement
d’améliorer l’état des finances publiques, notamment au niveau de la collecte fiscale.
25. A la suite de l’adoption, en septembre 2007, du Document de Stratégie de
Réduction de la Pauvreté (DSRP), la RCA a atteint le point de décision pour
l’allègement de sa dette au titre de l’Initiative renforcée en faveur des pays pauvres très
endettés (Initiative PPTE), ce qui devrait lui permettre de bénéficier d’une réduction
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provisoire de sa dette. Mais pour que la RCA bénéficie d’un allègement irrévocable de
sa dette au point d’achèvement de l’Initiative PPTE, les autorités devront poursuivre et
maintenir les réformes engagées dans le cadre de la Facilité de réduction de la
pauvreté et pour la croissance (FRPC) du FMI, poursuivre la mise en oeuvre de la SRP
et mener à bien certaines réformes clés qui permettront d’améliorer la gestion des
finances publiques, la gouvernance et la transparence, particulièrement dans les
secteurs minier et forestier.
26. Le DSRP a été présenté à Bruxelles, le 26 octobre 2007, au cours de la Table
ronde des bailleurs de fonds. Organisée dans le cadre du suivi de la réunion de
concertation des partenaires de la RCA tenue sous les auspices du PNUD et de la
Banque mondiale, également à Bruxelles, en juin 2007, cette table ronde a permis à la
RCA de mobiliser, pour la période 2008-2010, des promesses de dons estimées à 600
millions de dollars américains. Comme suite à la Table ronde, le chef de la délégation
de l’UE à Bangui a annoncé le 8 mai 2008, que la RCA allait bénéficier d’un
financement de 137 millions d’Euros pour les cinq prochaines années, ainsi que de la
mise en oeuvre très prochaine d’un projet de 10 millions d’Euros destinée à renforcer la
justice et à restructurer la police.
III. SUIVI DU COMMUNIQUE DE LA 67EME REUNION DU CONSEIL DE PAIX ET
DE SECURITE (CPS)
27. Au cours de la période considérée, la Commission s’est employée à assurer le
suivi du communiqué de la 67ème réunion du Conseil. C’est ainsi qu’elle a entrepris
plusieurs activités destinées à appuyer le processus de consolidation de la paix et de
reconstruction post-conflit en RCA.
a) Conférence de solidarité africaine
28. Dans le cadre du suivi du communiqué adopté par la 67ème réunion du Conseil, la
Commission, en collaboration avec la BAD et la CEA, a organisé, à Addis Abéba, le 19
octobre 2007, une Conférence de solidarité africaine avec la RCA. Les Etats membres
de l’UA et la CEEAC ont pris part à cette Conférence, qui avait été préparée par une
réunion de coordination au niveau de la Commission en août 2007, suivie d’une visite à
Bangui de l’Envoyé spécial pour la RCA et du chef de la mission d’experts
multidisciplinaire, visite qui a été l’occasion d’entretiens avec les autorités
centrafricaines, y compris le Président Bozizé. L’objectif poursuivi était, d’une part,
d’apporter le témoignage de solidarité de l’Afrique avec la RCA et, d’autre part, de
faciliter la mobilisation de la communauté internationale pour qu’elle apporte à la RCA
une assistance qui soit à la hauteur des besoins énormes de ce pays et mieux adaptée
à la situation spécifique qui est la sienne. A cet égard, il convient de noter que la
Conférence s’est tenue une semaine avant la Table ronde des bailleurs de fonds qui a
eu lieu à Bruxelles, le 26 octobre.
29. La Conférence a permis de faire le point de l’évolution de la situation en RCA et
de présenter les besoins de ce pays, et ce sur la base du rapport de la mission
d’experts multidisciplinaire dépêchée en RCA en avril 2006 et des informations
supplémentaires fournies par la délégation de la RCA. La Conférence s’est félicité des
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contacts initiés par le Gouvernement centrafricain avec les groupes politico-militaires en
vue de trouver une réponse négociée aux revendications qui sont les leurs, ainsi que
des mesures prises pour la tenue d’un dialogue politique inclusif. La Conférence s’est
également réjouie des réformes initiées par le Gouvernement centrafricain, y compris
dans le domaine de la gouvernance, et l’a engagé à les poursuivre et à les approfondir.
