Posted by: appablog | 28 May 2008

Infrastructures / Discours prononcé par le Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire à l’occasion du forum “Infrastructures for Africa”


SPEECH/08/280

 

Louis Michel

 

Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire

 

“Infrastructures for Africa”

 

 

Discours prononcé à l’occasion du forum “Infrastructures for Africa” – Brussels Enterprises Commerce and Industry

Bruxelles, le 23 mai 2008

 

Introduction

C’est pour moi un réel plaisir d’être ici parmi vous aujourd’hui à l’occasion du lancement de votre club et de pouvoir m’adresser directement aux honorables invités Ambassadeurs africains et représentants d’organisations africaines ainsi qu’aux représentants du secteur privé.

Je remercie le Brussels Infrastructure Business Club de m’offrir l’opportunité d’exposer aux acteurs économiques que vous êtes, les impulsions que j’ai imprimées à la politique de développement de l’Union européenne et de souligner le rôle de tout premier plan que vous pouvez jouer en Afrique.

Complémentarité aide publique – secteur privé en Afrique

Les dernières évaluations indiquent que si de nombreux pays d’Asie et d’Amérique Latine atteindront probablement les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), ce ne sera malheureusement pas le cas de la plupart des pays africains.

Quel que soit le montant de l’aide publique au développement, celle-ci restera insuffisante pour faire face à l’ensemble des défis qui assaillent nos partenaires africains. Elle a besoin de s’appuyer sur un secteur privé entreprenant et responsable, qui peut être le moteur d’une croissance économique créatrice de richesses et d’emplois. En Afrique, l’investissement direct étranger représente d’ailleurs par an 5 à 10 fois le montant de l’aide. Par leurs investissements et leurs activités, les entreprises favorisent la compétitivité et la croissance. Pour se développer, elles ont besoin d’un environnement législatif et réglementaire, fiscal et financier stable et favorable, et c’est là qu’interviennent les pouvoirs publics. Tel est l’objet, notamment, des Accords de partenariat économique, mais il s’agit là d’un sujet parallèle à celui que vous m’avez demandé de traiter aujourd’hui. Recentrons-nous sur le cas de l’Afrique.

Aujourd’hui, l’Union européenne fournit à elle seule non seulement plus de la moitié de l’aide publique au développement, mais elle est également le principal partenaire économique et commercial de l’Afrique. Mais l’Afrique n’est plus, vous le savez bien, la chasse gardée de l’Europe. Elle se voit subitement courtisée par les acteurs économiques et politiques majeurs de la planète, Etats-Unis et Chine en tête. En devenant, en quelque sorte un “grand échiquier”, elle fait l’objet d’un regain d’intérêt qui s’articule autour de trois types de défis : des défis économiques, des défis stratégiques et sécuritaires et enfin des défis de puissance.

Le Sommet de Lisbonne

Conscientes de ces nouveaux défis, l’Afrique et l’Europe ont décidé de redéfinir conjointement les termes de leur relation, par un partenariat stratégique résolument moderne et ambitieux. Ce partenariat a été adopté lors du sommet des Chefs d’Etat d’Afrique et d’Europe à Lisbonne en décembre dernier. Ce sommet est important. Il marque un tournant, je dirais même un changement de cap dans nos relations avec l’Afrique. Il nous offre aussi l’opportunité de remédier à la présence insuffisante du monde entrepreneurial sur ce continent.

Ce Partenariat stratégique est novateur à trois égards au moins, dans le sens où il se situe :

  1. au-delà des questions d’aide au développement en adoptant une approche politique et économique plus globale, fondée sur des intérêts communs, traitant par exemple de     gouvernance, de commerce, d’infrastructures ou encore du rôle du secteur privé,
  2. au-delà des institutions en englobant la société civile dans ses différentes composantes, et
  3. au-delà du champ géographique des continents européen et africain en abordant des questions de portée planétaire.

Ce partenariat est résolument tourné vers l’action et les résultats : il sera mis en œuvre par des plans d’action thématiques trisannuels identifiant quelques domaines clés. Le premier plan d’action couvre la période 2008-2010 et repose sur 8 composantes thématiques.

Comme vous créez aujourd’hui un club des entreprises en matière d’infrastructures, je me concentrerai sur ce sujet.

Le secteur des infrastructures est bien évidemment repris dans cette stratégie, sous le thème plus large du Commerce, de l’Intégration Régionale et des Infrastructures.

Les besoins

Les besoins d’investissement en infrastructures en Afrique pour faciliter le décollage économique du continent sont énormes. Si l’on prend l’estimation faite en 2005 par le Projet du Millenium des Nations Unies, un chiffre de 14 milliards de dollars additionnels par an serait nécessaire pour l’Afrique sub-saharienne. Ce chiffre est mentionné uniquement pour les seuls investissements dans les secteurs du transport routier, de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement des eaux usées.

