Posted by: appablog | 5 mai 2008

Agriculture en Afrique / Discours de Louis Michel, Commissaire européen au développement

Transcript of speech by EU Commissioner Louis Michel:

Introduction.

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement honoré de m’adresser à vous aux termes de cette conférence sur l’agriculture en Afrique.

Quand vous vivez avec moins de un dollar par

jour et que vous consacrez l’essentiel de vos

revenus à l’alimentation, des hausses de prix

telles que nous les observons aujourd’hui sont

tout simplement insupportables.

Un père ou une mère dans un pays industrialisé

peut-il imaginer qu’un jour, il aura à choisir entre

nourrir son enfant le matin, le midi ou le soir.

Ou à choisir entre nourrir son enfant ou l’envoyer

à l’école…

Personne n’est placé dans nos pays riches devant

des choix d’une telle cruauté.

Pourtant, très souvent, on a le sentiment que le

monde riche regarde ce drame d’un oeil d’une

passivité cynique.

Quand les discours compatissants ont rassuré

notre conscience embarrassée, il reste rarement

quelque chose.

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Aujourd’hui en Europe, on parle de plus en plus

de pouvoir d’achat.

Je veux bien comprendre cette préoccupation.

Mais pour beaucoup d’Européens inquiets, il

s’agit souvent de pouvoir s’acheter des biens

souvent superflus.

Pour les pays pauvres, l’enjeu c’est d’échapper

ou non à la famine, à la malnutrition, à

l’appauvrissement des plus pauvres.

Le pouvoir d’achat n’a pas la même connotation

pour tout le monde.

On tient avec ce drame un exemple éclairant de

l’inégalité inacceptable du monde.

Si on y ajoute que les moyens humains,

techniques et financiers existent pour assurer

l’autosuffisance alimentaire, on ajoute le cynisme

à l’injustice.

A court terme, il est bien évidement nécessaire

de répondre aux besoins alimentaires de ces

populations qui se trouvent dans une véritable

détresse humanitaire. Et c’est ce que la

Commission européenne fait et continuera de

faire.

Notre réponse doit aussi reposer sur des formes

d’assistance alimentaire plus articulées,

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destinées par exemple à prévenir les effets

négatifs sur la malnutrition infantile, et à soutenir

le pouvoir d’achat des foyers les plus vulnérables.

Compte tenu de l’ampleur de la crise et de sa

persistance prévisible, il est absolument crucial de

s’engager à moyen terme dans des politiques de

protection sociale.

Mais l’aide alimentaire d’urgence a sa finalité

propre mais également ses limites.

Elle fait bien évidement partie de la stratégie

globale de lutte contre la faim et l’insécurité

alimentaire.

Mais c’est un outil d’urgence, à vocation

temporaire. Cette politique ne peut répondre

durablement aux objectifs de sécurité alimentaire.

Pour une raison simple que cette politique

n’apporte aucune réponse aux causes

structurelles et chroniques de ce problème.

Par ailleurs, l’aide alimentaire génère souvent des

phénomènes pervers de dépendance ou de

perturbation des marchés, avec pour effet

d’annihiler les incitations au développement

agricole dans les pays bénéficiaires de l’aide.

Je suis donc convaincu que cette aide d’urgence

doit être limitée dans le temps, et qu’il faut

engager des dynamiques volontaristes pour

assurer une transition rapide vers des

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mécanismes de sécurité alimentaire de nature

structurelle.

Traiter de la sécurité alimentaire sur le long terme

revient prioritairement à traiter de la question de

l’agriculture.

Après des années de sous-investissements –

voire de désintérêt – dans le secteur du

développement rural, nous assistons à un retour

de l’agriculture sur le devant de la scène.

Ce retour de l’agriculture sur le devant de la

scène n’est pas quelque chose de nouveau

pour la Commission européenne.

En effet, bien avant d’autres acteurs

internationaux, nous avons été proactifs dans ce

domaine, tant quantitativement que

qualitativement.