Enfin, la Conférence s’est félicitée de l’accession de la RCA au point de décision dans
le cadre de l’initiative PPTE. La Conférence a souligné que les défis auxquels la RCA
est confrontée sont tels que le pays a besoin d’une assistance bien plus substantielle et
mieux adaptée que celle fournie jusqu’ici par les partenaires au développement. Aussi,
tout en relevant l’appui apporté par les partenaires bilatéraux et multilatéraux de la
RCA, la Conférence a lancé un appel pressant en vue d’une action résolue et globale
de la communauté internationale qui permettrait à la RCA de sortir durablement de la
longue crise qu’elle a connue et d’améliorer les conditions de vie de sa population.
30. Certains Etats membres ont donné des informations sur l’assistance qu’ils
apportent déjà à la RCA. En outre, d’autres pays et organisations africaines ont
annoncé leur intention de contribuer aux efforts de reconstruction et de consolidation de
la paix en RCA, soit financièrement, soit à travers une assistance technique et
matérielle dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de l’aviation
civile, ainsi que de la défense et de la sécurité. Pour sa part, la Commission s’est
engagée à poursuivre son soutien à la FOMUC, à appuyer le dialogue politique inclusif
et à continuer à sensibiliser la communauté internationale pour qu’elle se mobilise
davantage en faveur de la RCA. Les conclusions de la Conférence ont été présentées à
la Table ronde des partenaires au développement tenue une semaine plus tard à
Bruxelles et à laquelle l’UA a été représentée par l’Envoyé spécial pour la RCA, le chef
de la mission d’experts multidisciplinaire, le Secrétaire exécutif de la Mission
permanente de l’UA à Bruxelles et d’autres fonctionnaires de la Commission.
31. Conformément à la décision du Conseil, la Commission a maintenu son appui à
la FOMUC en vue de lui permettre de poursuivre ses activités en RCA, notamment à
travers la mobilisation des ressources requises dans le cadre de la Facilité pour la paix
en Afrique (APF). En novembre 2006, la Commission a, conjointement avec l’UE,
entrepris une mission destinée à évaluer les activités de la FOMUC pour la période de
juillet au 31 décembre 2007. Cette évaluation a abouti à la conclusion qu’il n’était pas
possible d’envisager une stratégie de désengagement de la force compte tenu des
conditions sécuritaires observées et des échéances importantes à venir (les élections
de 2010). La mission a recommandé l’octroi d’une contribution financière couvrant la
période allant du 1er janvier au 31 décembre 2008 et prenant en compte l’intégration du
nouveau contingent camerounais et le transfert de l’autorité de tutelle de la force de la
CEMAC à la CEEAC.
32. Par la suite, le Président El Hadj Omar Bongo Ondimba, en sa qualité de
Président du Comité ad hoc dans l’espace CEMAC sur les questions centrafricaines, et
le Président de la Commission de la CEMAC, Antoine Ntsimi, ont écrit à la Commission
pour solliciter son appui afin d’obtenir un renouvellement du financement des activités
de la FOMUC. La Commission a, à son tour, saisi le Commissaire au développement et
à l’aide humanitaire de la Commission européenne, Louis Michel, qui, dans une lettre
adressée le 24 avril 2008 au Commissaire sortant à la paix et à la sécurité, a confirmé
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l’accord de l’UE pour la prorogation du financement accordé dans le cadre de l’APF.
Pour l’année 2008, la contribution financière accordée s’élève à 10,2 millions d’Euros.
Une autre mission conjointe UA-UE est prévue en septembre prochain pour évaluer les
activités de l’année 2008 et les conditions d’un renouvellement éventuel du financement
de la FOMUC à travers l’APF.
c) Appui au dialogue politique inclusif
33. Dans sa décision du 7 décembre 2006, le Conseil a demandé au Président de la
Commission d’explorer les voies les meilleures pour continuer à engager les autorités
centrafricaines, ainsi que l’ensemble des acteurs politiques et sociaux du pays, sur la
promotion de la concorde nationale et le respect des institutions et des droits humains.
En réponse à l’invitation adressée à la Commission l’Envoyé spécial pour la RCA s’est
rendu dans le pays au début du mois de mars afin d’examiner avec les autorités
centrafricaines, le BONUCA, l’OIF et le CDH les conditions générales de préparation du
dialogue politique inclusif, d’observer les tendances qui se dégageaient des travaux
préparatoires, ainsi que le rôle que l’UA pourrait jouer au cours du dialogue proprement
dit.