Quelques comparaisons de coûts sont également très parlantes :

- le coût moyen du kilowatt heure résidentiel est de 13 centimes de dollars en Afrique subsaharienne. Il est environ la moitié en Europe ou en Amérique latine (7 centimes); En plus cet écart ne tient pas compte des différences considérables de pouvoir d’achat entre l’Afrique et l’Europe!

- dans 31 sur 43 Etats d’Afrique subsaharienne, les coûts de transports sont 50% plus élevés que dans les autres pays en développement;

- pour les pays Africains enclavés, les coûts de transports peuvent représenter jusque 75% de la valeur des exportations;

Le faible accès aux services de transport et de communication, à l’eau, aux équipements sanitaires et à l’énergie, limite la croissance économique. Ces limitations ajoutées aux lacunes des connexions transfrontalières et des réseaux régionaux, rendent souvent le commerce et les affaires non compétitives. Sans un réseau d’infrastructures performantes, la production de biens et leur acheminement vers les marchés, deviennent très compliqués.

Les solutions

La réponse politique de l’Europe aux besoins en infrastructures de l’Afrique, est un Partenariat spécifique concentré sur les réseaux de transport, d’énergie, d’eau et des Technologies de l’Information et de la Communication en Afrique, permettant d’augmenter l’interconnectivité régionale et de renforcer le commerce.

L’Union européenne est un partenaire de longue date en Afrique pour l’amélioration de son infrastructure. Depuis 2002, la Communauté Européenne a investi un quart du 9ème Fonds Européen de Développement, soit 3,75 milliards d’euros (de subventions) dans les infrastructures. 70% de ce montant a été investi dans les transports routiers et 30% à l’eau, l’énergie et les Technologies de l’Information et de la Communication.

Si on prend l’ensemble des investissements (dons et prêts) de la Commission (FED) et des Etats membres, en 2004, 2005 et 2006, ils totalisaient chaque année, 2,3 milliards de dollars. Il s’agit de chiffres dont les Européens peuvent être fiers…

Notre partenariat sur les infrastructures continuera à renforcer les investissements sous le 10ème Fonds Européen de Développement avec l’objectif d’augmenter les investissements de l’Union Européenne de l’ordre de 50%. Environ 5,6 milliards d’euros seront investis par le seul 10ème Fonds européen d’investissement.

Les instruments du Partenariat entre l’UE et l’Afrique pour les infrastructures sont :

  1. l’aide bilatérale (programmes indicatifs nationaux)
  2. l’aide régionale (programmes indicatifs régionaux)
  3. des instruments sectoriels appelés “Facilités” dans les domaines de l’Eau et de l’Energie (qui ont eu respectivement 500 et 220 millions d’euros dans le 9ème Fonds Européen de Développement)
  4. un nouvel instrument de financement : le fonds fiduciaire pour les infrastructures.

Ce fonds fiduciaire créé en 2007 entre la Banque Européenne d’Investissement et la Communauté Européenne a été rejoint par 11 Etats Membres de l’Union Européenne, et s’est ouvert à la participation de la Banque Africaine de Développement.

Il a pour but de faciliter les investissements publics, publics-privés et privés par l’utilisation de subventions pour faciliter l’obtention de prêts, notamment grâce aux bonifications d’intérêt. Avec un tel fonds les investissements en Afrique coûteront moins chers.

D’ores et déjà 148 millions d’Euros ont été dégagés à ces fins et permettront de mobiliser des ressources en prêts quatre à cinq fois plus importantes (entre 600 et 750 millions d’Euros). Des fonds additionnels, beaucoup plus importants seront affectés sous 10ème FED au fonds fiduciaire.

Vu la taille des besoins en infrastructure en Afrique, tous les partenaires auront un rôle à jouer pour atteindre les objectifs ambitieux du partenariat d’infrastructure. La Commission de l’Union Africaine assurera la coordination globale à l’échelle africaine. Les Communautés Economiques Régionales et les organisations spécialisées assureront la cohérence des plans régionaux et continentaux et le respect des politiques sectorielles.

Les entreprises ?

Les entreprises européennes ne sont certes pas seuls acteurs dans ce contexte mais je les crois bien placées pour gagner leurs places dans cet enjeu commercial et économique où il s’agit de définir et de mettre en œuvre de nouvelles stratégies, permettant de conquérir des clientèles.

Votre valeur ajoutée ne se mesurera pas seulement sur le plan économique et commercial mais aussi en termes de développement de capacités nationales et d’entreprises locales. Les effets durables, tant pour les entreprises que pour les pays partenaires, ne doivent pas être sous-estimés. C’est là où vous pouvez aussi faire la différence.

Conclusion

Je suis sûr que notre effort conjoint améliorera l’état des infrastructures en Afrique et l’accès de populations à de meilleurs services de transport, d’énergie, d’eau et d’information et de communication. Je suis convaincu que le club que vous créez aujourd’hui a le potentiel d’apporter une plus value importante en Afrique.

Si nous réussissons ensemble, alors le commerce en Afrique sera plus concurrentiel, la croissance économique soutenue et la pauvreté réduite.

Je vous remercie de votre attention.

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