Propositions pour que les échanges commerciaux soient de véritables outils au service du développement
XII ème Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement
Accra, Ghana, Avril 2008
Les organisations de solidarité internationale (OSI) membres de Coordination SUD saluent le rôle
joué par la CNUCED d’accompagnement des décideurs dans la réflexion et la prise de décision
concernant le lien nécessaire entre commerce et développement. Depuis sa création en 1964, la
CNUCED a su démontrer sa capacité d’analyse et sa pertinence sur les questions de politique
commerciale, d’intégration régionale, de renforcement des capacités productives, de régulation des
filières des produits de base, du changement climatique et de l’environnement, ainsi que de l’aide au
commerce.
La CNUCED doit néanmoins encore être renforcée dans son action pour promouvoir un processus de
mondialisation plus solidaire et favorable aux populations les plus défavorisées et vulnérables, en
conciliant logiques économiques et droits économiques, sociaux et culturels (DESC) des populations
énoncés dans le Pacte de 1966. Ses propositions de régulation des échanges mondiaux et d’une
meilleure cohérence entre les différentes politiques (commerciales, agricoles,…) oeuvrent à la mise
en place d’une stratégie plus mesurée et cohérente pour veiller à ce que les bienfaits de la
mondialisation soient plus largement partagés. Nos organisations se prononcent par ailleurs pour
donner la primauté aux DESC par rapport aux règles commerciales internationales, et au système
des Nations-Unies par rapport aux institutions de Bretton Woods.
Dans la perspective de la prochaine CNUCED XII, les OSI membres de Coordination Sud souhaitent
réaffirmer un certain nombre de principes partagés avec leurs partenaires des pays en
développement. La régulation des échanges commerciaux, le maintien de préférences
commerciales accordées dans le cadre de l’OMC, et le soutien à l’intégration régionale sont
les conditions requises pour que les PED participent à un développement économiquement
viable, socialement équitable et environnementalement sain.
1. Pour se développer, les marchés régionaux doivent être protégés
a) Appui à l’intégration régionale
Nous partageons l’objectif de mise en place de zones d’intégration régionale et pensons que la
priorité doit être donnée au développement des marchés régionaux. Ces zones permettront
d’augmenter la taille des marchés, de réaliser des économies d’échelle et ainsi d’améliorer le niveau
de vie global des populations. Les intégrations régionales doivent être construites par les Etats
concernés en concertation avec leur société civile et non pas imposées à marche forcée par des
négociations commerciales. Toute négociation commerciale de type bilatéral (par exemple l’UE avec
les pays ACP) doit respecter les processus de construction régionale en cours.
b) Protection et respect des priorités des PED
Les accords commerciaux entre régions doivent permettre aux Etats signataires de mettre en place
des dispositions pouvant permettre la désignation d’un nombre approprié de Produits Spéciaux, qu’ils
souhaitent protéger en raison de leur importance pour la sécurité alimentaire, la garantie des
conditions d’existence et le développement rural ; et le recours à un Mécanisme de Sauvegarde
Spécial qui doit leur permettre de prendre des mesures ponctuelles de protection des marchés pour
faire face à une augmentation brusque des importations ou une baisse importante des prix.
Par ailleurs, la création des marchés communs régionaux nécessite la mise en place de droits de
douane commun (le tarif extérieur commun ou TEC), qui permette de protéger suffisamment les
économies de la concurrence entre les importations et les productions locales.
« Echanges commerciaux : pour une régulation au service du développement »
Position de la Commission Agriculture et Alimentation de Coordination SUD –
CNUCED XII, Avril 2008
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c) Risque lié à la perte des recettes douanières
La suppression des taxes douanières sur les produits importés et dans les échanges intra-régionaux,
cumulée à la baisse des tarifs douaniers découlant de l’application des TEC bas, peut réduire
considérablement pour certains PED les recettes des Etats. En effet ces dernières reposent fortement
sur les taxes douanières. La capacité d’investissement des pays dans des infrastructures ou dans des
programmes sociaux, éducatifs ou sanitaires va s’en trouver réduite. C’est un risque de plus qui pèse
sur la réussite des intégrations régionales.
La libéralisation n’est aucunement un remède miracle, et l’expérience montre qu’elle peut être un
facteur important de pauvreté pour certaines franges de population. Nous ne pouvons donc que
recommander une mise en oeuvre de la libéralisation la plus progressive et la plus longue possible
afin que l’intégration régionale ait un effet d’entraînement suffisant, qui permette aux Etats de se
procurer les recettes nécessaires au remplacement des taxes douanières, sans que cela remette en
cause leur équilibre budgétaire.
