POINT DE PRESSE
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER
(Paris, 18 mars 2008)
EUFOR
Je voulais également dire quelques mots sur EUFOR qui a atteint, le 15 mars, la capacité opérationnelle. Bien entendu, son déploiement va se poursuivre puisque le nombre des soldats engagés doit atteindre 3.700 et que 1.700 soldats sont présents pour le moment.
Je rappelle qu’il y a 15 pays sur le terrain, qu’il y a 22 pays qui participent à la chaîne de commandement sous les ordres du général irlandais Nash, installé au quartier général opérationnel multinational du Mont-Valérien.
Ce sont les 27 pays de l’Union européenne qui ont financé la capacité opérationnelle.
Nous en espérons beaucoup, en particulier pour l’encouragement que cette Force européenne constitue pour le déploiement de la force hybride, de l’autre côté de la frontière du Tchad, au Soudan. Il y a très peu de jours, j’ai vu M. Ban Ki-moon et j’ai vu Jean-Marie Guéhenno, le directeur des Opérations de Maintien de la Paix. Nul doute que le déploiement d’EUFOR renforce les décisions qui seront prises pour augmenter la force hybride de l’autre côté de la frontière, au Soudan. Force européenne côté tchadien, Force hybride, c’est-à-dire Union africaine et ONU, de l’autre côté. Cette Force devrait représenter 26.000 hommes au Darfour.
Par ailleurs, c’est l’occasion de saluer, avec espoir, la déclaration de Dakar et l’accord entre le président du Soudan et le président du Tchad, entre M. Béchir et M. Déby.
Il y a eu beaucoup d’accords signés. Il y en a eu cinq, dont trois à Tripoli. En voilà un autre à Dakar. J’espère que celui-là sera le bon.
J’espère donc que cette multiplication des efforts aboutira évidemment à un Processus de paix, à un processus politique sans lequel il n’y aura pas la paix. Je pense que ce déploiement des forces françaises et des forces européennes, ensemble, d’une part, puis des forces internationales, particulièrement africaines et des forces de l’ONU d’autre part, c’est encore ce que nous pouvions faire de mieux.
Je vous signale qu’aujourd’hui, à Genève, il y a une réunion politique à propos du Darfour. J’espère que tous ces événements profiteront les uns aux autres, dans le sens de la paix.
SUCCESSION DE M. GUEHENNO
Q - Vous avez cité M. Jean-Marie Guéhenno. J’aurais voulu connaître la position de la France, aujourd’hui, concernant sa succession. Si je comprends bien, ce poste sera bientôt vacant. Il a donné l’impression qu’il le quitterait. Un Français sera-t-il à ce poste ? La France en fera-t-elle une affaire de principe ?
R - Ce n’est pas la peine d’en faire une affaire de principes, c’est acquis, ce poste sera français. J’ai lu le contraire dans la presse, mais franchement, ce poste sera français. M. Guéhenno a effectué un travail exceptionnel. Il suffit de considérer ces dernières années, ces Opérations de Maintien de la Paix : il y en a eu et des difficiles ! Aucune n’a été simple. Jean-Marie a vraiment très bien saisi les rapports entre l’humanitaire et le politique, ce qui est au fondement d’une Opération de Maintien de la Paix, qui n’est jamais seule, qui n’est jamais prévue pour durer et qui dure toujours. En même temps, elle s’intéresse à une technique, une “science”, qu’il nous faut développer en France, et qui d’ailleurs n’a pas de traduction, et qui se nomme la “nation building”. On pourrait dire la fabrication de la démocratie, mais ce serait trop simple car la démocratie, c’est tout à fait autre chose, cela ne s’impose pas.
Jean-Marie a très bien travaillé, il ne s’en va pas avant le mois de juin et, bien entendu, des candidats français seront présentés au Secrétaire général des Nations unies.
Merci de cette question et encore une fois, je souligne le travail exceptionnel de Jean-Marie Guéhenno. Je le connaissais bien, il est venu nous voir au Kosovo en 1999, au moment où il fut nommé. Il avait eu la très bonne idée de faire la tournée de toutes les Missions de paix que les Nations unies menaient en même temps. Il était un peu effrayé par l’ampleur de la tâche. C’est une tâche exceptionnelle. Il y a 100.000 soldats sur les terrains. Il a vraiment bien travaillé.