Quantitativement, lors de la

programmation du 10ème Fonds européen de

développement, nous avons fait en sorte

que le secteur du développement rural dans

son ensemble bénéficie d’un doublement

des montants (650 M€ sous le 9ème FED –

1,2 milliard d’euros sous le 10ème FED).

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Et cela n’a pas toujours été facile ; nous

avons dû plaider auprès de nos partenaires.

Il faut ajouter à ceci l’assistance apportée

dans le cadre de notre programme

thématique “sécurité alimentaire” et des

mesures d’accompagnement sucre, ces

deux instruments permettant d’allouer un

milliard et demi d’euros supplémentaires en

faveur de l’agriculture et de la sécurité

alimentaire dans des pays africains d’ici

2013.

Qualitativement, nous avons revu nos

propres programmes en fonction de ceux de

l’Union africaine, en proposant d’aligner

l’assistance européenne sur le “Programme

Détaillé pour le Développement de

l’Agriculture en Afrique” piloté par le NEPAD

et l’Union africaine.

1/ Mais attention…

Quand on parle d’agriculture, il ne faut pas faire

l’erreur de se limiter à la question de la

production “brute”.

Il faut évidemment renforcer la production

agricole.

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L’Afrique est la seule région du monde où la

production alimentaire moyenne par habitant ne

cesse de décliner depuis 40 ans.

Il faut évidemment mettre fin à la dépendance de

l’Afrique vis-à-vis des importations de denrées

alimentaires de base.

Et ce d’autant plus quand on sait qu’il y a à peine

50 ans, l’Afrique était un continent agricole en

situation excédentaire.

Pour se préserver de crises alimentaires

endémiques, l’Afrique devra compter sur son

propre potentiel agricole. Non seulement parce

que les prix seront durablement élevés, mais

aussi parce que la disponibilité des produits sur le

marché international n’est plus assurée si les

pays exportateurs réduisent leurs exportations

pour garantir leur propre sécurité alimentaire.

Mais… le secteur agricole ne se réformera pas du

jour au lendemain; la production ne doublera pas

en un ou deux ans.

L’agriculture est un secteur très compliqué.

De nombreux acteurs (souvent peu ou mal

organisés) interagissent tant bien que mal au sein

d’environnements économiques ou politiques

complexes et fragiles – et avec souvent une

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répartition des rôles peu claire entre les

gouvernements et les acteurs du secteur privé.

L’accroissement de la production agricole

africaine ne pourra se faire qu’au prix

d’ajustements sérieux que la communauté

internationale doit accompagner.

Des questions comme :

L’organisation de la filière de

production et de commercialisation

L’accès aux terres

L’accès aux intrants et aux semences

La garantie des prix

Les transferts technologiques

Les infrastructures de

désenclavement

Le prix de l’énergie et du transport

Les effets du changement climatique

L’aménagement du territoire

sont autant de vecteurs qui interagissent et qui

déterminent la capacité pour les pays pauvres de

résoudre cette question existentielle, au sens

propre et figuré.

On ne pourra pas non plus faire l’économie d’une

clarification d’un certain nombre de débats comme

l’opportunité et les conditions dans lesquelles il est bon

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de promouvoir les biocarburants. De même, il faudra

sortir du blocage idéologique qui concerne les OGM.

2/ Quand on parle d’agriculture, c’est de la

question de la création et de l’organisation

des marchés agricoles locaux et régionaux

dont on parle.

Approximativement un tiers des pénuries

alimentaires du monde pourrait être

significativement allégées en améliorant les

réseaux de distribution agricoles locaux et en

aidant à relier mieux les petits agriculteurs aux

marchés.

L’ouverture commerciale liée aux Accords de

Partenariat Economique, avec une mise en place

asymétrique et progressive permettant d’éviter

une concurrence inégale pour les produits

alimentaires, devrait permettre le développement

des échanges, ce qui est favorable à la stabilité

des prix et au transfert des technologies.

L’intégration régionale est un élément

indispensable dans la lutte contre l’insécurité

alimentaire.

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Elle est par exemple un élément clé pour jouer

sur les complémentarités entre les zones côtières

et les régions sahéliennes.

