Posted by: APO | 6 March 2008

Tchad / France 24 / Entretien Président Idriss DEBY ITNO / Interview


Entretien Président Idriss DEBY ITNO

 

TRANSCRIPT

 

France 24.- Bienvenue sur France 24 pour cette nouvelle édition du Talk de Paris, une émission enregistrée à N’Djamena, la capitale du Tchad, où nous reçoit le Président Idriss DEBY ITNO.

 

Idriss DEBY, fils de nomade du désert, devenu chef d’Etat. Idriss DEBY, arrivé au pouvoir en 1990, par les armes et qui, aujourd’hui, ironie de l’histoire, est obligé de livrer une bataille sans merci contre les rebelles qui veulent le renverser. Il est soutenu par la France. On l’a surnommé le Napoléon tchadien en raison de son grand sens de stratège.

 

Monsieur le Président Idriss DEBY ITNO, bonjour !

 

Président Idriss DEBY.- Bonjour !

 

France 24.- On sait que vous êtes chef d’Etat depuis maintenant près de dix-huit ans. On sait aussi que, lorsque, début février, des rebelles ont tenté de vous renverser, lorsqu’ils sont arrivés aux portes de N’Djamena et qu’on vous a proposé de quitter la ville, Nicolas SARKOZY vous a proposé de vous exfiltrer, vous avez refusé.

 

Aujourd’hui, est-ce que vous êtes plutôt un chef d’Etat ou un chef de guerre ?

 

Président Idriss DEBY.- Je pense que les journalistes à tort, souvent, parlent de moi comme d’un chef de guerre, un militaire. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’histoire. Les militaires peuvent aussi jouer des rôles politiques, l’histoire nous le montre. Je ne suis pas un chef de guerre, je suis un Président élu démocratiquement.

 

France 24.- Et néanmoins, vous n’avez pas hésité à monter au front. Vous avez dit : « Je préfère mourir au Tchad que de partir en exil ».

 

Président Idriss DEBY.- La situation l’impose, je n’avais que 2 choix : soit laisser le pays dans le désordre, dans le chaos et dans la guerre civile ; soit, au prix du sacrifice suprême de ma vie même, défendre les acquis de dix-huit années. J’ai choisi de défendre les acquis de dix-huit années du Tchad.

 

Vous me parlez des rebelles. Parlons sérieusement. De quels rebelles s’agit-il ? Ce sont des gens qui sont venus tout droit du Soudan, armés, équipés, formés par le Soudan. Ce sont des mercenaires. Il n’y a de tchadien que la tête des responsables.

 

Ce n’est pas la rébellion qui veut renverser le Président DEBY, au contraire, c’est le Soudan qui veut mettre au Tchad un régime à sa dévotion pour perpétuer en Afrique au Sud du Sahara, un islamisme, parce que le système du Soudan, vous le connaissez, c’est celui de l’Islamisme pur.

 

France 24.- Vous accusez le régime de Khartoum d’instrumentaliser les rebelles pour vous renverser.

 

Président Idriss DEBY.- Ce n’est pas un secret. C’est un secret de polichinelle.

 

France 24.- Tout de même, est-ce qu’aujourd’hui vous pensez que les rebelles vont revenir et vont lancer de nouvelles attaques contre N’Djamena ? On sait que vous êtes en train d’établir une tranchée autour de la capitale pour les freiner. Y a-t-il un risque qu’ils reviennent ?

 

Président Idriss DEBY.- C’est le deuxième raid que N’Djamena a connu depuis les deux dernières années. Avril 2006, 15 avril précisément, nous avons connu une attaque qui est venue du Soudan. En février, nous avons connu la même attaque qui est venue du Soudan. Il n’est pas impossible et je confirmerai même que le Soudan est en train d’équiper ceux qui sont partis d’ici avec de nouvelles armes, des moyens nouveaux pour les préparer pour les attaques.

 

Je crois l’avoir dit à tous ceux qui suivent ce drame que le Tchad vit. J’ai alerté, à maintes reprises, la communauté internationale. Face à tout cela, nous ne voyons qu’une politique de l’autruche qui ne dit pas son nom.

 

On n’arrive pas à arrêter le Soudan, d’agresser le Tchad qui héberge quand même plus de 300.000 réfugiés et 170.000 tchadiens déplacés dans leur propre pays.

