conference de presse tenue a l’issue de la rencontre entre le président Préval et le Secrétaire général, le 1er août, au Palais National Transcription française intégrale ALLOCUTION DE M. PRÉVAL Monsieur le Secrétaire Général, il y a exactement un an et un jour, le 2 août 2006, je recevais ici un grand ami d’Haïti, votre distingué prédécesseur, M. Kofi Annan. Aujourd’hui, c’est pour moi un insigne honneur de vous accueillir ainsi que la délégation qui vous accompagne. Nous sommes particulièrement heureux de revoir dans son pays notre chère compatriote, votre porte-parole, Michèle Montas. C’est également un grand plaisir de voir à vos côté celui qui sera bientôt votre représentant spécial en Haïti, M. Hédi Annabi. Je salue sa nomination et je lui souhaite bienvenue. Je suis certain qu’il apportera lui aussi sa pierre à la construction de cette Haiti vers laquelle nous oeuvrons tous comme l’a fait depuis un an celui qui sera bientôt votre nouveau Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, l’ambassadeur Edmond Mulet. Il laissera Haïti avec tout notre respect, notre gratitude et notre sincère amitié. Grâce au leadership de l’ambassadeur Mulet, et avant lui, celui de l’ambassadeur Valdès, la MINUSTAH a bien rempli sa mission de stabilisation d’Haïti ces trois dernières années. Monsieur le Secrétaire Général, dans un peu plus de deux mois, le mandat de la MINUSTAH arrive à son terme. Je profite de cette visite en Haïti et de votre présence devant cette distinguée assemblée de journalistes pour assurer et à vous et aux membres du Conseil de Sécurité de notre entière conviction de la nécessité de la continuation de votre appui et donc, du renouvellement en octobre prochain du mandat de la MINUSTAH. Dans la foulée de cette réussite de stabilisation sécuritaire et politique, je profite pour inviter les Nations unies à réinventer la MINUSTAH et de faire d’elle, un appareil d’aide à la réforme de la justice et de travaux d’amélioration de nos infrastructures de base. Ceci sera un apport inestimable à la modernisation de la vie sociale de nos citoyens et un outil indispensable au développement économique de notre pays. Monsieur le Secrétaire Général, je vous souhaite du succès pour le reste de votre séjour chez nous. Je vous souhiate du succès dans l’accomplissement de votre mandat et je compte avoir l’occasion de m’entretenir avec vous à l’Assemblée Générale des Nations Unies en octobre prochain à New-York. Bienvenue. ALLOCUTION DE M. BAN KI-MOON Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre Tout d’abord permettez moi de remercier le président Préval pour ses aimables paroles. C’est pour moi un réel plaisir de me trouver ici aujourd’hui. J’ai eu l’occasion d’avoir avec Michèle (Montas) de riches discussions sur Haïti et je suis heureux de me rendre compte par moi-même des efforts déployés ici. Lors de notre entretien il y a quelques minutes j’ai notamment félicité le Président Preval (et le Premier Ministre Alexis) pour son/leur leadership dans le processus de dialogue et son/leurs efforts visant à créer une culture politique basée sur le consensus et la participation de tous les secteurs de la nation. Ceci est essentiel pour la stabilité politique du pays. Je me réjouie également des progrès importants effectués en matière de sécurité. J’aurai voulu avoir fait autant de progrès dans mon français que vous en matière de sécurité mais malheureusement ce n’est pas le cas, et avec votre compréhension, je vais continuer mes propos en anglais. Les Nations Unies n’ont jamais oublié qu’Haïti est un membre fondateur de cette organisation. Nous sommes ici à la demande d’un membre fondateur des nations Unies qui a aidé à édifier les Nations Unies. Votre pays est un pays qui a joué un rôle vital dans la lutte pour décoloniser l’Afrique. Ce qui ne devrait jamais être oublié. Haïti peut être fier à cet égard des réalisations. Et personne ne devrait considérer la présence des soldats et de la police, provenant d’autres Etats membres comme autre chose que ce qu’elle est, à savoir un engagement ferme et amical à