Elle est aussi un élément clé pour la question du

suivi de la malnutrition – je pense ici à la crise

alimentaire au Niger en 2005 qui n’était pas

uniquement due à un problème de mauvaise

récolte mais aussi à une question de pouvoir

d’achat insuffisant et de persistance de poches de

malnutrition ; je pense aussi au Kenya en 2006 :

bumper harvest à l’ouest du pays et famine au

Nord-Est).

Les mesures d’accompagnement que l’Europe

mettra en place pourraient couvrir la mise en

place de dispositifs d’atténuation des effets de la

volatilité des prix sur les filières; la mise en place

de fonds de calamité, de fonds d’intervention et

de stocks de sécurité; le renforcement des

systèmes d’alerte précoce et des systèmes

d’information sur les marchés, ou encore la

création de fonds de lissage pour les filières

d’exportation comme celui développé sur la filière

coton).

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3/ Quand on parle d’agriculture, on parle aussi

du renforcement de la gouvernance

alimentaire mondiale.

Non pas en créant de nouveaux groupes de

travail, de nouvelles organisations ou de

nouveaux fonds, mais en clarifiant et en

renforçant le mandat des organisations

existantes.

Je pense notamment à la FAO qui doit (re-

)devenir une agence phare et jouer un rôle de

premier plan tant face aux anciens défis

(réduction de la faim, lutte contre la pauvreté) que

face aux nouveaux défis (globalisation, lutte

contre le changement climatique).

L’Afrique n’a pas besoin d’une révolution verte,

mais de plusieurs révolutions vertes différentes,

en raison de sa diversité géographique et du

nombre de variétés culturales utilisées en

agriculture. Il faut des approches différenciées

selon les zones.

Les approches nationales suivies dans le cadre

du programme de l’Union africaine sont de notre

point de vue les plus appropriées.

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Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de leçons à

tirer d’expériences réalisées sur d’autres

continents.

Mais il faut d’abord être conscient que les

réponses se trouvent au niveau national.

C’est là que les révolutions vertes doivent

s’enraciner.

Et c’est d’ailleurs ce qui logiquement nous amène

à donner la préférence à ce niveau national pour

le déboursement de nos appuis plutôt qu’à

abonder de nouveaux fonds spéciaux pour

l’agriculture.

X X X

Mesdames, Messieurs,

L’Afrique peut transformer la crise actuelle en

opportunité de développement. Son

agriculture doit pour cela être soutenue audelà

des réponses d’urgence.

Les défis sont énormes, et je ne vais ni essayer

d’en faire la liste, ni essayer de donner toutes les

réponses.

Je voudrais simplement insister sur quelques

points qui fondent mon optimisme:

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D’abord, le fait que les gouvernements

africains se sont eux-mêmes engagés en

faveur de l’agriculture et du

développement rural.

La Déclaration de Maputo de 2003 est très

claire : augmenter la croissance agricole de

6% par an et allouer 10% des ressources

publiques à l’agriculture et au

développement rural.

Cette appropriation par nos partenaires de

la priorité à l’agriculture est le premier pas

vers une aide efficace.

Ensuite, le fait que la prévisibilité des

financements augmente – deuxième pas

vers une aide efficace.

L’Union européenne elle-même – premier

donateur d’aide publique au développement

– délivre de plus en plus son aide sous

forme d’appui budgétaire.

Nous espérons pouvoir suivre cette

approche dans plus de la moitié des pays

africains – notamment grâce aux contrats

OMD qui permettent des engagements

pluriannuels d’appui budgétaire.

X X X

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J’ai l’habitude de dire que ce n’est pas l’impossible

qui désespère, mais le possible non atteint.

Sur le sujet qui nous occupe, je dirais que c’est

d’autant plus vrai.

Garantir à chaque être humain une alimentation

adéquate et régulière ne constitue pas seulement

un impératif moral : c’est l’accomplissement d’un

droit humain fondamental. Qu’y a-t-il de plus

choquant que de voir ce droit élémentaire bafoué

alors que le monde moderne a les moyens pour le

réaliser ?

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