 

France 24.- Face à cette nouvelle attaque qui se prépare, selon vous, que faut-il faire ? Est-ce que vous lancez à nouveau un appel à la France, à l’Europe pour vous soutenir ?

 

Président Idriss DEBY.- Je crois que le Tchad a eu à faire face à des situations difficiles déjà. Nous avons, je pense à 2006, eu une situation similaire à celle que nous avons connue en février. Nous sommes prêts, je le dis bien, à défendre l’intégrité de notre territoire. Nous sommes prêts à défendre les acquis démocratiques du Tchad. Nous sommes prêts à éviter que notre pays tombe dans le désordre, le désordre qui va déboucher à une guerre civile fatalement.

 

France 24.- On dit qu’aujourd’hui déjà il y a une grande instabilité dans le pays. Etes-vous d’accord ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, je ne suis pas du tout d’accord. Nous contrôlons les 1.284.000 km² du Tchad.

 

France 24.- Combien de victimes ont péri pendant ces combats ? Vous avez cité un chiffre de 400 civils décédés mais, au total, avec les militaires, combien de morts y a-t-il eu en février ?

 

Président Idriss DEBY.- Il faut compter autour de 700 morts au total entre ici à N’Djamena et Massaguet, la ville qui est à 80 km de N’Djamena. Ce sont les 2 villes martyres.

 

France 24.- Je l’ai dit, vous étiez soutenu par la France qui ne s’est pas directement engagée dans les combats mais qui vous a fourni des munitions. Est-ce que vous auriez pu « survivre », est-ce que votre régime aurait pu rester en place sans le soutien de la France ?

 

Président Idriss DEBY.- Je pense qu’il faut voir les choses beaucoup plus sous un angle qui vous éviterait évidemment de faire des amalgames.

 

Le Tchad et la France ont un accord d’assistance dans le domaine de la défense, le Tchad n’a pas d’accord de défense avec la France. Donc, dans ce cadre-là, la France a rempli ses engagements dans l’épreuve difficile que nous avons traversée.

 

Tout au moins, quoi qu’il en soit, je n’étais pas prêt, fut-ce au prix de ma vie, quelles que soient les difficultés, d’abandonner la ville à des mercenaires.

 

Dans les faits, la suite des événements aurait été tragique pour le peuple tchadien. Cela aurait été une tragédie en fait.

 

France 24.- Mais vous pensez que vous auriez pu rester au pouvoir sans le soutien des Français ?

 

Président Idriss DEBY.- Je suis croyant et je crois au destin. Je ne dis pas que la France n’a pas fait quelque chose, la France a été très utile pour le Tchad dans la situation que nous avons traversée. Je pense que nous avons payé un prix fort. Les soldats tchadiens ont démontré une fois de plus notre capacité de défendre l’intégrité du territoire, bien sûr avec l’appui de la France, un pays ami avec lequel nous avons des accords d’assistance militaire.

 

France 24.- Nous allons revenir au cours de cette émission mais, avant tout, comme le veut la tradition, je propose de revenir sur votre longue carrière politique avec ce portrait qui a été réalisé par l’un des journalistes de France 24, Clovis Casali.

 

(portrait)

 

France 24.- Je vous ai vu réagir, Monsieur le Président, à ce portrait. Je vous en prie, vous avez des critiques ?

 

Président Idriss DEBY.- Non. Il y a des choses dites sur moi dans lesquelles je ne me reconnais pas et il y a des choses qui, bien sûr, ressemblent un peu à ce que j’étais. Je pense qu’il y a un peu d’exagération. Il y a des choses qui sont dites par le journaliste en question….Il est peut-être un expert du Tchad, certainement, mais les détails sont très importants.

 

France 24.- Tout de même, on a écouté dans ce portrait une petite phrase. Vous avez dit  en arrivant au pouvoir en 90 : « Je ne vous promets ni or, ni argent mais je promets la liberté ». Aujourd’hui, le Tchad est dans une situation économique extrêmement difficile, le pays est en guerre, la liberté et la démocratie ne sont pas à l’ordre du jour. Alors, quand vous voyez ce bilan défiler, comment réagissez-vous ?

 

Président Idriss DEBY.- Je crois qu’il faut dire pourquoi nous vivons cette situation. Quelle est la cause de cette situation ?