aider Haïti à établir son propre avenir sûr et durable sans violence, sans discorde et dans la dignité. Nous ne sommes pas ici pour vous imposer quoique ce soit. Au cours de notre discussion, j’ai souligné l’importance que j’accordais à la consolidation des acquis sur le front sécuritaire y compris en réalisant des progrès pour établir l’Etat de droit. Haïti peut compter sur l’appui des Nations Unies dans cette lutte car c’est une priorité du mandat de la MINUSTAH. J’appuie aussi pleinement le Président dans sa lutte contre la corruption. Il s’agit là d’une question fondamentale qu’il faut régler si l’on veut réaliser des progrès. La corruption mine les institutions et affaiblit les individus. Je crois qu’une campagne nationale contre la corruption serait tout à fait appropriée. Nous reconnaissons l’importance de l’initiative des autorités nationales en matière de réforme judiciaire. C’est dans ce contexte que j’ai salué l’adoption par le Sénat, hier soir, de la loi sur la réforme de la magistrature. J’espère que cette loi sera maintenant adoptée par la Chambre des députés et j’encourage tout le monde à travailler pour l’adoption du reste de la législation. Il est également fondamental d’expliquer que les pratiques de corruption au sein de l’appareil judiciaire ne seront plus tolérées d’autant plus que nous avançons avec le vetting au sein des effectifs de la police. Demain, je rencontrerai les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, ainsi que la Commission de suivi sur la réforme de la justice afin d’encourager cette dernière dans ses efforts pour faire avancer cette réforme. Malgré les succès dans le démantèlement des gangs et l’amélioration de l’ordre public, ces améliorations demeurent fragiles. La seule manière de rendre durables ces acquis se trouve dans l’amélioration des capacités de la Police nationale d’Haïti à assurer l’ordre et la loi. Sur cette question, la coopération à tous les niveaux devrait se poursuivre et les Nations Unies se sont engagées à aider. La MINUSTAH a la capacité d’appuyer le développement de l’institution en vue de fournir un service de police efficace au peuple d’Haïti. A cet égard, le processus de vetting et le programme de l’inspecteur général de la Police nationale d’Haïti sont des éléments-clé de la réforme de la police. Je crois comprendre qu’un tiers du Sénat devrait être renouvelé cette année conformément aux dispositions de la Constitution et que des élections indirectes sont également prévues dans un proche avenir. Les Nations Unies sont disposées à aider à ce processus, compte tenu de l’importance que nous accordons au processus démocratique. La MINUSTAH est également ici pour créer les conditions nécessaires pour les autorité haïtiennes, les Agences des Nations Unies, les fonds et programmes des Nations Unies et les donateurs internationaux pour appliquer d’urgence la stratégie nationale visant à développer les quartiers les plus pauvres des grandes villes et surtout à Port-au-Prince. Comme vous le savez, la MINUSTAH est là pour créer les conditions nécessaires pour que les autorités haïtiennes et les donateurs internationaux appliquent la stratégie nationale de lutte pour les zones urbaines les plus appauvries. Je m’engage à promouvoir cet engagement à long terme pour fournir au peuple haïtien les occasions de réussite que ce peuple mérite. La Communauté internationale ne doit pas s’écarter de ce droit chemin et laisser les trouble-fête miner les progrès d’Haïti. Le temps est venu de reconstruire les institutions qui ont été détruite par des années de malfaisance, de corruption, de violence, de les renforcer de façon à ce que l’Etat puisse fournir les services que le peuple attend et dont il a besoin. Cette fois-ci, les Nations Unies que vous avez vu dans votre pays à cinq reprises dans le passé ne quittera pas tant que l’avenir ne sera pas assuré. Merci beaucoup. Mèsi Anpil. QUESTIONS –Reponses Dieudonné Saint-Cyr. Radio Métropole :· De 2004-2006, nous sommes tous conscients que la situation de la sécurité s’est améliorée, mais quand nous regardons plus profondément les choses, comme vous l’avez dit, vous même, la sécurité demeure encore fragile. Selon vous, pendant combien de temps la MINUSTAH doit encore rester en Haïti ?