34. En outre, la Commission a apporté une contribution financière de 50 000 dollars
américains à l’organisation du dialogue. Cette contribution a fait l’objet d’un Accord
entre la Commission et le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD) relatif à l’utilisation de la contribution financière de l’UA pour le dialogue
politique inclusif en Centrafrique, paraphé et signé à Bangui, le 5 mars 2008, par
l’Envoyé spécial du Président de la Commission et le Représentant résident du PNUD.
35. Dans son rapport final remis au Président François Bozizé le 25 avril 2008, le
CPDPI a suggéré que l’UA soit cooptée au nombre des facilitateurs internationaux à
l’instar des Nations unies et de l’OIF. Ce rôle appelle de la part de l’UA une plus grande
implication dans l’organisation prochaine du dialogue prévue en juin 2008 et dans le
suivi des résolutions qui seront adoptées.
d) Participation au séminaire sur la réforme du secteur de sécurité
36. Enfin, la Commission a pris part au séminaire sur la réforme du secteur de
sécurité qui s’est tenue à Bangui du 14 au 17 avril 2008. La présence d’un représentant
de l’UA a été citée comme un autre gage de l’engagement des partenaires
internationaux par le Président du Comité d’organisation.
IV. OBSERVATIONS
37. Depuis la dernière réunion du Conseil, des progrès significatifs ont été
enregistrés dans les efforts visant à consolider la paix en RCA et à faciliter le
relèvement socio-économique du pays. Je voudrais me féliciter des différents accords
conclus avec les mouvements armés, et exhorter l’ensemble des parties concernées à
se conformer scrupuleusement aux engagements pris. Tout aussi importantes sont les
avancées enregistrées s’agissant du dialogue politique inclusif. Je me réjouis de la
conclusion des travaux du Comité préparatoire, et encourage toutes les parties à faire
preuve de la volonté politique requise pour l’aboutissement de ce dialogue. La réussite
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du dialogue est cruciale pour le bon déroulement des élections de 2010 et pour la
consolidation des acquis enregistrés jusqu’ici.
38. La promotion d’une stabilité durable en RCA reste tributaire de la mobilisation
d’une assistance adéquate de la communauté internationale pour permettre au pays de
relever les nombreux défis auxquels il est confronté sur le plan socio-économique. Tout
en exprimant l’appréciation de l’UA pour l’aide précieuse de la communauté
internationale, j’en appelle à l’ensemble des partenaires de la RCA pour qu’ils apportent
à la RCA toute l’assistance requise. Dans le même temps, et ainsi que l’a souligné la
Conférence de solidarité avec la RCA, il importe que le Gouvernement centrafricain
poursuive et approfondisse les réformes initiées dans le domaine de la gouvernance,
tant il est vrai qu’une plus grande transparence et rigueur dans la gestion économique
et le respect scrupuleux des droits humains contribueront grandement à créer les
conditions d’un développement durable et celles d’une mobilisation plus forte des
partenaires de la RCA.
39. Pour sa part, la Commission intensifiera ses efforts en appui à la RCA. Il s’agira
tout à la fois pour l’UA de soutenir de toutes les façons possibles le dialogue politique
inclusif et d’assurer le suivi adéquat des conclusions de la Conférence de solidarité
africaine. C’est dans ce contexte, et sous réserve de la mobilisation des ressources
requises à cet effet, notamment auprès des partenaires de l’UA, que la Commission
envisage d’ouvrir un Bureau de Liaison à Bangui. Dans l’immédiat, et dans le
prolongement des conclusions de la Conférence de solidarité avec la RCA, la
Commission dépêchera, dans les semaines à venir, une mission à laquelle seront
invités les représentants des pays qui ont fait des promesses d’aide lors de la
Conférence de solidarité, pour examiner avec les autorités centrafricaines les modalités
de leur concrétisation rapide. De même la Commission continuera-t-elle de travailler
étroitement avec la Commission européenne dans le cadre de l’appui à la FOMUC et
apportera son soutien à tous les efforts visant à renforcer l’efficacité de la force.