 

C’est d’abord la crise du Darfour que la communauté internationale n’a pas pu gérer en son temps et qui a débordé des frontières du Soudan vers le Tchad.

 

Un deuxième élément est la politique d’agression caractérisée et très claire du gouvernement du Soudan contre le Tchad.

 

France 24.- A ce propos, Monsieur le Président, si on vous proposait d’avoir un dialogue direct avec le Président du Soudan, est-ce que vous accepteriez de dialoguer avec lui pour mettre fin à la guerre ?

 

Président Idriss DEBY.- J’ai toujours été un homme de dialogue. J’ai dialogué avec BECHIR plusieurs fois, devant des chefs d’Etat Africains, même devant l’ancien Président de la République française, Jacques CHIRAC.

 

France 24.- Et aujourd’hui, seriez-vous prêt à renouveler ?

 

Président Idriss DEBY.- Je suis un homme de dialogue pourvu que le Soudan nous laisse tranquilles. Tout ce que vous avez dit ici, ce sont des conséquences directes de la crise du Darfour. Tant que la crise du Darfour reste comme telle, ce n’est pas seulement le Tchad qui va être déstabilisé, mais toute la sous-région.

 

France 24.- Si vous le voulez bien, parlons un instant des relations entre la France et le Tchad. Nicolas SARKOZY est venu à N’Djamena et il a annoncé, quelques jours plus tard, au Cap, en Afrique du Sud, que la France allait revoir de fond en comble tous ces accords de défense avec l’Afrique. Je vous propose d’écouter Nicolas SARKOZY :

 

« La présence militaire française en Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain de la décolonisation, il y a cinquante ans. La rédaction de ces accords est obsolète. L’Afrique de 2008 n’est pas l’Afrique de 1960. La France en tirera toutes les conséquences avec ses partenaires africains. »

 

Avez-vous une réaction à cette décision de Nicolas SARKOZY ? D’un mot, la France ne veut plus être le gendarme de l’Afrique…

Président Idriss DEBY.- Je crois que les relations entre la France et les pays africains colonisés par la France sont des relations tissées par l’histoire. Ce sont des faits historiques. On ne peut pas les nier. On ne peut pas, d’un coup, effacer toute l’histoire qu’on a vécue avec la France.

 

 

D’autre part, le Président de la République Française est libre de ses choix et la France est un pays souverain. Les Etats africains sont aussi des Etats souverains. En tout cas pour ce qui concerne le Tchad, nous avons révisé les accords de 1960 en 1976. Donc on a échangé l’accord de défense, contre l’accord d’assistance. Le Tchad est entièrement satisfait de la coopération qui existe entre la France et le Tchad.

 

France 24.- Il y a, il faut le rappeler, en permanence…

 

Président Idriss DEBY.- Donc, je dis bien que cela ne concerne pas le Tchad en fait.

 

France 24.- Il y a tout de même, en ce moment, en permanence 1.000 à 1.200 soldats français de l’opération Epervier. Est-ce que vous souhaitez qu’ils restent ou est-ce que vous souhaitez renégocier leur présence ?

 

Président Idriss DEBY.- Vous savez dans quelle situation l’Epervier est arrivé ? L’Epervier est arrivé en 1987 quand le Tchad était menacé. C’était à la demande de mon prédécesseur. Il y a des accords qui ont été signés. C’est la continuité de l’Etat. Je n’ai pas remis en cause les accords qui ont été signés entre la France et le Tchad.

Donc, moi je ne vois pas d’inconvénients à la présence de l’Epervier au Tchad. Si la France souverainement décide de fermer les portes ou de quitter l’Epervier, ce serait une décision souveraine de la France.

 

France 24.- Mais vous personnellement, cela vous inquiète un peu cette volonté de remettre à plat cinquante ans de relations franco-africaines ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, cela ne m’inquiète pas du tout dans la mesure où le Tchad a déjà révisé, je le disais tout à l’heure, l’ensemble de l’accord signé avec la France en 1976. Il n’y a pas un accord de défense avec la France, mais il y a un accord d’assistance militaire.

 

France 24.- D’un mot, pour terminer cette première partie, qu’attendez-vous précisément de Nicolas SARKOZY aujourd’hui ?

