Transcript of speech by EU Commissioner Louis Michel:
Introduction.
Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement honoré de m’adresser à vous aux termes de cette conférence sur l’agriculture en Afrique.
Quand vous vivez avec moins de un dollar par
jour et que vous consacrez l’essentiel de vos
revenus à l’alimentation, des hausses de prix
telles que nous les observons aujourd’hui sont
tout simplement insupportables.
Un père ou une mère dans un pays industrialisé
peut-il imaginer qu’un jour, il aura à choisir entre
nourrir son enfant le matin, le midi ou le soir.
Ou à choisir entre nourrir son enfant ou l’envoyer
à l’école…
Personne n’est placé dans nos pays riches devant
des choix d’une telle cruauté.
Pourtant, très souvent, on a le sentiment que le
monde riche regarde ce drame d’un oeil d’une
passivité cynique.
Quand les discours compatissants ont rassuré
notre conscience embarrassée, il reste rarement
quelque chose.
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Aujourd’hui en Europe, on parle de plus en plus
de pouvoir d’achat.
Je veux bien comprendre cette préoccupation.
Mais pour beaucoup d’Européens inquiets, il
s’agit souvent de pouvoir s’acheter des biens
souvent superflus.
Pour les pays pauvres, l’enjeu c’est d’échapper
ou non à la famine, à la malnutrition, à
l’appauvrissement des plus pauvres.
Le pouvoir d’achat n’a pas la même connotation
pour tout le monde.
On tient avec ce drame un exemple éclairant de
l’inégalité inacceptable du monde.
Si on y ajoute que les moyens humains,
techniques et financiers existent pour assurer
l’autosuffisance alimentaire, on ajoute le cynisme
à l’injustice.
A court terme, il est bien évidement nécessaire
de répondre aux besoins alimentaires de ces
populations qui se trouvent dans une véritable
détresse humanitaire. Et c’est ce que la
Commission européenne fait et continuera de
faire.
Notre réponse doit aussi reposer sur des formes
d’assistance alimentaire plus articulées,
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destinées par exemple à prévenir les effets
négatifs sur la malnutrition infantile, et à soutenir
le pouvoir d’achat des foyers les plus vulnérables.
Compte tenu de l’ampleur de la crise et de sa
persistance prévisible, il est absolument crucial de
s’engager à moyen terme dans des politiques de
protection sociale.
Mais l’aide alimentaire d’urgence a sa finalité
propre mais également ses limites.
Elle fait bien évidement partie de la stratégie
globale de lutte contre la faim et l’insécurité
alimentaire.
Mais c’est un outil d’urgence, à vocation
temporaire. Cette politique ne peut répondre
durablement aux objectifs de sécurité alimentaire.
Pour une raison simple que cette politique
n’apporte aucune réponse aux causes
structurelles et chroniques de ce problème.
Par ailleurs, l’aide alimentaire génère souvent des
phénomènes pervers de dépendance ou de
perturbation des marchés, avec pour effet
d’annihiler les incitations au développement
agricole dans les pays bénéficiaires de l’aide.
Je suis donc convaincu que cette aide d’urgence
doit être limitée dans le temps, et qu’il faut
engager des dynamiques volontaristes pour
assurer une transition rapide vers des
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mécanismes de sécurité alimentaire de nature
structurelle.
Traiter de la sécurité alimentaire sur le long terme
revient prioritairement à traiter de la question de
l’agriculture.
Après des années de sous-investissements –
voire de désintérêt – dans le secteur du
développement rural, nous assistons à un retour
de l’agriculture sur le devant de la scène.
Ce retour de l’agriculture sur le devant de la
scène n’est pas quelque chose de nouveau
pour la Commission européenne.
En effet, bien avant d’autres acteurs
internationaux, nous avons été proactifs dans ce
domaine, tant quantitativement que
qualitativement.
• Quantitativement, lors de la
programmation du 10ème Fonds européen de
développement, nous avons fait en sorte
que le secteur du développement rural dans
son ensemble bénéficie d’un doublement
des montants (650 M€ sous le 9ème FED –
1,2 milliard d’euros sous le 10ème FED).