· Vous avez choisi Edmond Mulet pour le poste de Secrétaire général Adjoint aux Opérations de maintien de la paix. Vous pensez que sa mission est ici achevée et s’il en est ainsi, en quoi le travail de M. Annabi sera-t-il différent ? Ban Ki-moon : Tout d’abord, ma position est que les Nations Unies devraient consolider les acquis obtenus jusqu’à présent grâce à la contribution de la MINUSTAH, et nous devons fournir l’opportunité au Président Préval et à son gouvernement de continuer, sur la base de l’appui de la communauté internationale et sur la base de la sécurité, la sécurité politique, la sécurité sociale, les réformes qu’il a effectuées au niveau de la justice et la réforme de la chaîne pénale, de la police nationale, son combat contre la corruption. Tout cela doit être consolidé. Je crois donc que les Nations Unies approuveront l’extension du mandat de la MINUSTAH ici. Je vais recommander l’extension pour douze (12) mois du mandat de la MINUSTAH lorsque le Conseil de sécurité se réunira en octobre prochain. Concernant la deuxième partie de votre question relative à la nomination de l’ambassadeur Mulet comme Secrétaire-général Adjoint aux Opérations de Maintien de la Paix et son successeur, M. Annabi, comme le président Préval l’a mentionné dans ses propos, l’ambassadeur Mulet a grandement contribué à la sécurité, la paix et à l’harmonisation politique dans ce beau pays à travers la contribution de la MINUSTAH, et j’apprécie cette contribution. Je suis sûr qu’avec son expérience et sa sagesse, il donnera une grande contribution au département restructuré des Opérations de Maintien de la Paix. Nous sommes maintenant dans le processus de déployer une autre Mission au Darfour, et il y a aussi des demandes pour d’autres régions où les conflits continuent de se développer. Et M. Annabi a travaillé à cette position comme Secrétaire-général Adjoint pour les Opérations de Maintien de la Paix depuis 1997, donc pendant dix ans, il a donné une grande contribution au renforcement de la capacité des opérations de maintien de la paix et la structuration de ces opérations de maintien de la paix. Avec cette vaste connaissance et expérience, je suis sûr qu’il sera, non seulement un grand successeur de M. Mulet, mais il apportera une grande contribution en vue de l’amélioration de la contribution de la MINUSTAH ici. Anne-Marguerite Auguste, Radio Solidarité :Ma question comporte deux volets : · Monsieur Ban, beaucoup de secteurs de la vie nationale sont pour le non renouvellement du mandat de MINUSTAH. En même temps, le président René Préval souhaite le renouvellement de son mandat, mais nous ne pouvons pas ignorer les désirs des autres secteurs de la vie nationale. · Nous savons que l’ONU a mis en place un comité qui prend en charge les actes de viols commis par des soldats de la MINUSTAH. Avez-vous reçu des informations vérifiant l’implication de ces soldats ? Ban Ki-moon : Tout d’abord, lors de toutes prises de décisions, il y a les pours et les contres au sein de la société civile, ou à l’intérieur de toute organisation, et c’est ça le processus démocratique. La décision du Conseil de sécurité de l’ONU consistait à rétablir la paix et la sécurité, non seulement en Haïti mais aussi dans la région. Il était nécessaire d’avoir une opération de maintien de la paix ici. Personne ne niera que la MINUSTAH, depuis son déploiement ici en 2004, a grandement contribué à la stabilisation, dans les secteurs politiques, sociaux et économiques. Je suis tout à fait confiant que le Conseil de sécurité tiendra compte de cet aspect, et comme j’ai dit plus tôt, les acquis ont été réalisés grâce à la contribution de la MINUSTAH à travailler à la stabilisation politique et à la sécurité sociale. Et cela devrait être solidifié pour que le président Préval ait une opportunité d’effectuer sa politique de réforme, de développement social et économique. Je vais faire