11 Mars 2008
La société civile zimbabwéenne craint des élections frauduleuses et des violences post-électorales
Bruxelles – Lors de la conférence de presse de ce matin, organisée par le réseau international des organisations catholiques pour le développement, CIDSE, et par Zimbabwe Watch, une délégation de représentants de haut niveau de la société civile zimbabwéenne a exprimé sa profonde inquiétude concernant les résultats probables et la tenue des élections présidentielles au Zimbabwe prévues le 29 Mars prochain.
« Le gouvernement en fonction est illégitime. Dans les conditions actuelles, ces élections ne seront ni justes ni équitables. Si la population a vraiment son mot à dire, Mugabe perdra. Mais nous craignons que le gouvernement use sans gêne de la fraude et de l’intimidation pour voler une nouvelle fois ces élections » a déclaré John Stewart, directeur de NOVASC (Nonviolent Action and Strategies for Social Change), une ONG de défense des Droits Humains. « La situation s’aggravant, de jour en jour, il est urgent de réaliser une ouverture qui assure une transition politique au Zimbabwe dès maintenant ».
Mugabe est absolument déterminé à assurer sa réélection et cherche à faire taire l’opposition et les médias. Les arrestations arbitraires, les exactions physiques et la torture des membres de l’opposition, des médias et de la société civile sont courantes. « Le régime, réalisant que sa main mise sur le pouvoir décroît, nous avons très peurs d’une réaction violente, car Mugabe utilisera tous les moyens à sa disposition pour s’accrocher au pouvoir », a affirmé Wilbert Mandinde de MISA (Media Institute for Southern Africa).
La situation au Zimbabwe est si désastreuse que la population est à la recherche de toute possibilité de changement. « Si Mugabe reste au pouvoir, il n’y a aucun espoir de changement » a affirmé Maureen Kademaunga, responsable des droits humains et du genre au sein du Zimbabwe National Student Union (ZINASU), le Syndicat national des étudiants zimbabwéens. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une transition vers un nouveau type de gouvernement, avec des leaders attachés aux principes, et réellement responsables de leurs actes devant la population ».
Les leaders de la société civile, réunis à Bruxelles, ont appelés l’Union Européenne et les États africains à entreprendre des actions communes et fortes, basées sur des accords de principes, afin de garantir un Zimbabwe démocratique. Takavafira Zhou, Président du Progressive Teachers’ Union of Zimbabwe (PTUZ), le syndicat des enseignants, qui a récemment été sévèrement torturé dans les bureaux du ZANU-PF a déclaré « l’Europe ne doit pas abandonner le Zimbabwe, mais travailler de concert avec les pays africains afin de trouver une solution. Les efforts internationaux dans la crise kenyane ont clairement montrés le potentiel d’une intervention internationale cohérente ».
L’opposition croissante au régime du Président Robert Mugabe, nourrie par les difficultés économiques et les divisions au sein du parti au pouvoir ZANU-PF, signifie que le résultat des élections est plus incertain que jamais. Avec les candidatures aux élections de Simba Makoni, un ancien Ministre des Finances issu d’une faction de son propre parti, et du leader historique de l’opposition, Morgan Tsvangirai, (MDC), Mugabe doit faire face à l’un des plus sérieux défis depuis qu’il est arrivé au pouvoir, après l’indépendance, en 1980.
Les échecs politiques ont également paralysés l’économie, entraînant un chômage de plus de 80% et une inflation inouïe de 100.000%. Les biens de première nécessité, même l’eau et l’essence, ont disparus des magasins. Le Zimbabwe, autrefois montré en exemple, traverse une grave crise humanitaire : 80% de la population vit dans des conditions sordides et l’espérance de vie, extrêmement basse, est de 35 ans.
Lors de la dernière réunion des ministres des affaires étrangères (GAERC), le Conseil de l’Union Européenne a réitéré ses préoccupations concernant la situation humanitaire, politique et économique au Zimbabwe, qui, selon le Conseil, « risque de mettre en danger la tenue d’élections libres et justes ».