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Et cela n’a pas toujours été facile ; nous
avons dû plaider auprès de nos partenaires.
Il faut ajouter à ceci l’assistance apportée
dans le cadre de notre programme
thématique “sécurité alimentaire” et des
mesures d’accompagnement sucre, ces
deux instruments permettant d’allouer un
milliard et demi d’euros supplémentaires en
faveur de l’agriculture et de la sécurité
alimentaire dans des pays africains d’ici
2013.
• Qualitativement, nous avons revu nos
propres programmes en fonction de ceux de
l’Union africaine, en proposant d’aligner
l’assistance européenne sur le “Programme
Détaillé pour le Développement de
l’Agriculture en Afrique” piloté par le NEPAD
et l’Union africaine.
1/ Mais attention…
Quand on parle d’agriculture, il ne faut pas faire
l’erreur de se limiter à la question de la
production “brute”.
Il faut évidemment renforcer la production
agricole.
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L’Afrique est la seule région du monde où la
production alimentaire moyenne par habitant ne
cesse de décliner depuis 40 ans.
Il faut évidemment mettre fin à la dépendance de
l’Afrique vis-à-vis des importations de denrées
alimentaires de base.
Et ce d’autant plus quand on sait qu’il y a à peine
50 ans, l’Afrique était un continent agricole en
situation excédentaire.
Pour se préserver de crises alimentaires
endémiques, l’Afrique devra compter sur son
propre potentiel agricole. Non seulement parce
que les prix seront durablement élevés, mais
aussi parce que la disponibilité des produits sur le
marché international n’est plus assurée si les
pays exportateurs réduisent leurs exportations
pour garantir leur propre sécurité alimentaire.
Mais… le secteur agricole ne se réformera pas du
jour au lendemain; la production ne doublera pas
en un ou deux ans.
L’agriculture est un secteur très compliqué.
De nombreux acteurs (souvent peu ou mal
organisés) interagissent tant bien que mal au sein
d’environnements économiques ou politiques
complexes et fragiles – et avec souvent une
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répartition des rôles peu claire entre les
gouvernements et les acteurs du secteur privé.
L’accroissement de la production agricole
africaine ne pourra se faire qu’au prix
d’ajustements sérieux que la communauté
internationale doit accompagner.
Des questions comme :
• L’organisation de la filière de
production et de commercialisation
• L’accès aux terres
• L’accès aux intrants et aux semences
• La garantie des prix
• Les transferts technologiques
• Les infrastructures de
désenclavement
• Le prix de l’énergie et du transport
• Les effets du changement climatique
• L’aménagement du territoire
sont autant de vecteurs qui interagissent et qui
déterminent la capacité pour les pays pauvres de
résoudre cette question existentielle, au sens
propre et figuré.
On ne pourra pas non plus faire l’économie d’une
clarification d’un certain nombre de débats comme
l’opportunité et les conditions dans lesquelles il est bon
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de promouvoir les biocarburants. De même, il faudra
sortir du blocage idéologique qui concerne les OGM.
2/ Quand on parle d’agriculture, c’est de la
question de la création et de l’organisation
des marchés agricoles locaux et régionaux
dont on parle.
Approximativement un tiers des pénuries
alimentaires du monde pourrait être
significativement allégées en améliorant les
réseaux de distribution agricoles locaux et en
aidant à relier mieux les petits agriculteurs aux
marchés.
L’ouverture commerciale liée aux Accords de
Partenariat Economique, avec une mise en place
asymétrique et progressive permettant d’éviter
une concurrence inégale pour les produits
alimentaires, devrait permettre le développement
des échanges, ce qui est favorable à la stabilité
des prix et au transfert des technologies.
L’intégration régionale est un élément
indispensable dans la lutte contre l’insécurité
alimentaire.
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Elle est par exemple un élément clé pour jouer
sur les complémentarités entre les zones côtières
et les régions sahéliennes.