2. L’accès au marché seul ne suffit pas à stimuler les exportations
Le développement des exportations et des échanges commerciaux, s’il ne constitue pas l’unique voie
vers le développement, contribue cependant à soutenir le développement économique des PED, et il
est donc essentiel qu’ils puissent en tirer plus de profit.
Cependant nous tenons à souligner que la baisse des droits de douane des pays tiers n’est pas un
facteur suffisant pour que les exportations soient stimulées. L’objectif d’une augmentation des flux
commerciaux ne se résume donc pas au débat sur les tarifs et protections douanières.
Pour que les exportations se développent réellement, et en faveur des plus pauvres, il est nécessaire
d’appuyer les démarches de renforcement du secteur productif des PED, en particulier sur les
normes sanitaires et phytosanitaires et de manière générale sur la qualité des produits. Il convient
aussi de favoriser le développement des infrastructures permettant le commerce (transport et
télécommunications). Dans cette démarche les petites et moyennes entreprises et les organisations
de producteurs agricoles doivent être prioritairement appuyées.
3. Le développement ne peut être réduit au seul commerce: une cohérence des
politiques commerciale, de développement, agricole et environnementale est
indispensable
Si les conditions identifiées plus haut sont respectées, le développement des échanges peut stimuler
le développement économique. Cependant, pour parler réellement de développement durable,
encore faut-il que cela ait des conséquences positives sur les dimensions sociale et
environnementale, et que les décisions soient prises dans une démarche participative.
Veiller à ce que les Etats conservent la maîtrise de leur développement
Il nous semble fondamental que les Etats développent des politiques redistributives et des politiques
sociales ambitieuses, pour que les gains économiques ne soient pas confisqués par les franges les
plus riches ou par les investisseurs étrangers, et pour que les populations les plus pauvres en
bénéficient.
Il est probable que des grands marchés régionaux puissent attirer des investissements étrangers
directs (IED). Face à cela, il nous semble important que les Etats des PED puissent renforcer leur
capacité à réguler ces investissements et que des conditions sociales et environnementales soient
négociées. Ainsi, les IED pourront-ils être des leviers pour le développement durable.
« Echanges commerciaux : pour une régulation au service du développement »
Position de la Commission Agriculture et Alimentation de Coordination SUD –
CNUCED XII, Avril 2008
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Garantir une aide suffisante et non conditionnelle
Stimuler l’intégration régionale et les exportations des PED nécessite que des moyens
supplémentaires soient engagés. L’aide au développement et à la coopération des pays développés
devrait être ajustée en conséquence (et sans préjudice d’une réduction des enveloppes consacrées
aux programmes sociaux ou éducatifs et sanitaires au prétexte de renforcer l’aide au commerce).
L’aide à la coopération des pays développés ne doit pas non plus devenir une monnaie d’échange
pour les négociations commerciales avec les PED (par exemple être conditionnée l’ouverture de leurs
marchés).
Veiller à la cohérence de la politique agricole commune avec les objectifs de
développement des pays du Sud
L’UE s’est engagée à Hong Kong en décembre 2005 à mettre fin à ses subventions aux exportations
agricoles d’ici 2013, et à l’essentiel d’ici 2008, à condition que les Etats-Unis et d’autres pays
enclenchent la même dynamique. Cependant cela ne suffira pas à mettre fin au dumping, c’est-àdire
au fait d’exporter un produit à un prix inférieur à son prix de production. Les produits ayant
bénéficié d’un quelconque soutien domestique (aides découplées en particulier) ne doivent pas se
retrouver sur les marchés d’exportation. Il faut évaluer les soutiens en fonction de leurs
conséquences sur la production d’excédents, la compétition entre agriculteurs et la préservation de
l’environnement. En Europe, les outils de maîtrise de l’offre agricole doivent être préservés, et non
démantelés, afin de mettre en adéquation la production et les besoins intérieurs.
Intégrer la dimension environnementale
Le développement des échanges régionaux participe aux émissions de gaz à effet de serre (GES), à
l’heure où la Communauté internationale cherche à les réduire. Il nous semble juste que l’UE
accentue ses efforts de réduction de GES afin de compenser les augmentations résultant du
développement des échanges avec les ACP, et privilégie les modes de transport les moins polluants.
Position de la Commission Agriculture et Alimentation de Coordination SUD
(élaborée par Oxfam France-Agir Ici, CCFD, CFSI, GRET, Peuples solidaires, IRAM, Fédération
Artisans du Monde, Agronomes et Vétérinaires sans frontières, Secours Catholique)