 

Président Idriss DEBY.- La France est un partenaire très important pour le développement. Je pense que nous attendons beaucoup du Président SARKOZY s’agissant de l’aide au développement. Pendant son passage ici, il avait annoncé quelques grands projets qui vont être exécutés
par la France au bénéfice des populations du Tchad, en particulier dans le domaine de l’eau, dans le domaine des transports et autres. Ce qui est important pour nous, c’est la continuité de cette coopération au bénéfice du peuple tchadien.

France 24.- Donc vous ne souhaitez pas de rupture ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, je ne souhaite pas de rupture. Pourquoi une rupture ? Une rupture de quel genre ?

 

S’il s’agit des accords de défense, nous n’avons pas d’accords de défense. S’il s’agit de partenariat, la France est le premier partenaire du Tchad sur le développement. Donc sur ce point, et j’insiste sur ce point, nous avons encore besoin de la France.

 

France 24.- Merci, Monsieur le Président.

 

Je vous propose de regarder ensemble le journal de France 24 et de nous retrouver dans quelques minutes pour poursuivre cet entretien réalisé à N’Djamena avec le Président Idriss DEBY ITNO.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2ème partie

 

 

France 24.- Retour sur le plateau du Talk de Paris, une émission enregistrée à N’Djamena, la capitale du Tchad, avec notre invité, le Président Idriss DEBY, Président du Tchad.

 

Monsieur le Président, une affaire qui a fait grand bruit en France et au Tchad, c’est l’affaire de l’Arche de Zoé. Six de ses membres ont été condamnés à huit ans de travaux forcés au Tchad, ils ont été transférés en France et ils vont demander la grâce présidentielle.

 

Je sais que vous avez longuement réfléchi à cette question. Est-ce que vous avez pris votre décision ? Etes-vous prêt à pardonner ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, nous n’avons pas encore pris une décision parce que j’ai eu, courant février, la demande de grâce exprimée par les avocats des six membres de l’Arche de Zoé condamnés à huit ans de prison ferme. Nous avons des procédures judiciaires chez nous. Il appartient maintenant au Ministère de la Justice d’entamer l’ensemble des procédures qui nous emmènera à la réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature que je préside.

 

Dans ce cas-là, je suis prêt, comme je l’ai déjà dit, non pas à pardonner, ce n’est pas le mot, mais à accepter la demande de grâce.

 

Il faut dire qu’il y a un problème qui n’a pas encore été évoqué : les avocats des familles des 103 enfants, les membres de l’Arche de Zoé doivent comme… comment dit-on ?…

 

France 24.- Comme réparation ?

 

Président Idriss DEBY.- Oui, réparation, 4 milliards de francs CFA, ce qui équivaut à 8 millions d’euros. 

 

Ces familles, qui va les indemniser ? Est-ce que c’est la France ? Est-ce que ce sont les membres de l’Arche de Zoé ? C’est une question qui est posée mais qui reste sans réponse.

 

Mais il n’y a pas un problème sans réponse. Nous allons, avec les échanges que nous aurons avec les familles et avec la France, trouver une solution permettant évidemment d’élargir la liberté des six membres de l’Arche de Zoé.

 

France 24.- Dans combien de temps, Monsieur le Président ?

 

Président Idriss DEBY.- Disons… pas plus de deux mois peut-être, un peu moins d’un mois.

 

France 24.- Un peu moins d’un mois ?

 

Président Idriss DEBY.- Oui.

 

France 24.- Et vous voulez que cette question des indemnités versées aux familles des enfants tchadiens soit réglée avant ou pas ?

 

Président Idriss DEBY.- J’en ai parlé avec le Président SARKOZY. Il m’a dit qu’il allait nous assister. Evidemment, on ne peut pas abandonner ces enfants comme cela. Si d’aventure les membres de l’Arche de Zoé n’ont pas de possibilités, l’Etat tchadien serait dans l’obligation d’indemniser les parents de ces enfants et ces enfants, ces 103 enfants. Nous ne refusons pas non plus une contribution qui nous viendrait de la France ou d’autres partenaires.

 

France 24.- Mais vous liez les deux questions : la grâce et les indemnités ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, je ne les lie pas mais c’est une question qui est importante et pour laquelle il faut trouver une solution. Ce n’est pas lié mais il faut trouver une solution avant d’élargir.

 

France 24.- En tout cas, sur le principe, vous nous confirmez que vous êtes d’accord pour gracier ?