cette recommandation. En ce qui a trait aux actes d’abus sexuels, je suis profondément préoccupé par ces événements dans des Missions de maintien de la paix dans le monde entier. La position des Nations Unies est la tolérance zéro dans les cas d’abus sexuels. Chaque fois qu’il y a eu des cas pareils, j’ai demandé une enquête minutieuse et j’ai pris des actions nécessaires en rapatriant les soldats concernés et en demandant aux pays de les rendre responsables à travers leurs systèmes judiciaires. Je vais renforcer ce système, et comme j’ai déjà dit en Haïti, cet après-midi -lorsque je rencontrais notre personnel- il est important d’adhérer au plus haut niveau du code de conduite et des questions d’éthique et je souligne de nouveau que ma position à ce sujet est la tolérance zéro. René Preval : J’appuie votre déclaration sur l’utilité de la MINUSTAH. Ma position est claire. Si on demande à la population haïtienne si elle est contente d’avoir des troupes de pays étrangers sur son sol, je suis sûr que la réponse sera NON. Mais je suis sûr également que si on lui demande est-ce qu’elle voudrait que la MINUSTAH parte, je suis sûr que la réponse…PAS TOUT DE SUITE, parce que la population a pu bénéficier de l’apport de la MINUSTAH dans la création de ce climat sécuritaire, dans la professionnalisation de la police. Nous devons assumer notre situation, nous devons assumer les difficultés et nous devons également assumer que nous avons besoin d’aide. Nous ne prendrons pas des positions “Flag Raven”, d’un nationalisme de mauvais alois. Nous devons regarder d’abord qu’est-ce qui est bien pour notre pays par rapport à notre capacité. Nos capacités sont faibles, ce qui est bien pour notre pays c’est de demander à l’Organisation des Nations Unies à laquelle nous appartenons de venir nous aider, de venir renforcer la police, de venir nous aider à renforcer la sécurité. Et nous évaluerons au fur et à mesure quelle forme cette assistance devra prendre et combiem de temps elle devra durer. NHK Journaliste de Télévision (Sho Beppu) :Ma question concerne le Darfour. Comme vous vous préparez actuellement pour une grande opération, quelles leçons pensez-vous que vous pouvez tirer de la MINUSTAH et les utiliser en vue du succès des opérations de Darfour? Ban Ki-moon : Chaque Mission de maintien de paix a été décidée et mandatée par le Conseil de sécurité, dans des circonstances uniques et différentes. Je pense que l’objectif de base des Missions de maintien de la paix dans le monde est le même : assurer la paix et la sécurité de ces pays. Il me semble qu’il y a une différence entre la MINUSTAH et la Mission de maintien de paix au Darfour. Il y a eu quelque 100 mille personnes tuées, il y avait une sérieuse situation humanitaire, la dégradation de l’environnement, et la situation était très sérieuse et je suis encouragé par l’adoption unanime, hier par le Conseil de sécurité, à autoriser une opération de maintien de la paix de 26,000 casques bleus. Je vais en accélérer la mise en oeuvre. L’expérience que nous avons gagné avec la MINUSTAH et ailleurs sera entièrement utilisée dans l’exécution de cette opération de maintien de la paix au Darfour. De ce vendredi à dimanche, il va y avoir une pré-négociation à Arusha, en Tanzanie, invitant tous les leaders des groupes rebelles. Cela fait partie du processus politique en cours, un effort qui s’ajoute aux opérations de maintien de la paix au Darfour. Je pense que les opérations de maintien de la paix et le déploiement d’opérations hybrides devraient fonctionner main dans la main avec le processus politique, impliquant tous les leaders des groupes rebelles aussi bien que d’autres dépositaires majeurs dans la région. Je vais intensifier ce processus politique en mettant en oeuvre des opérations hybrides. Et en même temps, je m’appliquerai pour faciliter l’appui humanitaire en faveur de ce peuple qui souffre quotidiennement du manque des besoins de base au Darfour. FIN N. B.: La version anglaise suit.
Posted by: appablog | 4 August 2007
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