Elle est aussi un élément clé pour la question du
suivi de la malnutrition – je pense ici à la crise
alimentaire au Niger en 2005 qui n’était pas
uniquement due à un problème de mauvaise
récolte mais aussi à une question de pouvoir
d’achat insuffisant et de persistance de poches de
malnutrition ; je pense aussi au Kenya en 2006 :
bumper harvest à l’ouest du pays et famine au
Nord-Est).
Les mesures d’accompagnement que l’Europe
mettra en place pourraient couvrir la mise en
place de dispositifs d’atténuation des effets de la
volatilité des prix sur les filières; la mise en place
de fonds de calamité, de fonds d’intervention et
de stocks de sécurité; le renforcement des
systèmes d’alerte précoce et des systèmes
d’information sur les marchés, ou encore la
création de fonds de lissage pour les filières
d’exportation comme celui développé sur la filière
coton).
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3/ Quand on parle d’agriculture, on parle aussi
du renforcement de la gouvernance
alimentaire mondiale.
Non pas en créant de nouveaux groupes de
travail, de nouvelles organisations ou de
nouveaux fonds, mais en clarifiant et en
renforçant le mandat des organisations
existantes.
Je pense notamment à la FAO qui doit (re-
)devenir une agence phare et jouer un rôle de
premier plan tant face aux anciens défis
(réduction de la faim, lutte contre la pauvreté) que
face aux nouveaux défis (globalisation, lutte
contre le changement climatique).
L’Afrique n’a pas besoin d’une révolution verte,
mais de plusieurs révolutions vertes différentes,
en raison de sa diversité géographique et du
nombre de variétés culturales utilisées en
agriculture. Il faut des approches différenciées
selon les zones.
Les approches nationales suivies dans le cadre
du programme de l’Union africaine sont de notre
point de vue les plus appropriées.
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Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de leçons à
tirer d’expériences réalisées sur d’autres
continents.
Mais il faut d’abord être conscient que les
réponses se trouvent au niveau national.
C’est là que les révolutions vertes doivent
s’enraciner.
Et c’est d’ailleurs ce qui logiquement nous amène
à donner la préférence à ce niveau national pour
le déboursement de nos appuis plutôt qu’à
abonder de nouveaux fonds spéciaux pour
l’agriculture.
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Mesdames, Messieurs,
L’Afrique peut transformer la crise actuelle en
opportunité de développement. Son
agriculture doit pour cela être soutenue audelà
des réponses d’urgence.
Les défis sont énormes, et je ne vais ni essayer
d’en faire la liste, ni essayer de donner toutes les
réponses.
Je voudrais simplement insister sur quelques
points qui fondent mon optimisme:
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• D’abord, le fait que les gouvernements
africains se sont eux-mêmes engagés en
faveur de l’agriculture et du
développement rural.
La Déclaration de Maputo de 2003 est très
claire : augmenter la croissance agricole de
6% par an et allouer 10% des ressources
publiques à l’agriculture et au
développement rural.
Cette appropriation par nos partenaires de
la priorité à l’agriculture est le premier pas
vers une aide efficace.
• Ensuite, le fait que la prévisibilité des
financements augmente – deuxième pas
vers une aide efficace.
L’Union européenne elle-même – premier
donateur d’aide publique au développement
– délivre de plus en plus son aide sous
forme d’appui budgétaire.
Nous espérons pouvoir suivre cette
approche dans plus de la moitié des pays
africains – notamment grâce aux contrats
OMD qui permettent des engagements
pluriannuels d’appui budgétaire.
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J’ai l’habitude de dire que ce n’est pas l’impossible
qui désespère, mais le possible non atteint.
Sur le sujet qui nous occupe, je dirais que c’est
d’autant plus vrai.
Garantir à chaque être humain une alimentation
adéquate et régulière ne constitue pas seulement
un impératif moral : c’est l’accomplissement d’un
droit humain fondamental. Qu’y a-t-il de plus
choquant que de voir ce droit élémentaire bafoué
alors que le monde moderne a les moyens pour le
réaliser ?
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