 

Président Idriss DEBY.- Sur le principe, je suis parfaitement d’accord, j’ai accepté. Il y a une procédure. La procédure est lancée. Cela prendra, comme je l’ai dit, moins d’un mois. Nous arriverons au bout à répondre à l’attente des familles de ces condamnés et de leurs avocats.

 

France 24.- Une autre question qui a beaucoup ému les Français et l’opinion publique internationale, c’est la question des Droits de l’Homme au Tchad. Lors des événements de février, trois opposants ont disparu. Deux d’entre eux sont réapparus, l’un à N’Djamena même, l’autre au Cameroun et en France, et le troisième reste introuvable, Ibni OUMAR.

 

Bien entendu, tout le monde se demande où il est mais, avant que vous ne nous répondiez sur ce point, je voudrais que vous écoutiez le témoignage de son fils que nous avons recueilli, avant de venir ici à N’Djamena. Ecoutons-le ensemble.

 

(témoignage)

 

Monsieur le Président, c’est l’occasion pour vous de répondre et de nous éclairer sur le sort de cet opposant.

 

Président Idriss DEBY.- Je crois que ce qui, il faut le dire, par rapport aux événements que nous avons vécus, les trois jours, le 1er, le 2 et le 3, nous avons connu des événements qui ont coûté des vies humaines ici à N’Djamena. Nombreux sont les Tchadiens qui ont perdu leurs parents. C’était une guerre dans la capitale tchadienne.

 

On nous a parlé – c’est ce qu’il vient d’affirmer – que la garde présidentielle aurait enlevé les opposants tchadiens, le 3.

 

Nous connaissons M. LOL qui a été évidemment arrêté par l’Armée au soir du dimanche 3 à 20 heures, après l’offensive qui nous a permis de libérer et de chasser les assaillants hors de la capitale. La ville pratiquement était sous leur contrôle jusqu’à dimanche 18 heures 30.

 

Donc, quand on m’a informé, j’étais au centre des opérations, j’ai demandé évidemment à l’Armée de garder LOL.

 

Ni M. YORONGAR, ni M. Ibni OUMAR n’ont été interpellés par l’Armée.

 

France 24.- Ni par la garde présidentielle ?

 

Président Idriss DEBY.- La garde présidentielle avait autre chose à faire que d’arrêter des hommes. Si on avait arrêté ces gens, pourquoi ne l’aurait-on pas fait en 2006, le 13 avril quand les assaillants ont investi la capitale ?

 

En plus, qu’est-ce qu’Idriss DEBY ITNO gagnerait sinon perdre l’atout principal, c’est-à-dire l’accord du 13 août qui nous permet, dans une certaine sérénité, d’aller déboucher aux élections.

 

France 24.- Qu’est-ce que vous dites au fils d’Ibni OUMAR qui a disparu ? Personne ne sait où il est. Il vous interpelle.

 

Président Idriss DEBY.- Nous avons mis en place une commission d’enquête qui est ouverte à l’international. Attendons les conclusions de cette enquête. C’est une question qui est fondamentale, y compris la question d’Ibni OUMAR, la question des autres personnes qui ont disparu, on n’en parle pas, ce sont aussi des vies humaines. Ce sont des vies humaines, ce sont des Tchadiens.

 

Moi, j’ai la responsabilité de tous les Tchadiens et Tchadiennes. Donc il faut clarifier la question de tous les disparus. Tous les disparus. Et il y en a beaucoup.

 

 

 

France 24.- Combien ?

 

Président Idriss DEBY.- Je ne sais pas exactement. Je sais que parmi les membres de mon cabinet, il y en a au moins deux. Ils ne sont pas réapparus jusqu’à aujourd’hui.

 

Donc, quand Hicham Ibni Oumar dit que la garde présidentielle l’a arrêté, est-ce qu’il a vraiment les éléments en tête ?

 

France 24.- Les preuves ?

 

Président Idriss DEBY.- Oui, des preuves, cela aurait aidé l’enquête.

 

France 24.- Et qu’est-ce que vous lui dites ?

 

Président Idriss DEBY.- Que nous ferons la lumière – je dis bien la lumière – sur tous les disparus. La commission que nous avons mise en place est ouverte à l’international.

 

France 24.- Est-ce qu’il est vivant aujourd’hui ?

 

Président Idriss DEBY.- Je ne peux pas vous le dire. Je ne peux pas vous le dire parce qu’il n’a pas été arrêté. Je confirme qu’Ibni Oumar n’a pas été arrêté.

 

M. YORONGAR a dit qu’il a été arrêté. Il est ressorti…

 

France 24.- Au Cameroun.

 

Président Idriss DEBY.- Oui, au Cameroun. Il faut attendre que la commission fasse son enquête et qu’elle nous dise ce qui s’est passé pendant cette période de trois jours, de 48 heures en fait.

 

France 24.- Il y a quand même une vraie situation concernant la démocratie, les Droits de l’Homme au Tchad. Vous savez qu’il y a beaucoup de journalistes tchadiens qui ont quitté N’Djamena pour se réfugier au Cameroun. Actuellement, il n’y a plus qu’un seul journal qui paraît tous les jours. Qu’est-ce que vous dites à tous ceux qui envisagent de rentrer au Tchad après les événements et qui ne le font pas parce qu’ils ont peur ? Quel message leur adressez-vous, notamment à la presse ?

 

Président Idriss DEBY.- Il y a des dispositions constitutionnelles qui nous autorisent, dans des situations qu’on a vécues, l’état d’exception, ce que nous n’avons pas hésité à faire parce que les institutions de la République ont cessé de fonctionner. Il faut remettre l’appareil et l’Etat en marche. Cela se fait partout. Messieurs les journalistes, vous devez savoir qu’ailleurs, à cause des casses ou des gens qui, dans des banlieues, font des bêtises, on crée un état d’urgence. Ici, la ville a été investie pendant 48 heures par les mercenaires venus du Soudan.

 

Il y a eu une situation, par rapport à la gestion de cette situation, par rapport aux conséquences de tout ce que nous avons vécu, il faut éviter que le Tchad débouche sur un désordre.

 

France 24.- Qu’est-ce que vous dites à ceux qui sont partis ?

 

Président Idriss DEBY.- Il y a évidemment des journalistes tchadiens qui ressemblent un peu à la radio des mille collines de 1994 qui a allumé le génocide au Rwanda.

 

Il est impossible d’accepter, en tant que responsable du pays, de voir cela arriver. Il restait encore dix jours. Aucun n’a été menacé. Je dis bien : aucun journaliste n’a été menacé. Nous avons simplement mis en œuvre une disposition constitutionnelle pour quinze jours. Il restait dix jours. Les journalistes peuvent rentrer et reprendre leur travail quand la dernière période – je dis bien la dernière période – va se terminer.

 

France 24.- Est-ce que vous envisagez de prolonger l’état d’urgence encore une fois ou pas ?

 

Président Idriss DEBY.- Non, je n’ai pas du tout l’intention de prolonger. La Constitution ne me permet pas de prolonger encore une troisième fois.

 

France 24.- Il y a une vraie question de fond : la question du dialogue avec l’opposition. Tout le monde se souvient des accords qui ont été signés en 2007 qui n’ont jamais été appliqués, qui prévoyaient des élections démocratiques législatives pour 2009 préparant les Présidentielles de 2011.

 

Sur ce dialogue avec l’opposition possible, je vous propose à nouveau d’écouter ensemble le témoignage d’un opposant. Il s’agit du porte-parole de l’UDD de Mahamat NOURI qui, lui, est dans le maquis du Tchad.

 

Ecoutons-le ensemble.

 

(Interview opposant)

 

Quelle est votre réaction ? Il lance un nouvel appel à une table ronde inclusive et il vous demande pourquoi vous ne l’acceptez pas. Quelle est votre réponse ?

 

Président Idriss DEBY.- Je crois qu’il y a eu des rencontres inter-tchadiennes pendant les trente dernières années, beaucoup de rencontres inter-tchadiennes, en particulier dans les deux dernières décennies.

 

Nous avons, en 1993, organisé la Conférence Nationale Souveraine qui a, pendant trois mois, eu un débat très riche qui nous a conduits à élaborer la nouvelle Constitution et à lancer la démocratie dans le pays et les premières élections en 1996, constitutionnelles de 1997, présidentielles et législatives, les premières élections.

 

Le dialogue inter-tchadien a eu lieu en 2007, pendant huit mois, entre l’opposition démocratique et la majorité présidentielle.

 

Après huit mois, ils sont arrivés à un accord. Vous dites que l’accord n’a pas été appliqué. Ce n’est pas vrai : l’accord a été appliqué intégralement. Je dis bien : intégralement.

 

En fait, de quoi s’agit-il ?

 

De mettre en place un comité de suivi qui, parallèlement à l’action du Gouvernement, va surveiller la mise en œuvre de cet accord dirigé par un opposant de la CPDC, M. LOL MAHAMAT CHOUA.

 

L’ensemble de textes, de compromis en fait, ont été adoptés par la commission de suivi. Et j’ai promulgué les quatre textes essentiels.

 

Je parlerai du texte qui met en place la Commission Nationale Indépendante électorale. Nous avons déjà le texte qui est prêt, nous allons le mettre en place bien sûr.

 

Nous avons la loi du recensement électoral, nous l’avons promulguée ; l’adoption du bulletin unique, nous l’avons promulguée ; le changement de la circonscription électorale de sous-préfecture à une préfecture, nous l’avons promulgué ; la réduction des cautions des candidats aux élections législatives et présidentielles : nous les avons réduites, conformément à l’accord qui a été trouvé entre la majorité présidentielle et l’opposition démocratique.

 

Nous sommes dans les temps, dans les délais prévus. Il suffit qu’après cette période exceptionnelle, la commission reprenne son travail. Puisque le texte existe, il s’agit de mettre en place la CENI, la Commission Electorale Nationale Indépendante paritaire.

 

France 24.- Pour que nos téléspectateurs du monde entier comprennent bien, est-ce que je vous entends bien appeler d’une certaine manière à une relance de l’appel au dialogue de 2007, à une relance de ces discussions pour préparer les élections législatives de 2009 ?

 

Président Idriss DEBY.- C’est ce que le Gouvernement avait dans son communiqué…

 

France 24.- Mais vous, aujourd’hui, Monsieur le Président, c’est cela que vous nous dites : il faut faire revivre ce dialogue ?

 

Président Idriss DEBY.- Je ne fais que confirmer le communiqué qui a été fait par le Gouvernement à la date du 6 ou 7 février 2008. Je confirme qu’il n’y a pas d’autre issue que d’être conséquent avec soi-même, la mise en œuvre de l’accord du 13 août est un accord qui permet à tout un chacun de venir sans la violence – je dis bien sans la violence – demander au peuple tchadien s’il a des ambitions.

 

France 24.- Concrètement, vous voulez dire participer aux élections de 2009 ?

 

Président Idriss DEBY.- Bien sûr !

 

France 24.- Vous lancez un appel pour que ces élections se passent de façon démocratique, de façon acceptable pour tous les Tchadiens ?

 

Président Idriss DEBY.- Nous avons demandé à l’Union Européenne de nous soutenir dans ces élections. En fait, c’est l’Union Européenne qui parraine ce processus avec la présence de l’Union Africaine et avec, comme facilitateur, la France.

 

Ce sont des choses que le Gouvernement tchadien lui-même a demandées, personne ne les a imposées.

 

France 24.- Vous, aujourd’hui, vous êtes le chef de l’Etat. Quel est votre message aux Tchadiens sur cette nécessité de dialogue ?

 

Président Idriss DEBY.- Je confirme qu’il n’y a pas d’autre choix que de rester comme nous l’avons fait dans l’accord du 13 août. Avec l’aide de nos partenaires internationaux, nous allons déboucher aux élections législatives de 2009 et il faut que la Commission de suivi des accords du 13 août 2007 se mette au travail pour ne pas perdre de temps.

 

France 24.- Je vous propose d’aborder la question sensible du Darfour. La tragédie se poursuit et même s’accélère en ce moment. On a vu des villages qui ont été rasés ces derniers jours. Près de 300.000 réfugiés. Qu’est-ce que vous comptez faire ? Etes-vous satisfait de la présence de l’EUFOR pour essayer de stabiliser la situation ?

 

Président Idriss DEBY.- Je crois que s’il y a quelqu’un qui a tiré la sonnette d’alarme de la crise du Darfour avec ses conséquences, c’est moi-même, c’est le Tchad.

 

On savait d’abord que nous serions les premières victimes. Nous avons alerté à temps la communauté internationale. Il était en son temps possible de gérer cette crise si la communauté internationale avait simplement pris les choses en mains en son temps, en 2004. Cela n’a pas été fait.

 

Cela a débouché sur une situation humanitaire catastrophique : l’arrivée de 300.000 réfugiés, suivie de déplacés tchadiens dans leur propre pays par le fait de l’action des Janjaweed qui pénètrent en profondeur au Tchad, en pourchassant les réfugiés, n’hésitant pas à s’attaquer aux Tchadiens.

 

Nous avons alerté, en son temps aussi, l’opinion internationale. Quand la France nous a demandé le déploiement d’une force européenne, il y a eu des discussions. Le Gouvernement tchadien n’était pas d’accord au départ. Mais, par rapport à la situation humanitaire, après de longs débats d’une part avec les Nations Unies et d’autre part avec la France et l’Union européenne, nous avons accepté le déploiement de l’EUFOR. Cela permettra de garantir la sécurité de 15 camps de réfugiés et le camp de déplacés tchadiens.

 

L’autre volet le plus important qui va être réalisé par l’Union européenne, c’est de faire en sorte que la sécurité soit garantie pour que les déplacés tchadiens retournent dans leurs villages, des villages qui sont incendiés. Il faut créer les conditions minimales pour leur retour.

 

Sur cela aussi, je crois que l’Union européenne, la France et les Nations Unies, nous nous sommes mis d’accord pour le déploiement d’une force onusienne composée de la police et de la gendarmerie de forces civiles autour des camps, et l’EUFOR qui est un peu éloignée des camps a pour rôle de sécuriser ceux qui sécurisent les camps, de sécuriser le personnel des Nations Unies qui travaillent pour le compte des humanitaires, de sécuriser toutes les ONG. Il y a plus de 100 ONG qui travaillent dans cette région pour le compte des réfugiés. Sécuriser et créer les conditions nécessaires d’un retour des Tchadiens déplacés dans leurs villages.

 

Voilà donc les rôles complémentaires que doivent jouer l’Union européenne et les Nations Unies.

France 24.- Vous avez vu, Monsieur le Président, qu’un soldat français de l’EUFOR a été tué après avoir pénétré « par erreur », nous dit le Gouvernement français, au Soudan. C’est la première victime du déploiement de cette force. Quelle est votre réaction ?

 

Président Idriss DEBY.- Je déplore, dans cette situation, une perte de vie humaine. Surtout, je voudrais profiter de l’occasion pour adresser au Président de la République française nos condoléances ainsi qu’à la famille du soldat français.

 

Cela peut arriver, je pense, n’importe où. Il s’agit de frontières artificielles tracées comme cela, il n’y a pas de bornes qui sont mises entre les frontières, un décalage de 1 ou 2 km.

 

France 24.- Cela nous rappelle combien la situation est dangereuse et explosive…

 

Président Idriss DEBY.- Evidemment, c’est quelque chose qui est connu. Je pense que l’EUFOR connaît très bien la sensibilité de cette Région où il y a, au niveau de cette frontière, surtout à l’intérieur du Soudan, des hommes en armes. Vous avez l’Armée, vous avez la milice, vous avez les Janjaweed, vous avez les mercenaires. Il y a un nombre extrêmement important déjà en armes au Soudan.

 

France 24.- Pour conclure, Monsieur le Président, est-ce que, d’un mot, vous pensez qu’on est sur la bonne voie pour essayer de réduire cette tragédie qui continue encore malgré tous les efforts ?

 

Président Idriss DEBY.- Je crois qu’il n’y a pas d’autre choix. Si le Tchad a accepté le déploiement dans son pays d’une force européenne et d’une force de Nations Unies, c’est parce qu’on ne voit pas l’issue de la crise. Si on ne voit pas l’issue de la crise du Darfour, il faut au moins sécuriser les réfugiés dont certains camps sont à 1 km de la frontière, ce sont des camps qui sont exposés. C’est une question purement humanitaire. Dans ce cas précis, il est extrêmement important que les Nations Unies et l’Europe continuent d’assumer la mission de sécurisation des réfugiés et des déplacés.

 

France 24.- Monsieur le Président de la République du Tchad, je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions pour le Talk de Paris.

 

Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle édition. A très bientôt !

 

O0O

 


 


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